Les Atikamekw souhaitent un accès égal et sans discrimination aux soins de santé

MONTRÉAL — Sipi Flamand croit qu’il est grandement temps que le gouvernement du Québec garantisse aux Autochtones un accès égal et sans discrimination aux soins de santé.  

Le vice-chef de la communauté atikamekw de Manawan, près de Joliette, a participé à l’élaboration d’une liste de recommandations soumises lundi aux gouvernements québécois et canadien sur la façon de lutter contre le racisme systémique dans les services de santé et les services sociaux.

Cet appel à l’action, connu sous le nom de «Principe de Joyce», vise à garantir «des systèmes de santé et de services sociaux plus sécuritaires et exempts de discrimination pour les Autochtones à travers le Québec et le Canada».

«Nous nous adressons à toutes les autorités, institutions et organisations pour changer leur mentalité envers les Autochtones», expliquait M. Flamand en entrevue dimanche. «Je pense que ça profitera à tout le monde.»

Le Principe de Joyce est ainsi nommé en mémoire de Joyce Echaquan, décédée le 28 septembre 2020 à l’hôpital de Joliette. Cette femme atikamekw avait auparavant enregistré avec son téléphone les propos racistes de membres du personnel soignant à l’hôpital. La vidéo a fait le tour du monde. 

Le Principe de Joyce recommande notamment que le gouvernement fédéral révise son modèle de financement en matière de santé et de services sociaux, en collaboration avec les groupes autochtones. On recommande également au gouvernement du Québec de mettre sur pied un bureau de médiation pour la santé des Autochtones et de financer des campagnes pour sensibiliser la population aux enjeux autochtones.

Le Conseil des Atikamekw de Manawan et le Conseil de la nation atikamekw demandent aux écoles, aux ordres professionnels et aux agences de santé et de services sociaux d’offrir des programmes de formation conformes au Principe de Joyce. 

La mort de Joyce Echaquan et les propos dont elle a fait l’objet à l’hôpital ont secoué le Québec, alors que la commission d’enquête Viens concluait l’année dernière à une discrimination systémique dans les services publics, y compris les soins de santé. Le gouvernement de François Legault subit des pressions pour reconnaître l’existence d’un racisme systémique au Québec.

Pas une mort vaine 

Dans un message écrit au début de la déclaration du Principe de Joyce, le mari de Mme Echaquan, Carol Dubé, exhorte Ottawa et Québec à adopter les recommandations. 

«La mort de Joyce a été une terrible tragédie pour nos enfants et moi, écrit-il. Je souhaite que les gouvernements du Québec et du Canada adoptent le Principe de Joyce afin que ce terrible évènement ne soit pas survenu en vain, que sa voix sonne le début de réels changements pour tous les Autochtones afin que plus jamais personne ne soit victime de racisme systémique.»

Le gouvernement Legault a annoncé le 6 novembre une enveloppe de 15 millions $ pour embaucher des agents de liaison et d’autres travailleurs afin d’accompagner les Autochtones dans le système de santé. Le nouveau ministre responsable des Affaires autochtones, Ian Lafreniere, indiquait alors que son gouvernement était «déterminé à changer les choses et à entamer une nouvelle étape dans nos relations avec les Premières Nations et les Inuits».

L’Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador a salué l’investissement du gouvernement, mais l’a également exhorté à adopter le Principe de Joyce.

La directrice générale du Refuge pour femmes autochtones de Montréal, Nakuset, espérait lundi que les gouvernements fourniraient les ressources nécessaires pour mettre en oeuvre le Principe de Joyce. «En ce moment, si je dois envoyer quelqu’un à l’hôpital, (…) cette personne ne se sent pas en sécurité», a-t-elle soutenu en entrevue.  

Interrogé sur le Principe de Joyce en conférence de presse, lundi, le premier ministre Legault a déclaré que le Groupe d’action contre le racisme, dont fait partie le ministre Lafrenière, déposerait ses recommandations dans les semaines à venir. Ce comité est formé de députés de la Coalition avenir Québec seulement. 

Le gouvernement fédéral n’a pas immédiatement répondu lundi à une demande de commentaires sur le Principe de Joyce.

M. Flamand espère que les deux gouvernements adopteront cette déclaration, pour garantir le respect des droits autochtones et empêcher la répétition de tragédies comme la mort de Joyce Echaquan.

«Nous parlons souvent de réconciliation et le Principe de Joyce est également un moyen de (résoudre ce problème), mais sans jamais oublier l’histoire de Joyce et celle de sa famille, toujours en attente de justice.»

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