Les budgets du Québec et de l’Ontario témoignent de deux approches différentes

TORONTO — Dans les deux plus grandes provinces canadiennes, deux gouvernements libéraux sur la corde raide se préparant à se battre pour être réélus ont récemment joué leurs dernières cartes budgétaires dans l’espoir de marquer des points auprès des électeurs, mais en proposant des plans très différents.

Si les gouvernements du Québec et de l’Ontario ont tous les deux promis de distribuer des milliards de dollars dans leur dernier budget avant que chaque province ne se rende aux urnes, les deux propositions sont diamétralement opposées en ce qui concerne le résultat net.

Le Québec, qui a dévoilé son budget mardi, a équilibré les livres et prévu un plan pour rembourser sa dette. L’Ontario, qui a divulgué son budget mercredi, a plutôt replongé dans le déficit et projeté rester dans le rouge pendant six ans.

Selon les experts, les deux budgets témoignent d’approches très différentes en matière de gouvernance et de stratégie électorale, mais il est encore trop tôt pour savoir si l’un ou l’autre parviendra à renverser la vapeur.

«La différence entre les deux est frappante, et ce, même si, dans les deux cas, les gens disent qu’ils se sont lancés dans des dépenses effrénées», a affirmé Geneviève Tellier, professeure de science politique à l’Université d’Ottawa.

«Le Québec et l’Ontario dépensent beaucoup, mais pas pour les mêmes choses et de la même manière.»

D’après Mme Tellier, au Québec, les dépenses visent des cibles précises qui recevront du financement ou des allégements fiscaux par le biais de programmes restreints alors qu’en Ontario, l’argent sera distribué de manière plus générale afin de plaire au plus grand nombre de personnes possible.

«En Ontario, on assiste à l’émergence d’une nouvelle vision de l’État providence. Nous allons maintenant couvrir de nouveaux services: santé, santé mentale, médicaments, éducation, garde d’enfants. Nous allons vraiment élargir l’aide fournie par l’État», a-t-elle indiqué.

«Au Québec, il n’y a pas cette notion de l’État providence. Si vous méritez d’être récompensé, vous allez être récompensé. Et qui mérite d’être récompensé? Ceux qui contribuent à l’économie de la province.»

Les libéraux ontariens ont présenté un budget de 158,5 milliards de dollars qui injectera de l’argent dans le système de santé, les services de garde d’enfants et le soutien aux personnes âgées, mais qui revient sur l’importante promesse du gouvernement de retrouver l’équilibre budgétaire, un objectif qui a été atteint l’année dernière pour la première fois en 10 ans.

La dette de la province devrait s’élever à 325 milliards de dollars en 2018-2019 avec des intérêts de 12,5 milliards de dollars, ce qui en fait la quatrième dépense en importance dans le budget.

De son côté, le budget des libéraux québécois a augmenté les dépenses de 5,2 pour cent et a annoncé des investissements importants en santé et en éducation, deux secteurs qui avaient subi des coupes de dizaines de millions de dollars au début du mandat du gouvernement Couillard.

Le Québec a également lancé un plan ambitieux dans le cadre duquel il prévoit consacrer deux milliards de dollars par année pendant cinq ans au remboursement de sa dette. Cette dernière a d’ailleurs diminué pendant trois années consécutives et s’établissait à 204,5 milliards de dollars en mars 2018.

Le ministre ontarien des Finances, Charles Sousa, s’est irrité de la comparaison entre les deux provinces plus tôt cette semaine, soutenant que le Québec recevait des milliards de plus en péréquation de la part d’Ottawa et avait un plus haut rapport dette-PIB que l’Ontario.

Malgré tout, la situation financière de l’Ontario demeure beaucoup moins brillante que celle de sa voisine, a affirmé Jean-Paul Lam, professeur d’économie à l’Université de Waterloo.

«En fin de compte, je pense que le Québec a été plus prudent en planifiant à moyen et long terme et qu’il a peut-être été un peu plus chanceux que nous sur le plan de la croissance économique, mais je crois que le gouvernement actuel de l’Ontario n’est tout simplement pas préoccupé par le déficit», a indiqué M. Lam.

Les Ontariens voteront en juin et les Québécois en octobre.

 

 

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