Les Américains de tout le pays et de toutes les allégeances adoptent la marijuana

HELENA, Mont. — Bill Stocker est le prototype même d’un électeur conservateur: un ancien Marine et ancien policier qui a voté pour Donald Trump. Mais il compte aussi parmi la majorité d’électeurs du Dakota du Sud qui a ont largement voté en faveur de la légalisation de la marijuana plus tôt ce mois-ci.

L’homme de 61 ans explique que l’application des lois sur la marijuana interfère avec la lutte à d’autres crimes liés à la drogue. Il ajoute que les avertissements concernant les dangers de la marijuana ne sont «que du baloney» que même les habitants d’un bastion républicain comme le Dakota du Sud ne croient plus.

Les valeurs de «responsabilité personnelle et de liberté» du Dakota du Sud l’ont emporté, a dit le résident de Sioux Falls.

L’élection de 2020 a permis de démontrer l’ouverture des Américains face à la marijuana; des mesures légalisant la marijuana récréative ont aussi été adoptées dans le New Jersey progressiste, l’Arizona modéré et le Montana conservateur.

Quinze États l’ont maintenant largement légalisée, tandis de 36 États permettent la marijuana médicale.

Les électeurs du Mississippi ont ainsi largement accepté la marijuana médicale plus tôt ce mois-ci.

Un sondage Gallup dévoilé le 9 novembre montre que 68 % des Américains sont en faveur de la légalisation de la marijuana, soit deux fois plus qu’en 2003. Cet écart s’est reflété lors du scrutin, quand les mesures portant sur la marijuana ont été acceptées avec l’appui de membres de deux partis.

Dans le Dakota du Sud et au Montana — où les républicains ont remporté les principales courses — la marijuana récréative a été approuvée avec au moins 16 points de pourcentage de plus que les appuis accordés au candidat démocrate Joe Biden. Le Dakota du Sud a aussi adopté la marijuana médicale, qui a recueilli 34 points de plus que M. Biden.

«Nous combattons cette plante depuis un siècle et peu importe comment on la mesure, cette guerre a été un échec total, a dit Matthew Schweich, du groupe pro-légalisation Marijuana Policy Project. Ça a simplement envoyé des millions d’Américains en prison et perpétué le racisme dans ce pays, et possiblement la pire injustice de toutes est que ça nous a privés de recherches sur la marijuana médicale.»

La marijuana demeure illégale au niveau fédéral, nuisant aux anciens combattants à qui elle ne peut être prescrite, a-t-il ajouté.

Ils «rentrent à la maison avec une douleur chronique et on les pousse vers les opioïdes, a dit M. Schweich. C’est fou. Ce n’est pas patriotique et c’est honteux.»

Brendan Johnson, un ancien procureur fédéral qui a appuyé les mesures en faveur de la marijuana au Dakota du Sud, a expliqué que la campagne s’est concentrée sur le fait qu’au cours des dernières années, 10 % des arrestations dans l’État concernaient la marijuana, et la plupart étaient pour de petites quantités.

«Nous avons un vrai problème ici parce que nous avons criminalisé toute une génération d’habitants du Dakota du Sud et nous en payons le prix», a dit M. Johnson.

À Billings, dans le Montana, le propriétaire d’une chaîne de dispensaires de marijuana médicale estime que la mesure portant sur la marijuana récréative a été acceptée grâce à des années d’efforts de la part de partisans de la marijuana médicale pour éduquer le public au sujet des bienfaits du cannabis.

«Il y a eu un changement considérable dans la démographie politique parce que les gens sont éduqués, parce qu’ils savent que tante Margaret l’a essayée pour son cancer et elle peut manger», a dit Richard Abromeit, le propriétaire de Montana Advanced Caregivers.

Le prochain objectif des partisans de la marijuana est d’obtenir son retrait de la liste fédérale des drogues illégales sans utilisation médicale et ayant un fort potentiel d’abus. Cela empêche la recherche sur d’éventuelles applications médicales de la marijuana.

Le leader de la majorité à la Chambre des représentants, Steny Hoyer, a annoncé la semaine dernière qu’il demandera en décembre un vote pour décriminaliser le cannabis, enclencher un processus pour effacer les condamnations non violentes liées à la marijuana et retirer la drogue du Controlled Substances Act.

D’autres États devraient examiner des lois sur la marijuana l’an prochain, ce qui accentuera la pression sur le Congrès.

Les partisans de la marijuana font valoir que l’industrie crée des emplois et génère des revenus pour renflouer des gouvernements face à une économie mise à mal par la pandémie de coronavirus.

Mais certains s’opposent à une légalisation plus large.

La gouverneure républicaine du Dakota du Sud, Kristi Noem, estime que l’utilisation de la marijuana pousse vers d’autres drogues à plus fort risque de dépendance. Les policiers et les procureurs du Montana prétendent que la marijuana légale pourrait mener à plus de crimes, notamment la conduite avec les facultés affaiblies, en plus d’exacerber les problèmes de santé mentale.

Selon le sondage Gallup, un peu moins de la moitié des républicains, des gens qui se disent politiquement conservateurs et de ceux qui fréquentent l’église chaque semaine croient que la marijuana devrait être légale.

L’Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours s’est fortement opposée à la mesure de légalisation dans l’Arizona, même si elle appuie la marijuana médicale dans l’Utah.

Chris Nylen, une résidante de 50 ans de Flagstaff, en Arizona, est une partisane de Donald Trump qui a voté en faveur de la légalisation de la marijuana récréative. Elle dit avoir commencé à changer d’idée quand un comprimé de CBD a soulagé l’anxiété et l’arthrite de son chien.

«Je suis vieux jeu, a-t-elle dit. Personnellement, je n’en veux pas, mais je vois les bienfaits pour mon chien.»

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