Les agriculteurs sont aux premières loges des changements climatiques

MONTRÉAL — Entre la pandémie et le réchauffement climatique, les agriculteurs québécois ont connu leur lot de défis cette année. 

Équiterre, qui travaille en étroite collaboration avec les agriculteurs qui font partie de son Réseau des fermiers de famille, rapporte que les écarts de températures  — un froid qui s’est poursuivi plus longtemps qu’à l’habitude au printemps, avant de passer subitement à la chaleur au mois de mai et aux canicules au cours de l’été, ont nui à la croissance des récoltes.

«La météo inhabituelle et la sécheresse ont entraîné une hausse d’avis de dommages [de la part des agriculteurs]», dit la directrice générale, Colleen Thorpe. 

En date du 24 novembre, on comptait 5790 demandes de réclamation, comparativement à 4783 à pareille date en 2019, et 4458 en 2018, selon le site web de la Financière agricole du Québec.  

Le montant des indemnités versées a bondi en 2020, par rapport à l’année précédente, passant de 2,4 millions $ à 7 millions $

Ce montant ne dépasse toutefois pas celui de 2018 qui s’élevait à 7,5 millions $ en raison de précipitations supérieures à la normale sur l’ensemble du territoire, et du gel hâtif dans plusieurs régions, entre autres.

Sécheresse et chaleur

Les agriculteurs comptent parmi les gens les plus affectés par les changements climatiques, estime Mme Thorpe. 

Charles Séguin, professeur d’économie à l’UQAM, reconnait que les bouleversements météorologiques ont un impact sur ceux qui doivent travailler à l’extérieur sous un soleil plus accablant. 

«Cela rend leurs conditions de travail plus difficiles et peut aussi affecter leur santé», indique celui qui est également spécialisé dans les questions environnementales. 

D’un point de vue économique, fait remarquer M. Séguin, la hausse des températures nuit à certains secteurs tandis qu’elle profite à d’autres, comme les vignobles. 

La sécheresse a fortement éprouvé les deux premières années de récoltes de Caroline Beaulieu, co-propriétaire d’une ferme maraîchère biologique depuis quatre ans. 

Ses terres, situées à Saint-Simon-de-Rimouski, dans la région du Bas-Saint-Laurent, ne rapportaient que très peu, raconte-t-elle. Tirant une leçon de ces années de misère, elle et son conjoint ont mis un système d’irrigation en place, l’an dernier, pour bien arroser les légumes. Depuis la situation s’est nettement améliorée. 

Et paradoxalement, la pandémie leur a permis de connaître leur meilleure année.  

«Vers la fin avril, début mai, on affichait complet pour nos livraisons de paniers de légumes», raconte Mme Beaulieu, qui propose également des paniers de saisons au Marché public des Basques à Trois-Pistoles. Ils ont même eu du mal à combler la demande tant l’intérêt pour l’achat local a stimulé les ventes.   

Problèmes de récolte

D’autres fermiers n’ont pas eu autant de chance. La COVID-19 a accentué certains problèmes, notamment celui de la main-d’œuvre en raison des restrictions de voyage qui ont retardé l’arrivée des travailleurs étrangers, quand ces voyages n’étaient pas carrément annulés. 

«Il y a des cultures qui sont restées dans les champs à cause de la pénurie de travailleurs», ajoute Mme Thorpe. 

Selon elle, le dérèglement climatique et la crise sanitaire sont liés. La pandémie qui a occasionné des difficultés d’approvisionnement «nous a amené à nous demander si on allait avoir des fruits et des légumes à l’épicerie». 

Les gens sont plus sensibles à la réalité des agriculteurs locaux et réalisent l’impact des changements climatiques de façon concrète, conclut-elle.   

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Cet article a été produit avec l’aide financière des Bourses Facebook et La Presse Canadienne pour les nouvelles.

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