Les Canadiens s’informent peu sur le changement climatique

MONTRÉAL — Si vous lisez ces lignes, vous faites partie d’un groupe minoritaire, selon une étude qui avance que le niveau d’intérêt des Canadiens pour l’information qui concerne les changements climatiques est parmi les plus bas d’une cinquantaine de pays.

Selon le document publié il y a deux semaines par l’Institut Reuters pour l’étude du journalisme de l’université d’Oxford en Angleterre, c’est dans des pays d’Amérique latine, d’Europe du Sud et de l’Asie-Pacifique que l’on retrouve l’intérêt le plus élevé pour l’information concernant le changement climatique. 

Par exemple, un peu plus de la moitié des citoyens interrogés en Grèce (53 %), au Portugal (53 %), au Chili (52 %) et aux Philippines (52 %) ont déclaré être intéressées par les informations sur le changement climatique et l’environnement. À l’inverse, c’est dans des pays d’Europe du Nord et de l’Ouest ainsi qu’aux États-Unis et au Canada que les citoyens sont les moins intéressés à s’informer sur le climat.

Avec 39 % de la population qui se dit intéressée par les informations qui concernent les changements climatiques, le Canada se retrouve au 31e rang sur 46 pays, à égalité avec l’Indonésie, Singapour, Taiwan et l’Espagne.

Les États-Unis représentent la nation qui s’intéresse le moins aux informations qui traitent du changement climatique, selon l’étude, un résultat qui pourrait être expliqué par la polarisation politique.

Moins d’intérêt en raison de la polarisation 

Plus la division politique est grande entre la gauche et la droite, moins il y a de l’intérêt, à l’échelle du pays, pour des nouvelles sur le climat. Par exemple, aux États-Unis, même si 55 % des citoyens qui s’associent à la gauche se soucient d’être informés sur le changement climatique, le sujet intéresse seulement 30 % de la population, car les gens de droite sont peu nombreux, 14 % , à s’en préoccuper. 

L’étude souligne que les événements météorologiques extrêmes ont aussi un impact sur l’intérêt porté au changement climatique.

La Grèce et le Portugal, par exemple, ont été frappés par des incendies de forêt dévastateurs ces dernières années, et le Chili continue de souffrir d’une grave sécheresse, ce qui a rendu le changement climatique plus perceptible et expliquerait le fort intérêt médiatique pour le sujet dans ces pays. La Grèce et le Portugal sont aussi des endroits où il y a très peu de division entre la gauche et la droite concernant le changement climatique, selon les chercheurs.

Les séries télévisées avant les médias traditionnels

Les documentaires et les séries télévisées ont davantage la cote que les médias d’information traditionnels parmi les sources de ceux qui s’intéressent au changement climatique.

Les chercheurs soulignent que dans l’ensemble des marchés étudiés, 39 % des personnes sondées ont déclaré qu’elles prêtaient davantage d’attention aux documentaires et aux séries télévisées qu’aux grands organes de presse (33 %) pour obtenir des informations sur ce sujet.

L’étude donne l’exemple d’œuvres disponibles sur des services de diffusion en continu comme La planète bleue, Seaspiracy ou encore Elephant.

«Il s’agit de films et de séries télévisées qui, bien qu’ils ne traitent pas toujours du changement climatique, associent des visuels époustouflants à une narration captivante et à des messages environnementaux qui atteignent des millions de personnes», ont conclu les chercheurs de l’Institut Reuters pour l’étude du journalisme.

La série «Notre planète», diffusée sur Netflix, aurait été regardée dans plus de 100 millions de résidences depuis sa sortie en 2019.

Ce type de récit aide le public à mieux comprendre les enjeux climatiques qui sont souvent abstraits, selon les chercheurs, qui soulignent toutefois que certains films et séries ont été accusés d’utiliser les faits de manière sélective, et d’avoir recours à une approche parfois trop simpliste et qui manque de rigueur, ce qui peut avoir comme résultat d’aliéner une partie du public et de rendre encore plus sceptiques ceux qui doutent du changement climatique.

Influenceurs vs médias traditionnels

Dans plusieurs pays, les répondants de moins de 35 ans sont souvent deux ou trois fois plus susceptibles de déclarer qu’ils prêtent attention aux célébrités, aux personnalités des médias sociaux ou aux militants que les personnes de plus de 35 ans. 

Les chercheurs donnent l’exemple de Vanessa Nakate, une militante ougandaise pour le climat qui compte des centaines de milliers d’abonnés Twitter et Instagram; Jack Harries, un écologiste et YouTuber dont la chaîne compte 3,7 millions d’abonnés; et Jerome Foster, un jeune militant pour le climat qui est conseiller à la Maison-Blanche et qui compte 41 000 abonnés sur Instagram. 

Impartialité journalistique face à la crise

Selon l’étude, les plus jeunes souhaitent également que les journalistes «prennent position» en faveur d’actions pour lutter contre les changements climatiques. 

Dans la tranche d’âge des 18-24, ils sont 43 % à croire que les journalistes devraient se rallier à la lutte au changement climatique, alors qu’ils sont 34 % à partager cette opinion chez les 55 ans et plus. 

En revanche, 27 % des 18-24 sont d’avis que les journalistes ont un devoir d’impartialité même lorsqu’il s’agit de la lutte au changement climatique, contre 43 % chez les 55 ans et plus.

Dépendamment du groupe d’âge, entre 9 et 14 % des répondants avancent que les journalistes devraient prendre position contre toute action qui contribue à lutter contre le changement climatique.

Les chercheurs rapportent également qu’à l’échelle des pays analysés, ceux qui s’intéressent au changement climatique ont tendance à avoir des niveaux de revenu et d’éducation plus élevés que la moyenne. 

Le rapport publié récemment par l’Institut Reuters pour l’étude du journalisme de l’université d’Oxford constitue la deuxième partie d’une étude sur la façon dont les citoyens s’informent sur le changement climatique. La première partie avait été publiée en 2020.

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