Les CALACS de l’Abitibi-Témiscamingue décrient l’appui des députés bloquistes à leur chef

VAL D’OR, Qc — Les députés du Bloc québécois aux Communes envoient un bien mauvais message aux femmes victimes d’agression sexuelle, estiment les Centres d’aide et de lutte aux agressions à caractère sexuel (CALACS) de l’Abitibi-Témiscamingue.

Les 31 députés avaient cosigné une lettre d’appui à leur chef, Yves-François Blanchet, dans la tourmente qui a suivi la vague de dénonciations sur Facebook, dont l’une visait précisément le chef bloquiste, pour des actions présumées qui remontent au temps où il était le gérant du chanteur Éric Lapointe.

Décourageant pour les victimes

La porte-parole des CALACS de la région, Josée Bélisle, avait écrit un long message sur Facebook décriant entre autres le fait que les deux députés bloquistes, Sébastien Lemire et Sylvie Bérubé, aient fait front commun avec leurs collègues derrière leur chef.

«Le message donné par l’ensemble des députés du Bloc québécois est qu’ils et elles ne feront aucun effort (pour) comprendre ou connaître la situation décrite, peut-on lire sur le texte Facebook. Que peu importe que ce soit vrai ou non, ils et elles sont unies et solidaires à leur chef. Ces prises de position… rappellent une fois de plus aux victimes qu’on ne les croit pas et que le pouvoir peut les faire taire et les discréditer.»

Selon l’équipe du député Sébastien Lemire, il ne faut pas interpréter cet appui comme une façon de décourager les victimes, au contraire. Dans une lettre envoyée à l’organisme le Point d’appui, de Rouyn-Noranda, l’attachée politique du député, Valérie Lafond, affirme que le but de la sortie des députés n’était pas de décourager les victimes d’agression sexuelle de dénoncer leur agresseur, au contraire.

«Nous encourageons grandement les victimes à aller vers vous, pour votre écoute, votre accueil, votre humanisme dont le système et les médias sociaux sont totalement dépourvus, peut-on lire dans la lettre. Il est d’autant plus important que vous augmentez votre visibilité pour que les victimes se réfèrent à vous plutôt que de se faire justice soi-même sur la place publique. Les résultats peuvent être désastreux, tant pour les victimes dont l’identité pourrait être découverte, que pour les personnes qui seraient faussement accusées.»

Des gens de pouvoir

Josée Bélisle refuse de se prononcer sur la véracité des accusations, et croit que les députés bloquistes auraient dû faire preuve de la même prudence. «Je ne peux pas affirmer que les accusations sont vraies, affirme la directrice générale du Calacs-Abitibi, situé à Amos. Comment eux (les députés du Bloc) peuvent-ils affirmer que la déclaration de la femme était fausse? Ils n’étaient pas présents au moment des faits allégués.»

La directrice du CALACS croit également que malgré les propos rassurants de l’attachée politique de Sébastien Lemire, plusieurs femmes vont encore hésiter à dénoncer leur agresseur. «Déjà, le processus judiciaire par lequel elles doivent passer est éprouvant. Imaginez maintenant si 31 députés, des gens élus par la population, qui ont une certaine forme de pouvoir, font front commun pour défendre un présumé agresseur. Comment voulez-vous qu’elles se décident à parler?»

Dans sa lettre, Valérie Lafond, l’adjointe de Sébastien Lemire, fait référence au fait que les dénonciations se font sur les réseaux sociaux. «Nous ne croyons pas que Facebook ou toute autre plate-forme de média social soit l’endroit pour pointer du doigt ses agresseurs, écrit Valérie Lafond. Les vagues de dénonciation peuvent avoir du bon pour aider les victimes à sortir de l’ombre, mais peuvent également avoir un effet d’entraînement néfaste.»

La porte-parole des CALACS estime que ce n’est pas aux députés de choisir le mode de dénonciation des victimes. «Depuis la nuit des temps, les femmes doivent se prévenir entre elles contre les agressions, explique Josée Bélisle. Avant, les femmes se parlaient entre elles lorsqu’elles allaient laver le linge à la rivière, elles se prévenaient contre tel ou tel seigneur. Aujourd’hui, le mode de communication a changé, et on ne nous fera pas taire.»

Josée Bélisle est d’autant plus déçue qu’elle s’attendait à plus des députés du Bloc pour faire changer les choses en matière de lutte aux agressions sexuelles, d’autant plus que le Code criminel est de juridiction fédérale.

«Les mentalités doivent changer, dit-elle, et nous comptions sur leur présence à Ottawa pour qu’ils changent la façon dont sont perçues les victimes d’agression sexuelle. Mais ils ont préféré s’attaquer au contenant plutôt qu’au contenu.» Les deux députés, appelés à réagir, n’ont pas voulu fournir de commentaire à La Presse Canadienne pour le moment.

Texte de l’Initiative de journalisme local

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