Les attaques de coyotes, rares, peuvent être causées par un «changement de proies»

HALIFAX — Une théorie nouvelle — et inusitée — a émergé pour expliquer pourquoi des coyotes ont tué une jeune femme de Toronto sur un sentier de randonnée pédestre en Nouvelle-Écosse il y a 13 ans.

Des chercheurs soutiennent que lorsque l’auteure-compositrice-interprète Taylor Mitchell est partie seule dans le parc national des Hautes-Terres-du-Cap-Breton, le 27 octobre 2009, les coyotes du parc s’étaient déjà adaptés à un approvisionnement alimentaire limité, en apprenant à chasser et à tuer l’orignal, une énorme bête. Or, ce trait est considéré comme exceptionnel même chez ces «carnivores généralistes».

Stanley Gehrt, auteur principal d’un article récemment publié dans le «Journal of Applied Ecology», a déclaré que lorsque des coyotes se nourrissent d’un si gros animal, il va de soi qu’ils seront moins hésitants à s’en prendre à un humain.

«Il semble tout à fait naturel de supposer que les coyotes voyaient (cette femme) simplement comme un nouvel aliment», a déclaré en entrevue M. Gehrt, professeur à l’Ohio State University.

Les coyotes du parc ont eu recours à ce «changement de proies» parce que leurs proies traditionnelles — principalement le lièvre d’Amérique et le cerf de Virginie — étaient rares à l’époque, selon l’étude, qui a été soutenue par Parcs Canada et le ministère des Terres et des Forêts de la Nouvelle-Écosse.

Par ailleurs, l’écosystème unique de ce parc ne supporte qu’une petite population de rongeurs, qui peuvent autrement nourrir des coyotes qui n’ont pas grand-chose d’autre à se mettre sous la dent.

Le professeur Gehrt précise aussi que les coyotes de ce parc ne sont pas soumis à la chasse ou au piégeage par l’Homme, ce qui signifie qu’ils n’éprouvent pas une peur naturelle des humains.

La mort violente de Mme Mitchell n’était que la deuxième attaque mortelle de coyotes enregistrée en Amérique du Nord. Elle avait 19 ans à l’époque et elle était sur le point de se lancer dans une tournée solo, à l’aube d’une carrière musicale prometteuse.

Le drame a attiré l’attention internationale et suscité toutes sortes de spéculations sur le comportement des coyotes. Mais M. Gehrt a déclaré que lui et son équipe avaient déterminé que l’attaque était similaire à ce qui se passerait si les coyotes poursuivaient un chevreuil. «Ils s’étaient conditionnés à s’attaquer à de grandes proies, et celle-là était petite», a-t-il rappelé.

Pratiquement toutes les attaques de coyotes enregistrées sont le résultat d’une exposition préalable à de la nourriture humaine. Mais ce n’était pas le cas avec Mme Mitchell: sur les cinq coyotes tués après l’attaque mortelle, dont les deux directement responsables, aucun n’a montré la preuve qu’il avait mangé de la nourriture humaine au préalable, selon l’étude.

M. Gehrt souligne que l’attaque contre la dame était liée aux caractéristiques écologiques uniques du parc, qui ont changé au fil des ans. La population d’orignaux a été réduite et la population de lièvres d’Amérique a augmenté, ce qui signifie que les orignaux vivants ne sont plus au menu des coyotes.

«Je ne considère pas les coyotes du Cap-Breton comme étant plus dangereux en ce moment que n’importe quel autre coyote», a-t-il estimé.

De plus, le personnel du parc est maintenant moins tolérant envers les coyotes agressifs. 

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