Les ambulanciers paramédicaux appliqueront des moyens de pression lundi

MONTRÉAL — Le syndicat des ambulanciers paramédicaux d’Urgences-santé, qui couvre les territoires de Montréal et Laval, appliquera lundi des moyens de pression pour protester contre des conditions de travail qu’il juge inacceptable.

«Lundi, il y aura le mot d’ordre de tout simplement permettre aux paramédics qui sont déjà épuisés par la COVID et tout ça, mais surtout par la surcharge de travail, d’aller manger», a expliqué le président par intérim du Syndicat du préhospitalier affilié à la Confédération des syndicats nationaux (SP-CSN), Claude Lamarche, en entrevue téléphonique.

Il a précisé que cela n’affecterait pas la population générale. «Le mot d’ordre ne permet pas une pleine pause repas, a-t-il dit, parce que justement nous devons toujours maximiser le service à la population, mais il va quand même permettre une pause repas légèrement plus grande que ce que l’employeur oblige, ce qui veut dire une demi-heure.»

Selon lui, ces dîners sont souvent réduits, annulés, ou doivent être mangés alors qu’on est «pris dans la congestion de la circulation», dans une ambulance qui vient de transporter un patient et qui donc n’est «pas très propre».

«Il n’y a aucun paramédic qui va refuser de faire un appel même si ça fait trois heures qu’il attend d’avoir sa pause repas, pour aller par exemple porter secours à un enfant (…) il n’y a aucun paramédic qui va rouspéter» quand il est question de vie ou de mort, a-t-il soutenu. Il s’insurge cependant contre l’idée que «ça vienne au quotidien, de ne pas avoir de pause pour des priorités qui sont de très, très basses», par exemple pour un appel non pressant qui aurait été fait la veille.

Le porte-parole d’Urgences-santé Stéphane Smith a de son côté appelé à «travailler ensemble (…) nous, la partie syndicale, les employés et le ministère» pour trouver des solutions à la grande charge de travail causée par un manque de main-d’œuvre.

Surcharge de travail

Les travailleurs sont «épuisés», a déploré M. Lamarche. «Les gens quittent le bateau en ce moment (…) c’est très inquiétant.»

Il a critiqué l’utilisation du temps supplémentaire obligatoire comme un «mode de gestion» quotidien, au lieu d’être un cas exceptionnel. Cela crée d’après lui un cercle vicieux, comme les travailleurs « se rendent de moins en moins disponibles (pour des quarts supplémentaires), pour prendre des journées de repos».

Il a aussi soutenu que les ambulanciers paramédicaux roulent «à moins de 50 % des effectifs sur les plages de nuits». «Nous avons besoin de back-up, nous avons besoin de soutien.»

M. Smith a confirmé que ce ratio avait été atteint plusieurs fois, notamment durant les nuits de fin de semaine, et que des cadres qui ont la formation nécessaire doivent remplir des quarts sur le terrain.

«Dans la dernière année, il n’y a presque pas eu d’embauche (…) ce n’est pas quelque chose qui est facile, a-t-il dit. La demande est élevée, avec un nombre d’employés qui est en baisse, ça fait en sorte qu’il y a des conséquences pour les employés qui sont là présentement.»

M. Smith a jeté une partie du blâme des difficultés de recrutement sur le SP-CSN. L’un des moyens de pression utilisés lors des négociations de renouvellement de convention collective, l’année dernière, était de ne prendre aucun stagiaire. Le syndicat a de son côté fait valoir que de nombreux autres employeurs offraient des stages, et que donc les étudiants ne devraient pas avoir eu de difficulté à obtenir leur diplôme.

Le syndicat demande «des mesures incitatives», notamment monétaires, pour attirer la main-d’œuvre ou rendre les heures supplémentaires attractives. «Nous ne sommes pas concurrentiels sur le marché», a fait valoir M. Lamarche, en comparaison avec le secteur privé qui dessert les autres régions.

Urgences-santé n’a pas souhaité commenter cetteaffirmation, comme il existe une entente de principe qui n’est pas encore signée ou rendue publique.

De son côté, M. Smith souhaite que l’on permette aux ambulanciers paramédicaux d’«envoyer les patients à d’autres endroits qu’à l’urgence» quand cela n’est pas nécessaire et qu’un autre service de santé pourrait mieux répondre à leurs besoins. En ce moment, «les paramédics n’ont pas le choix d’offrir le transfert à tous les patients, peu importe la situation», ce qui peut causer des pertes de temps inutiles, a-t-il rappelé.

Le ministre québécois de la Santé, Christian Dubé, avait annoncé le mois dernier que son ministère «autorisera, en cohérence avec la vision du Plan santé, la mise en place de la paramédecine de régulation qui vise à permettre, en étroite collaboration avec d’autres professionnels, d’orienter le patient vers le bon soin et le bon professionnel au lieu de systématiquement effectuer un transport aux urgences».

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