Les Canadiens appréhendent les résultats de l’élection aux États-Unis

OTTAWA — Les Canadiens surveillent avec appréhension l’appel aux urnes de leurs voisins américains, mardi, qui clôture une campagne marquée par l’intimidation, les menaces de violence postélectorale et la peur d’un effondrement de la démocratie elle-même.

Cette perspective est reflétée dans un nouveau sondage réalisé par Léger et l’Association d’études canadiennes, qui révèle qu’une nette majorité de Canadiens craignent que les États-Unis vivent une débâcle si aucun vainqueur clair ne se dégage à l’issue du vote.

Cette crainte est nourrie par la supposition voulant que le président américain Donald Trump n’accepte pas son éventuelle défaite ou puisse déclarer sa victoire prématurément avant que tous les votes, y compris les bulletins transmis par correspondance, ne soient dépouillés.

Les Canadiens n’ont pas été insensibles au chaos du dernier week-end de campagne, au cours duquel des sympathisants républicains ont bloqué des autoroutes et encerclé notamment un autocar du Parti démocrate au Texas. Les ventes d’armes ont monté en flèche, des entreprises se sont barricadées à travers le pays et des avocats se sont dits prêts à contester les résultats de l’élection.

«C’est un peu comme regarder le toit de son voisin prendre feu», a illustré le président de la Chambre de commerce du Canada, Perrin Beatty. «On est à la fois fasciné et horrifié.»

Les trois quarts des Canadiens sondés ont dit s’inquiéter du résultat de l’élection américaine. Pas moins de 68 % d’entre eux ont dit redouter «un effondrement complet du système politique aux États-Unis, conduisant à une période de chaos social».

«Qui aurait cru que nous poserions cette question? Mais nous en sommes là», a déclaré Christian Bourque, de Léger.

Quatre répondants sur cinq ont aussi dit craindre une montée des «tensions raciales» qui entraînerait des manifestations et de la violence.

Le sondage a été mené auprès de 1 516 Canadiens sélectionnés à partir d’un panel en ligne, du 30 octobre au 1er novembre. Les sondages en ligne ne se voient pas attribuer de marge d’erreur, car ils ne sont pas considérés comme vraiment aléatoires.

Le sondage s’est intéressé de manière plus approfondie à l’anxiété des Canadiens: la possibilité de «troubles civils importants ou de violence dans les rues» le jour du scrutin ou les jours suivants a suscité de l’inquiétude chez 77 % des répondants; 72 % craignaient que Donald Trump n’accepte pas le résultat des élections s’il perd; et 62 % se préoccupaient d’un éventuel krach boursier.

Les Canadiens préfèrent Joe Biden

M. Beatty, qui a été ministre au sein du gouvernement progressiste-conservateur de Brian Mulroney, a rappelé les paroles de l’ex-premier ministre libéral John Turner, vaincu en 1984 par M. Mulroney: «Le peuple a décidé, et le peuple a toujours raison.»

«C’est ce que fait un démocrate», a souligné M. Beatty — et c’est le test auquel seront soumis les États-Unis, a-t-il ajouté.

Georganne Burke, une Canado-Américaine établie en Ontario qui a fait campagne pour Donald Trump aux États-Unis, accuse les démocrates d’avoir attisé ces craintes d’agitation et de violence.

«Les démocrates ont une cohorte de personnes qui sont très violentes et qui n’ont aucun problème avec les émeutes et les pillages», a-t-elle avancé.

«Les républicains ont une cohorte de gens qui parlent de leurs armes, mais ce qu’ils feraient, c’est simplement se retirer, délaisser la participation à la société américaine. Et je ne sais pas ce qui est pire.»

Le sondage n’a laissé aucun doute quant au candidat que les Canadiens veulent voir accéder à la Maison-Blanche: 80 % des répondants se sont rangés derrière Joe Biden.

Selon Colin Robertson, un diplomate à la retraite qui a occupé plusieurs postes aux États-Unis, les Canadiens ont toutes les raisons de s’inquiéter de ce qui se passe au sud de la frontière, mais ce n’est pas le moment de prendre parti.

«Malgré Trump, les États-Unis sont toujours les leaders du monde libre, donc toute tourmente à l’interne a inévitablement des dommages collatéraux pour l’alliance occidentale», a-t-il rappelé.

Sarah Goldfeder, qui a travaillé comme diplomate sous deux ambassadeurs des États-Unis, invite les Canadiens à la vigilance pour éviter que des idéologies extrêmes viennent semer la division au Canada.

«J’espère que nous pourrons jeter ça à la poubelle des présidences ratées et des mauvaises passes», a pour sa part dit Bruce Heyman, qui a été le deuxième ambassadeur américain au Canada sous l’administration de Barack Obama.

La présidence de Donald Trump a endommagé la relation entre les deux pays, qui est la plus importante pour le Canada, a relevé M. Heyman.

«On a la possibilité de changer de cap et de revenir à la direction dans laquelle on avançait, peu importe le parti, que ce soit les républicains ou les démocrates.»

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