Plusieurs Canadiens ne s’inquiétaient pas de l’arrivée de réfugiés

OTTAWA – Un sondage gouvernemental mené en novembre 2015 indique que les Canadiens favorables à l’accueil de 25 000 réfugiés syriens ne s’inquiétaient pas d’une menace terroriste.

Selon les résultats nouvellement divulgués, environ 44 pour cent des sondés soutenaient cette mesure promise par Justin Trudeau en campagne électorale. Parmi ces gens, 60 pour cent d’entre eux avaient affirmé qu’ils ne craignaient pas une hausse de la menace terroriste dans les six mois suivant le coup de sonde.

Parmi les Canadiens sondés qui s’opposaient à la venue de ces nouveaux arrivants, 35 pour cent partageaient toutefois la crainte d’une menace terroriste amplifiée. Plus de la moitié de ces citoyens, soit 55 pour cent, avaient par ailleurs mentionné aux sondeurs qu’ils estimaient que la menace terroriste augmenterait dans les six prochains mois.

La firme Harris/Decima a mené un sondage téléphonique auprès de 1512 Canadiens pour le ministère de l’Immigration entre le 18 et le 24 novembre 2015. La marge d’erreur est de 2,5 points de pourcentage, 19 fois sur 20.

Les libéraux, nouvellement élus, s’apprêtaient alors à dévoiler leur programme d’accueil de 25 000 réfugiés syriens avant la fin de l’année 2015. Les attaques terroristes survenues en France et revendiquées par le groupe État islamique (ÉI) étaient donc récentes.

Le gouvernement de Justin Trudeau a par la suite conservé son objectif, mais il a repoussé la date butoir à février 2016.

L’intégration de trois questions directement liées à la menace terroriste dans un sondage sur l’immigration démontre, selon l’expert Jack Jedwab, que le gouvernement a suggéré lui-même qu’un lien existe entre les deux enjeux.

Ce comportement est inhabituel de la part du ministère de l’Immigration, a noté le directeur de l’Institut canadien des identités et des migrations (ICIM). En général, le terrorisme est considéré comme un enjeu de sécurité, a précisé M. Jedwab.

Les résultats du sondage indiquent cependant que les Canadiens ne font pas ce lien, contrairement aux citoyens de nombreux autres pays, a-t-il ajouté.

Le contrat de sondage d’une valeur de 83 486$ avait été commandé sous le gouvernement précédent de Stephen Harper. Les questions ont toutefois été adaptées après les élections, a indiqué par courriel une porte-parole du ministère, Nancy Caron.

«De nombreux articles de journaux citaient des inquiétudes sur le plan sécuritaire concernant l’arrivée de réfugiés syriens. Il était donc nécessaire d’avoir une meilleure idée des impressions et des inquiétudes des Canadiens.»

De telles questions ne figuraient toutefois pas dans un second sondage mené auprès de 1500 Canadiens en janvier.

Les résultats de ce dernier illustraient que l’appui à l’accueil de réfugiés syriens avait augmenté, passant d’une proportion de 44 à 53 pour cent.

Par ailleurs, les opposants à cette mesure qui craignaient des risques accrus d’attaques terroristes ont alors été évalués à sept pour cent plutôt qu’à 15 pour cent, en novembre.

«Une majorité de Canadiens étaient d’avis qu’il était de leur devoir humanitaire (d’accueillir des syriens). Ce n’est pas ce qu’on observe dans plusieurs régions de l’Europe», estime Jack Jedwab.