Les Canadiens ne semblent pas pressés de voir la frontière rouverte, selon un sondage

WASHINGTON — Un an après le début de la pandémie, les Canadiens restent profondément méfiants à l’égard des visiteurs en provenance des États-Unis, contrairement à l’optimisme croissant au sud de la frontière, selon un nouveau sondage.

Un répondant sur sept qui a participé au sondage Léger, mené en ligne la semaine dernière pour l’Association d’études canadiennes, a déclaré qu’il était «très» ou «plutôt inquiet» à l’idée d’autoriser les déplacements transfrontaliers.

Le sondage révèle que 70 % se disent «très inquiets» ou «plutôt inquiets» à l’idée d’autoriser à nouveau les voyages non essentiels entre les deux pays.

Seulement 26 % des 2200 répondants canadiens ont répondu qu’ils n’étaient «pas très inquiets» ou «pas du tout inquiets». Aux États-Unis, Léger a constaté la tendance inverse: 31 % des 1968 Américains interrogés étaient «très» ou «assez inquiets» à l’idée de rouvrir les frontières. Par ailleurs, 58 % exprimaient peu ou pas de préoccupation.

Les experts en recherche et en méthodologie estiment qu’il est impossible d’attribuer une marge d’erreur à un sondage réalisé en ligne, puisque la méthode d’échantillonnage est non probabiliste.

La recherche, financée par les Instituts de recherche en santé du Canada, pour l’Université du Manitoba et l’Association d’études canadiennes, indique une disparité croissante des attitudes entre les deux pays, a souligné le président de l’association, Jack Jedwab.

«Il reste un sentiment (au Canada) que les Américains ne sont toujours pas conscients des mesures de sécurité et qu’ils ont été moins vigilants que les Canadiens», a déclaré M. Jedwab.

Les images récentes d’une foule de fêtards non masqués qui se pressent dans les rues de Miami Beach, ou la levée des restrictions sanitaires dans des États comme le Texas et le Mississippi, n’ont fait que renforcer cette impression, a-t-il ajouté.

Une gueule de bois persistante au Canada après quatre ans de Donald Trump à la Maison-Blanche pourrait également être en jeu, a suggéré M. Jedwab.

Une mesure qui se banalise 

Les voyages non essentiels entre les deux pays ont été interdits il y a 12 mois maintenant — une réalité qui aurait été impensable il y a un an, mais qui est maintenant largement considérée comme un effet collatéral de la COVID-19. Une énième prolongation de 30 jours de cette restriction, cette fois jusqu’au 21 avril, est passée en grande partie inaperçue, la semaine dernière, tellement elle va de soi maintenant. 

Le même jour, des experts au Canada et aux États-Unis se réunissaient virtuellement pour faire le bilan des impacts économiques de ces restrictions et plaider en faveur d’une commission bilatérale pour explorer la façon de les lever éventuellement.

L’impact a été particulièrement grave dans les communautés américaines proches de la frontière, qui dépendent du tourisme canadien, a déclaré Laurie Trautman, directrice du Border Policy Research Institute, de l’Université Western Washington à Bellingham, dans l’État de Washington. «Si vous envisagez une approche à plusieurs niveaux pour assouplir les restrictions, alors on devrait commencer par ces régions et ces personnes, qui ont été vraiment touchées de manière disproportionnée.»

Les conservateurs à Ottawa poussent également le gouvernement libéral à adopter une stratégie globale de réouverture de la frontière, dans le cadre d’un plan plus large visant à assouplir les restrictions dans tout le pays. «Nous parlons d’un plan de réouverture sécuritaire, fondé sur les données, et efficace», a déclaré le chef conservateur Erin O’Toole lors d’une conférence de presse. «Cela devrait inclure la frontière, qui comprend les aéroports, les ports — tous les domaines de compétence fédérale où il devrait y avoir un processus national de dépistage et de tests rapides.»

Certains législateurs américains, comme le représentant de l’État de New York au Congrès Brian Higgins, ont fait d’énormes pressions sur la Maison-Blanche pour qu’elle envisage sérieusement un plan de réouverture de la frontière. M. Higgins suggère un processus graduel, peut-être en élargissant les catégories de voyages autorisés pour inclure les personnes qui possèdent des biens de l’autre côté de la frontière, qui ont des proches vivant aux États-Unis ou qui doivent organiser des réunions d’affaires en personne avec des clients.

En Ontario, l’Association canadienne des fabricants de moules pour l’industrie, établie à Windsor, fait circuler une pétition pour faire pression sur Ottawa afin que les membres de l’industrie manufacturière de 31 milliards $ de cette région aient plus de latitude pour traverser la frontière.

M. Jedwab croit que si une discussion n’est pas amorcée très bientôt, la disparité de l’opinion publique entre les deux pays pourrait causer une nouvelle source de tensions bilatérales entre Ottawa et Washington. 

Un autre sondage Léger mené en ligne plus tôt ce mois-ci a révélé que très peu de répondants canadiens se disaient prêts à voyager aux États-Unis cet été même si c’était permis.

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