Les avocats présentent leurs plaidoiries finales au procès de Dennis Oland

SAINT-JEAN, N.-B. — La Couronne et la défense au nouveau procès de Dennis Oland, au Nouveau-Brunswick, s’accordent pour dire qu’il n’existe pas de preuve directe dans cette affaire, mais les avocats diffèrent sur les conclusions que devrait maintenant en tirer le juge.

Les avocats ont conclu leurs plaidoiries finales, jeudi, au procès très médiatisé de Dennis Oland, accusé du meurtre au deuxième degré de son riche père dans son bureau de Saint-Jean en 2011. Richard Oland avait été frappé plus de 40 fois avec une arme semblable à un marteau. Des lacérations profondes sur ses mains suggèrent qu’il a essayé de se protéger de son agresseur. L’arme du crime n’a jamais été retrouvée par les enquêteurs.

Alan Gold, l’avocat de Dennis Oland, a plaidé que la preuve de la Couronne était entièrement circonstancielle et que certains éléments ne collaient pas. La nature humaine tend à «déformer les faits afin de prouver une culpabilité», a-t-il dit, mais la Couronne demande au juge de tirer des conclusions à partir d’une absence de preuve directe.

Dans ses plaidoiries finales, le procureur de la Couronne Paul Veniot a déclaré qu’il ne demanderait pas au juge de tirer des conclusions s’il disposait de preuves solides sur tout. Il s’agit selon lui de considérer l’ensemble de la preuve et la façon dont tout cela s’imbrique. «Voilà un père et un fils, l’un riche, l’autre pas, a plaidé Me Veniot. Ce n’est pas une « vision tunnel » ou un parti pris forcé (…) malgré ce que la défense voudrait vous faire croire.»

La Couronne a laissé entendre au procès que les problèmes financiers du jeune Oland l’avaient poussé à tuer son riche père; selon la défense, il ne s’agit là que de spéculations.

Me Gold a expliqué au juge qu’une partie importante des observations écrites de la Couronne au procès reposait sur cette thèse selon laquelle Dennis Oland était motivé par de graves ennuis financiers. Pour la défense, il s’agit d’une recherche excessive de mobile dans le but d’identifier à tout prix un tueur.

Selon Me Gold, rien ne prouve que les finances personnelles de l’accusé aient été discutées lorsqu’il a visité son père, à son bureau, le jour du meurtre. «La seule preuve directe est le témoignage de l’accusé, qui soutient précisément le contraire», a déclaré Me Gold.

Veste marron, cellulaire

On a par ailleurs appris au procès que la veste marron portée par Dennis Oland lors de sa visite à son père ce jour-là contenait de minuscules traces de sang et l’ADN de Richard Oland. L’accusé a déclaré à la police qu’il portait une veste bleu marine ce jour-là; la veste marron avait été nettoyée à sec le lendemain de la mort de Richard Oland. Selon Me Gold, rien ne prouve que son client ait tenté de tromper la police.

La preuve de la Couronne portait également sur la disparition du cellulaire de la victime, et le fait que cet appareil ait émis un signal à une tour à l’est de la ville après le départ de Dennis Oland dans cette direction. Me Gold a plaidé que la Couronne n’avait rien produit pour prouver que c’était bien le fils qui avait pris le téléphone de son père.

Me Gold a également utilisé ses plaidoiries finales pour souligner ce qu’il a appelé une mauvaise enquête policière. Il a soutenu que la police «n’avait pas traité correctement la scène du crime» et qu’elle avait «négligé des tiers».

Dennis Oland a écouté attentivement les plaidoiries finales, jeudi, alors que la salle d’audience était remplie de ses parents et d’amis de la famille.

Me Veniot a soutenu que les 45 coups assénés à Richard Oland allaient bien au-delà de ce qui était nécessaire pour le tuer. «Il s’agit d’un crime passionnel. C’était personnel», a-t-il plaidé. «Ce n’était pas un meurtre aléatoire, commis au hasard par un fou.» Dennis Oland est le seul responsable du meurtre, a-t-il ajouté.

Les plaidoiries finales des avocats, jeudi, s’ajoutent à de longs mémoires écrits présentés au tribunal.

Dennis Oland a d’abord été accusé en 2013 du meurtre au deuxième degré de son père. Il avait été reconnu coupable lors d’un premier procès devant jury en 2015, mais le verdict a été annulé en appel et un nouveau procès a été ordonné. Le second procès a été entendu par un juge seul.

Le juge Terrence Morrison, de la Cour du banc de la Reine, a souligné que peu de procès pour meurtre ont été entendus devant un juge seul et que peu d’affaires étaient aussi complexes. En conséquence, il a mis sa décision en délibéré jusqu’au 19 juillet.

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