Les ados de mères fumeuses seraient plus susceptibles d’être eux aussi des fumeurs

MONTRÉAL — Les adolescents dont la mère a fumé pendant sa grossesse semblent plus susceptibles d’être eux aussi des fumeurs, démontre une nouvelle étude réalisée par des chercheurs montréalais.

Cette conclusion découle de l’étude de 1661 mères et enfants pendant plus de vingt ans.

Le phénomène a été vu même chez les femmes qui n’avaient pas fumé de manière constante pendant leur grossesse: même l’usage de la cigarette avant ou après la grossesse semblait avoir un impact sur le tabagisme de l’adolescent.

«On a constaté dans les trois catégories — les mamans qui fumaient sur le tôt, sur le tard et (du début de la grossesse jusqu’à ce que l’enfant ait environ douze ans) — qu’il y avait une augmentation significative du risque chez les adolescents de devenir des fumeurs», a résumé le premier auteur de l’étude, le docteur Nicholas Chadi, qui est pédiatre et clinicien-chercheur spécialisé en médecine de l’adolescence et toxicomanie au CHU Sainte-Justine.

Les chercheurs ont étudié des jeunes nés en 1997 et 1998 de mères qui avaient fumé ou non pendant leur grossesse. Les sujets étaient âgés de 12 à 19 ans au moment de l’étude.

Les chercheurs notent que «l’exposition au tabagisme maternel avant ou pendant l’enfance augmente le risque de tabagisme précoce (avant l’âge de 15 ans) chez les jeunes».

Des études précédentes ont démontré avec une certaine certitude que la nicotine peut traverser la barrière placentaire pour rejoindre le foetus. Mais dans ce cas-ci, les chercheurs ne sont pas en mesure de dire si le risque accru de tabagisme chez les adolescents nés de mères fumeuses est attribuable à cette exposition à la nicotine in utero ou à des facteurs environnementaux, comme le fait d’avoir grandi en présence d’une mère qui fumait.

«C’est vraiment la bonne question à poser pour cette étude-ci, a dit le docteur Chadi. On ne peut pas vraiment dire si c’est un ou l’autre. Il faudra vraiment essayer de démêler qui fait quoi entre les facteurs génétiques et plutôt environnementaux. Parce que oui, effectivement, on pense que c’est une combinaison de plusieurs choses.»

De prochaines études qui combineront des analyses génétiques à des analyses longitudinales pourraient apporter de nouvelles réponses, ajoute-t-il.

En attendant, conclut le docteur Chadi, le message qu’on envoie aux femmes enceintes ou qui envisagent de l’être est «très fort».

«Il y a un avantage majeur à tenter d’arrêter de fumer au moment même où on considère avoir un enfant dans le futur, et de maintenir cet arrêt tabagique là jusqu’à ce que l’enfant soit grand, a-t-il dit. Tous les efforts sont bons.»

L’usage des produits du tabac a chuté chez les jeunes Québécois entre 2013 et 2019, mais l’usage de la cigarette électronique continue de préoccuper les spécialistes qui y voient une porte d’entrée au tabac.

Les données utilisées dans le cadre de cette étude provenaient de l’Étude longitudinale sur le développement des enfants du Québec (ELDEQ), qui récolte périodiquement depuis plus de 30 ans des informations sur le développement de plusieurs milliers de jeunes.

Les conclusions de cette étude sont publiées par le journal médical «Preventive Medicine».

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