Les applications de suivi pour retracer la COVID-19 ne font pas l’unanimité

VANCOUVER — Des membres de groupes de défense de la vie privée s’inquiètent ouvertement au sujet de propositions avancées un peu partout au pays qui permettraient de créer des applications dans les téléphones intelligents dans le but de retracer la COVID-19.

Le Nouveau-Brunswick, le Manitoba, Terre-Neuve-et-Labrador et la Saskatchewan font partie du groupe qui envisagent une telle initiative, dont l’objectif est de suivre les allées et venues d’un utilisateur. L’Alberta est la première province à être allée de l’avant avec une telle application.

Seul le Québec a manifesté des réticences claires contre l’utilisation de la technologie liée au traçage de contacts et aux applications de ce type. Dans une déclaration, le ministère de la Santé insiste sur le fait que la géolocalisation ne peut pas remplacer le traçage de contact mis en pratique par les agences de la santé publique.

Surtout, ajoute le ministère, elle ne doit pas rendre possible l’identification d’un individu, surtout une personne souffrant de la COVID-19.

Connues sous le nom de «recherche de contacts», ces applications permettent de retracer les gens avec lesquels l’utilisateur est entré en contact, avec l’aide du signal Bluetooth d’un appareil. L’utilisation de cette technologie, et l’information que l’application accumule, est devenu un sujet de débats au Canada.

L’Association canadienne des libertés civiles s’interroge sur les questions liées à la surveillance et sur la façon dont l’information sera partagée.

«Une telle demande de la part d’un État démocratique est vraiment une extraordinaire invasion de la vie privée», déclare Brenda McPhail, directrice du projet sur la protection de la vie privée, la technologie et la surveillance au sein de l’ACLC.

Selon Christopher Parsons, associé de recherche principal au Citizen Lab, un laboratoire interdisciplinaire basé à la Munk School of Global Affairs de l’Université de Toronto, les gouvernements ont possiblement de bonnes intentions, mais ils doivent être prêts à faire face aux conséquences à long terme de la collecte de telles données.

«Lorsque nous mettons au point ce genre d’outils ou d’applications, nous entrons dans une toute nouvelle catégorie ou forme de surveillance, mentionne-t-il. Nous n’avons jamais eu un tel niveau de surveillance dans ce pays.»

«Si le gouvernement ne précise pas quelles données les organisations gouvernementales pourront ou ne pourront pas recueillir avec n’importe quelle application de suivi, ça va presque certainement priver les individus de certains droits», ajoute-t-il.

La réaction à divers ordres gouvernementaux au sujet de la création et de l’implantation de telles applications a été mitigée.

Le premier ministre Justin Trudeau a reconnu que le gouvernement fédéral a reçu un certain nombre de propositions, mais il comprend que les Canadiens tiennent à leur vie privée et ont besoin de certaines garanties.

L’Alberta, vendredi, a lancé son application, nommée ABTraceTogether. Elle utilise le signal Bluetooth pour retracer les utilisateurs, et si une personne est atteinte de la COVID-19, l’application va rejoindre les gens avec lesquels cette personne pourrait être entrée en contact.

La province affirme qu’aucuns renseignements personnels ne sont échangés entre les utilisateurs de l’application et que les données de géolocalisation ne seront pas collectées.

Un porte-parole du ministère de la Santé du Nouveau-Brunswick a déclaré que son application permettra de diagnostiquer les personnes atteintes de la COVID-19 et d’envoyer un message anonyme aux gens avec lesquelles elles sont entrées en contact.

D’autres provinces prônent une approche plus prudente. La Colombie-Britannique ne songe pas, à l’heure actuelle, à aller de l’avant avec une telle initiative tandis que du côté du ministère de la Santé de l’Ontario, on a fait savoir qu’aucune décision n’avait été prise.

Le sujet a incité le commissaire à la vie privée du Canada à suggérer aux gouvernements une manière d’encadrer pareille pratique.

«Pendant une crise, les lois peuvent être appliquées avec flexibilité et de façon contextuelle, mais elles doivent continuer de s’appliquer. Le cadre que nous proposons vise à mettre l’accent sur ce que nous croyons être les principes les plus importants dans le contexte, sans abandonner les autres», a fait savoir le Commissaire, Daniel Therrien.