Les Canadiens veulent un chef progressiste-conservateur, croit Vincent Duhamel

MONTRÉAL — Les Canadiens ont beaucoup d’affinités avec les idées de la frange progressiste du Parti conservateur, croit l’homme d’affaires et ancien candidat Vincent Duhamel. Les membres du parti auraient intérêt à choisir un candidat qui représente leurs idées s’ils veulent être en phase avec une majorité de l’électorat, juge-t-il.

Bien connu dans le milieu des affaires québécois, M. Duhamel a défendu, sans succès, les couleurs conservatrices lors de la campagne électorale fédérale l’an dernier. Il avait été présenté comme un candidat économique vedette et avait été pressenti comme un potentiel ministre des Finances en raison de sa longue feuille de route dans le secteur financier.

La main tendue par l’ancien chef Erin O’Toole à la frange progressiste du parti avait convaincu M. Duhamel de faire le saut en politique. Il appuie maintenant la candidature de l’ancien premier ministre du Québec Jean Charest à la course à la chefferie.

Les conservateurs progressistes ont une approche généralement centriste de la politique. Ils sont progressistes sur les enjeux sociaux en appuyant l’avortement et le mariage entre conjoints de même sexe. Leurs idées conservatrices s’expriment plutôt sur la gestion des finances publiques où ils plaident l’atteinte de l’équilibre budgétaire et la réduction de l’État, généralement à un rythme graduel.

M. Duhamel a commenté la course à la chefferie conservatrice en marge de la Conférence de Montréal où il menait, mardi, un entretien avec le président de l’Asian Infrastructure Investment Bank, Jin Liqun, sur un autre sujet.

Au cours de l’entrevue avec La Presse Canadienne, il a donné en exemple le débat sur les armes à feu comme un sujet où l’approche progressiste-conservatrice serait en phase avec une majorité de Canadiens, qui accepterait leur utilisation par les chasseurs, mais qui veut des politiques pour empêcher la circulation d’armes à d’autres fins.

«Il faut admettre que la plupart des Canadiens sont alignés, dit M. Duhamel. On respecte les chasseurs. On est tous d’accord avec l’industrie de la chasse, mais on n’est pas d’accord qu’il y ait un paquet d’armes qui se promènent dans le quartier Saint-Michel [à Montréal].»

M. Duhamel accuse les libéraux d’utiliser les débats sociaux, comme celui sur les armes à feu, comme enjeu polarisant, sans présenter de politiques. «Les libéraux n’ont accouché de rien de mieux, dénonce-t-il. Tout ce qu’ils font c’est de mettre du rouge à lèvres sur le cochon et de dire qu’ils ont une nouvelle politique. Ce n’est pas vrai. Il y a encore autant d’armes qui se promènent dans les rues.»

L’avortement est un autre enjeu polarisant qui fait le jeu des libéraux, croit M. Duhamel. «Tout le débat qu’on a eu sur l’avortement, ça ne devrait même pas exister. C’est un débat qu’on a eu dans les années 1970. C’est fini là!»

Un choix décisif

M. Duhamel croit que M. Charest est le meilleur choix pour diriger les conservateurs et former le prochain gouvernement. Il estime que son style «pragmatique» correspond davantage au consensus canadien.

Il croit que les citoyens veulent éviter la polarisation «exacerbée par les médiaux sociaux» dans le discours politique. Il juge que le candidat Pierre Poilievre, considéré comme le meneur de la course à la chefferie, est polarisant.

«C’est dangereux, car ça va être difficile de livrer la marchandise [sur les positions prises durant la course à la chefferie], qu’on pense aux cryptomonnaies ou à mettre à la porte le gouverneur de la Banque centrale du Canada.»

Malgré les désaccords, il n’y «a pas de discussions en ce moment» pour fonder un autre parti si M. Poilievre remporte la course, répond M. Duhamel. L’ancien candidat ne sait pas s’il appuierait un Parti conservateur dirigé par M. Poilievre et il «attendrait de voir» quelle direction il donnera au parti.

«Pierre, c’est quelqu’un qui est brillant, mais il a cette tendance à créer cette polarisation. C’est un fantastique gars de l’opposition, mais je ne suis pas convaincu, encore, qu’il va être un leader capable d’unir les gens derrière une vision pour le pays.»

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