Les autorités de santé publique recommandent maintenant le port du masque

OTTAWA — Il était «suggéré», le voilà maintenant «recommandé». Les médecins hygiénistes du pays se sont entendus, mercredi, pour recommander le port du masque non médical à tous les Canadiens.

«Si deux personnes portent le masque, je vous protège et vous me protégez», a résumé simplement Theresa Tam, l’administratrice en chef de l’Agence de la santé publique du Canada.

Dre Tam a précisé que les autorités sanitaires de chaque région doivent évaluer le risque chez elles — certaines parties du pays n’ayant eu aucun cas de contagion communautaire — et décider que faire de cette recommandation.

Pour ce qui est du temps que ça a pris, au Canada, pour en arriver là, Dre Tam a offert quelques justifications. Elle a souligné que les informations scientifiques ont évolué. Et puis, elle a noté que l’épidémie a ralenti avec les mesures imposées comme la distanciation physique, le lavage des mains et, surtout, les mises en quarantaine et la réduction des déplacements. Enfin, elle a dit qu’il faut se concentrer sur le «ici et maintenant».

«Peut-être que pour toutes les prochaines éclosions de maladies respiratoires infectieuses, ceci (le port du masque) deviendra la norme», a-t-elle conclu.

Cherchant probablement à donner l’exemple, le premier ministre Justin Trudeau a annoncé qu’il porterait le masque dans tous ses déplacements dans les immeubles parlementaires.

«Quand je me promène dans les couloirs ou quand je me rends à mon siège en Chambre, je porterai un masque. Arrivé à mon siège, parce que j’aurai deux mètres de distance avec mes collègues, je pourrai l’enlever. (…) Quand je quitterai, je vais remettre mon masque. C’est le choix que je fais quand je suis en déplacement parce que c’est possible que je passe en dedans de deux mètres de quelqu’un d’autre. (…) J’encourage les Canadiens à réfléchir à comment ils peuvent se protéger et protéger les autres, en suivant les recommandations de santé publique», a offert M. Trudeau, lors de son point de presse quotidien.

Aide aux grandes entreprises

Le ministre fédéral des Finances, Bill Morneau, a annoncé, mercredi matin, que le gouvernement fédéral est maintenant prêt à traiter les demandes du Crédit d’urgence pour les grands employeurs (CUGE), mesure qui offre des prêts d’au moins 60 millions $ aux entreprises ayant des revenus de plus de 300 millions $.

«Nous mettons en place des conditions de prêts qui protégeront les Canadiens», a assuré le ministre, en conférence de presse à Toronto.

«Nous demanderons aux sociétés cotées en bourse d’émettre des bons qui nous donneront l’option d’acquérir des actions ou de recevoir l’équivalent (…) totalisant 15 % du montant reçu. Si les entreprises ne sont pas cotées en bourse, elles paieront des frais comparables», a précisé le ministre qui espère que les coffres de l’État profiteront de l’éventuelle reprise économique.

L’aide pour les loyers commerciaux

Un portail sera lancé lundi prochain, sur le site de la Société canadienne d’hypothèques et de logement, afin de gérer le programme d’aide d’urgence pour le loyer commercial des petites entreprises.

Cette mesure a, jusqu’à maintenant, peu intéressé les propriétaires d’immeubles, ce qui pousse les organismes représentant les entreprises à réclamer qu’Ottawa la modifie. Cependant, comme le gouvernement fédéral est arrivé à cette formule après des négociations avec les gouvernements provinciaux, des changements rapides seraient difficiles à obtenir.

Travaux parlementaires

Le gouvernement Trudeau, minoritaire, semble avoir perdu son dernier allié pour le maintien de la suspension actuelle des travaux parlementaires normaux. Le Nouveau Parti démocratique (NPD) réévalue ses options.

Les élus se rencontrent virtuellement deux fois par semaine, et en personne, mais en groupe réduit, tous les mercredis. Les conservateurs veulent un retour au travail parlementaire en personne, plusieurs jours par semaine, et ce, dès la semaine prochaine. Les bloquistes posent certaines conditions, dont des changements à la prestation canadienne d’urgence (PCU) et de l’aide qui couvrirait les frais fixes des petites entreprises, pour ne pas exiger la même chose.

Mercredi matin, le chef bloquiste Yves-François Blanchet n’en démordait pas.

«Si le gouvernement souhaite qu’on continue à siéger en mode restreint comme maintenant, avec des règles spéciales, il devra se montrer digne de sa propre demande et nous lui avons communiqué nos exigences à cet effet», a-t-il lancé lors de son point de presse.

M. Trudeau, lorsqu’il s’est présenté à son tour devant les journalistes, n’était pas prêt à céder.

«On continue de démontrer une flexibilité à la PCU. On sait qu’on a besoin d’aider plus de gens. (…) Par rapport aux coûts fixes, le plus gros coût fixe, c’est le loyer des petites entreprises», a-t-il dit, renvoyant au programme d’aide aux loyers commerciaux qui sera disponible à partir du 25 mai.

Le chef du NPD, Jagmeet Singh, veut, lui aussi maintenant, une plus grande place pour l’opposition.

«Ça a fonctionné jusqu’à maintenant, mais on pense qu’avec les programmes que le gouvernement a annoncés, avec le programme d’aide aux entreprises, on a maintenant un plus grand besoin d’avoir plus de transparence», a dit M. Singh, lors d’un point de presse mercredi matin.

Néo-démocrates et conservateurs évoquent l’idée de réunions hybrides, comme au Parlement britannique, où certains élus se présenteraient en personne tandis que d’autres s’y joindraient via écrans. Le chef bloquiste n’est pas fermé à l’idée, mais estime qu’une formule plus simple est davantage envisageable à court terme.

«C’est quelque chose d’intéressant», a dit M. Trudeau à propos de ces réunions hybrides, ajoutant que les discussions à ce sujet se poursuivent avec les partis d’opposition.

Nombre de cas 

Il y a eu plus de 1 372 000 tests administrés au Canada. Environ 5 % d’entre eux ont détecté la maladie. À travers le pays, on fait passer en moyenne quelque 28 000 tests par jour.

Jusqu’à maintenant, on a recensé 80 142 cas confirmés ou probables dans l’ensemble du pays. La COVID-19 a provoqué la mort de 6031 Canadiens.

Distribution des cas au pays, selon les plus récents bilans provinciaux et territoriaux: 44 775 cas au Québec, dont 3718 décès; 23 774 cas en Ontario, dont 1962 décès; 6735 cas en Alberta, dont 128 décès; 2467 cas en Colombie-Britannique, dont 149 décès; 1045 cas en Nouvelle-Écosse, dont 57 décès; 620 cas en Saskatchewan, dont sept décès; 290 cas au Manitoba, dont sept décès; 260 cas à Terre-Neuve-et-Labrador, dont trois décès; 120 cas au Nouveau-Brunswick, tous guéris; 27 cas à l’Île-du-Prince-Édouard, tous guéris; 11 cas au Yukon, tous guéris; cinq cas dans les Territoires-du-Nord-Ouest, tous guéris; aucun cas au Nunavut.

À ces bilans provinciaux et territoriaux s’ajoutent les 13 cas, tous guéris, chez les passagers rapatriés du navire de croisière Grand Princess le 10 mars.