Les aînés sont bien plus branchés depuis la pandémie, mais des inégalités persistent

MONTRÉAL — La pandémie a fait exploser l’utilisation d’internet chez les aînés québécois: ce sont maintenant 78 % d’entre eux qui naviguent chaque jour sur la toile, alors qu’ils n’étaient que 62 % en 2019.

Ils sont cependant encore loin derrière la moyenne provinciale de 89 %.

C’est ce que révèle l’enquête NETendances 2022 de l’Académie de la transformation numérique de l’Université Laval, publiée le 30 novembre dernier.

«Nous ne sommes pas surpris de ces statistiques-là, parce que depuis plusieurs années, on remarque le désir des personnes aînées de s’adapter aux nouvelles technologies, et la pandémie a accéléré les choses», a remarqué Gisèle Tassé-Goodman, présidente du Réseau FADOQ, un organisme dédié aux Québécois de l’âge d’or.

Depuis les confinements, elle voit un bond dans la popularité des ateliers de formation numérique offerts par son organisme, «spécialement en ce qui a trait à FaceTime, aux appels vidéo, même aux achats en ligne».

L’un des plus grands bénéfices de la connexion internet, c’est qu’elle brise l’isolement, et même après la fin des confinements, les aînés ont conservé leurs acquis numériques.

«Je donne toujours l’exemple d’une grand-maman assise sur le bout de sa table de cuisine avec son café, qui est sur FaceTime en train de converser avec ses petits enfants, raconte Mme Tassé-Goodman, on en a eu des témoignages comme ça.»

Environ les deux tiers des personnes sondées jugent qu’internet les aident à avoir des interactions sociales (69 %) et à connaître un meilleur bien-être (63%).

Mais la toile est aussi prisée comme outil de santé physique. En effet, ce ne sont pas moins de 59 % des aînés qui s’en sont servi pour prendre rendez-vous avec un professionnel, renouveler une ordonnance ou même participer à une consultation en ligne. En comparaison, seulement 31 % d’entre eux l’avaient fait en 2019.

À part cela, les personnes de 65 ans et plus aiment consulter l’actualité (ils sont 49 % à le faire), regarder des vidéos (41 %) et naviguer sur les médias sociaux (34 %).

De grandes disparités

Ce ne sont toutefois pas tous les citoyens de l’âge d’or qui bénéficient également des opportunités qu’offre la technologie.

Ceux qui ne gagnent que 20 000 $ par année ou moins traînent loin derrière le peloton, alors que la majorité (55 %) n’a même pas d’abonnement à internet.

«Si je fais 20 000 $, la première question que je me pose, c’est « est-ce que je vais manger mes trois repas dans ma journée ou est-ce que je vais payer mes médicaments ce mois-ci? »», soutient Pierre Lynch, président de l’Association québécoise de défense des droits des personnes retraitées et préretraitées (AQDR).

Selon les données du dernier recensement, pas moins de 302 095 Québécois de 65 ans ou plus vivent avec moins de 20 000 $ par année. Cela représente 18,9 % d’entre eux.

De la même manière, là où une majorité de répondants affirment que les technologies les aident à briser l’isolement, à avoir un meilleur accès aux services essentiels et à améliorer leur bien-être, seulement une minorité des moins fortunés dit la même chose.

M. Lynch affirme voir une réelle différence entre l’état des aînés qui ont accès aux technologies des communications et ceux qui n’ont pas cette chance. «Imaginez, vous êtes seuls dans votre appartement pendant plusieurs mois et que vous n’avez pas l’occasion de parler à quiconque, dit-il. À un certain moment, vous avez beau avoir la télévision, mais vous n’êtes pas en mesure d’échanger ou de mentionner ce que vous vivez.»

Il pense que «la vraie solution, c’est de travailler à augmenter le revenu viable de la majorité des aînés». Il prône aussi la création d’un ministère qui leur est dédié.

Les régions moins branchées

Une autre source d’inégalités est la région dans laquelle on réside. «Il y a deux réalités: la réalité urbaine et la réalité rurale, explique M. Lynch. Si vous allez dans la réalité rurale, vous allez voir que même l’accès à internet haute vitesse est limité à certains petits îlots.»

Le sondage semble refléter cette réalité: si les répondants montréalais sont presque tous branchés (91 %), ceux du Centre-du-Québec ne le sont bien qu’à 67 %.

François Legault avait promis en 2018 de donner accès à internet haute vitesse à tous les foyers québécois, un projet qui est toujours en cours de réalisation. «On accueille favorablement ce qui a été fait par le gouvernement, mais il faut quand même s’assurer que ce soit complété le plus rapidement possible», a souligné Mme Tassé-Goodman.

L’Académie de la transformation numérique est une création conjointe du gouvernement du Québec et de l’Université Laval. Ce sont 774 Québécois âgés de 65 ans ou plus qui ont participé à l’enquête, entre mars et juillet 2022. Les répondants ont été interrogés sur internet, mais aussi par téléphone. Les résultats ont ensuite été pondérés selon plusieurs variables démographiques. La marge d’erreur est de 3,5 %, 19 fois sur 20.

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