Les Autochtones victimes de racisme systémique dans le réseau de la santé en C.-B.

VICTORIA — Une ex-juge conclut que le racisme est répandu dans le système de santé de la Colombie-Britannique, mais elle n’a pas pu confirmer l’existence d’un système organisé de paris pris sur l’alcoolémie des patients autochtones admis aux urgences.

Le ministre de la Santé, Adran Dix, avait révélé en juin l’existence présumée d’un système organisé de paris, où des membres du personnel soignant gageaient sur l’alcoolémie de patients autochtones lors de leur admission aux urgences. Pour enquêter sur ces allégations, le ministre avait nommé Mary Ellen Turpel-Lafond, ancienne juge à la Cour provinciale de la Saskatchewan et toute première Représentante de la Colombie-Britannique pour l’enfance et la jeunesse.

En remettant son rapport, lundi, Mme Turpel-Lafond a déclaré qu’elle avait découvert des preuves d’activités qui ressemblaient à ce pari douteux, mais rien pour conclure à un système répandu et organisé — ou du moins qui ne viserait que les Autochtones.

Mais elle a souligné que son enquête avait également porté sur le contexte plus large du racisme systémique touchant les Autochtones. Et elle a constaté que ce racisme systémique était, lui, bien répandu, notamment le profilage des patients fondé sur des stéréotypes relatifs aux dépendances à l’alcool et aux drogues.

«Les peuples autochtones et les travailleurs de la santé se sont exprimés clairement: le racisme est un problème hideux et indéniable dans les soins de santé de la Colombie-Britannique, qui doit être traité de toute urgence», a indiqué Mme Turpel-Lafond dans un communiqué. 

«Ce rapport fournit un plan pour des changements fondamentaux des croyances, des comportements et des systèmes qui sont nécessaires afin que nous puissions éliminer le racisme et la discrimination, et garantir les droits fondamentaux des Autochtones au respect, à la dignité et à des soins de santé équitables.»

Selon Mme Turpel-Lafond, 84 % des répondants autochtones lui ont signalé une forme de discrimination vécue dans les soins de santé. De leur côté, 52 % des travailleurs de la santé autochtones ont déclaré avoir subi des préjugés au travail, principalement sous la forme de commentaires.

L’ancienne juge a entendu près de 9000 patients autochtones, membres de leur famille, témoins et travailleurs de la santé. Elle a également examiné les données sur la santé d’environ 185 000 patients des Premières Nations et Métis.

Mme Turpel-Lafond souligne que le racisme auquel les Autochtones sont exposés a entraîné des blessures physiques et même la mort. «Bon nombre des témoignages entendus étaient profondément troublants, avaient clairement causé un préjudice important et créé une méfiance et une peur durables à l’égard du système de santé», a-t-elle déclaré.

Son rapport formule 24 recommandations, dont l’adoption de mesures et de lois pour modifier les comportements et la nomination de trois nouveaux postes dans l’appareil gouvernemental pour s’occuper spécifiquement de ce fléau.

Le rapport recommande également au gouvernement de travailler avec les organisations autochtones pour améliorer les processus de plainte des patients et de créer une nouvelle école de médecine autochtone à l’Université de la Colombie-Britannique.

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