Les autorités russes ralentissent Twitter en raison de contenu non supprimé

MOSCOU — Les autorités russes ont annoncé mercredi qu’elles ralentissaient la vitesse de téléchargement de photos et de vidéos sur Twitter en raison de son incapacité à supprimer le contenu interdit — au moment où le Kremlin tente de contrer les plateformes de médias sociaux qui ont joué un rôle majeur dans l’amplification de la dissidence.

L’organisme de surveillance des communications de l’État, Roskomnadzor, dit avoir amorcé le ralentissement parce que selon les autorités, Twitter n’a pas réussi à supprimer du contenu encourageant le suicide chez les enfants et contenant des informations sur la drogue et la pornographie infantile.

Twitter a répondu en mettant l’accent sur sa politique de tolérance zéro pour l’exploitation sexuelle des enfants, la promotion du suicide et la vente de drogue.

L’organisme russe a prévenu que si Twitter refusait de respecter la loi russe, il pourrait être entièrement bloqué, mais il a exprimé l’espoir que la plateforme «adopte une position constructive» et se conforme à la suppression du contenu interdit. 

Vadim Subbotin, chef adjoint de Roskomnadzor, a affirmé dans des remarques télévisées que Twitter est la seule plateforme qui a «ouvertement ignoré la demande des autorités russes de supprimer le contenu interdit».

Roskomnadzor a précisé que le ralentissement s’appliquerait à tous les appareils mobiles et à 50 % des utilisateurs d’ordinateurs dans tout le pays.

Selon l’organisme, Twitter n’a pas supprimé plus de 3000 publications au contenu interdit, dont 2500 publications encourageant le suicide chez les mineurs.

«Nous avons une politique de tolérance zéro concernant l’exploitation sexuelle des enfants. Il est contraire aux règles de Twitter de promouvoir, de glorifier ou d’encourager le suicide et l’automutilation, et nous n’autorisons pas l’utilisation de Twitter pour tout comportement illégal ou d’autres activités illégales, y compris l’achat et la vente de drogues», a souligné Twitter dans un communiqué.

Le réseau social s’est dit «profondément préoccupé par les tentatives croissantes de blocage et de mise au ralenti des conversations publiques en ligne».

Twitter est moins populaire en Russie que les autres médias sociaux, avec environ 13 millions d’utilisateurs, soit environ le tiers du nombre de Facebook, selon les données de la société de recherche sur le trafic web Similar Web.

Mais l’attaque contre la plateforme pourrait être «un tir d’artillerie visant, entre autres, à effrayer d’autres grands médias sociaux», a signalé Artyom Kozlyuk, dirigeant du groupe de défense des droits liés à l’internet Roskomsvoboda.

Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a déclaré mercredi que le gouvernement n’avait «aucune volonté de bloquer quoi que ce soit», mais a ajouté qu’il était nécessaire de faire appliquer la loi.

L’intervention contre Twitter survient alors que les autorités ont critiqué les plateformes de médias sociaux qui ont été utilisées pour amener des dizaines de milliers de personnes dans les rues cette année pour exiger la libération du chef de l’opposition russe emprisonné Alexeï Navalny. La vague de manifestations a constitué un défi majeur pour le Kremlin.

La semaine dernière, le président russe Vladimir Poutine a exhorté la police à agir plus activement pour surveiller les plateformes sociales et pour traquer celles qui «entraînent les enfants dans des actions de rue illégales et non autorisées».

– Par Vladimir Isachenkov et Daria Litvinova, The Associated Press

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