Les candidats à la chefferie des conservateurs devraient s’inspirer de Doug Ford

OTTAWA — La victoire de Doug Ford en Ontario a incité les stratèges conservateurs à encourager les candidats à la course à la direction du Parti conservateur du Canada (PCC) à s’inspirer de son exemple et à essayer de transformer des ennemis politiques en alliés.

L’appel aux électeurs cols bleus a permis aux progressistes-conservateurs à s’emparer de châteaux forts du Nouveau parti démocratique (NPD), dont la circonscription Windsor-Tecumseh. Dans son discours de victoire, M. Ford a déclaré qu’il ne se souciait pas trop des «allégeances politiques» et qu’il gouvernerait pour tout le monde, quel que soit le parti qu’ils soutiennent habituellement. 

Michael Diamond, qui a travaillé sur la campagne à la direction de M. Ford ainsi que sur les campagnes électorales des conservateurs fédéraux, a déclaré qu’il y avait une «énorme leçon» à tirer pour les candidats à la direction conservatrice, notamment sur l’art d’obtenir des appuis «au-delà des limites historiques».

«Transformer des ennemis en amis sans transformer des amis en ennemis, c’est ce qu’a réussi Doug Ford, a mentionné M. Diamond. En tendant la main, en faisant des incursions et en engageant le dialogue, M. Ford a attiré un nouveau groupe démographique dans le parti.»

Selon lui, l’appel bien reçu du premier ministre progressiste-conservateur au mouvement ouvrier lui a permis de réaliser des percées cruciales dans la base traditionnelle du NPD. Il s’agit d’une stratégie que les candidats à la direction pourraient adopter pour accroître le soutien des conservateurs sur la scène fédérale.

«Le NPD a essayé d’être un parti de la gauche éveillée, de l’élite métropolitaine et des cocktails de salons universitaires, soutient-il. Le mouvement syndical ne se sent pas concerné par plusieurs de ces problèmes. Ils veulent une économie plus forte pour que les usines ne ferment pas. Lorsque le NPD se prosterne devant les collectivités et les élites du centre-ville, il repousse ses électeurs traditionnels.»

Chris McCluskey, un stratège conservateur et ancien adjoint de plusieurs ministres conservateurs, estime que M. Ford a «réussi à remodeler ce qu’est le conservatisme aux yeux de beaucoup de gens – et cela inclut des circonscriptions qui étaient auparavant considérées comme inaccessibles».

M. McCluskey, qui est aussi consultant principal chez l’agence de relations publiques Proof Strategies, a ajouté que la confiance gagnée par le premier ministre  est instructive. «C’est quelque chose que les candidats à la direction devraient examiner.»

Tim Powers, qui a travaillé sur des campagnes conservatrices, y compris celles des anciens premiers ministres Stephen Harper et Joe Clark, explique que M. Ford avait cherché à être inclusif, un message important pour les candidats à la direction qui seraient plus tentés par «la pureté» idéologique.

«Si on écoute une partie de la rhétorique autour de la course à la direction des conservateurs, une grande partie tourne autour: ‘eh bien, vous n’êtes pas assez conservateur ou vous êtes un libéral’, a-t-il soulevé. Lorsqu’on commence à exclure des gens, on commence à créer les conditions de la défaite.»

M. Powers, qui est président de Summa Strategies, reproche à certains candidats à la direction, en particulier Pierre Poilievre, de «limiter le marché du soutien potentiel au lieu de l’élargir».

Il dit que les électeurs sont fatigués de la rhétorique qui divise et qu’une partie de l’attrait de Doug Ford aux électeurs était son authenticité.

«Si les électeurs pensent qu’on est authentique — M. Ford est considéré comme authentique — ils accorderont le bénéfice du doute», a-t-il expliqué.

Persuader les partisans de changer de camps

Les candidats à la direction conservatrice ont jusqu’à minuit pour recruter des nouveaux membres pouvant participer au vote visant à designer un successeur à Erin O’Toole.

La date limite est une étape majeure dans la campagne et marque le début d’une nouvelle phase de la course à la direction.

Le comité organisateur de la course à la direction du parti a déclaré à la fin du mois dernier que cette campagne de recrutement avait permis d’attirer un nombre record de nouveaux membres.

«L’adhésion au parti lors des deux dernières courses à la direction a été d’environ 270 000 personnes, dont seulement environ 60% ont voté», a indiqué une stratège conservatrice, Melanie Paradis, qui est restée neutre dans la course.

«D’après ce que j’ai entendu de sources du parti, le nombre sera désormais de plus de 400 000. Ce qui signifie que nous avons probablement eu environ 250 000 renouvellements et 150 000 nouveaux membres», dit-elle. 

Les candidats à la direction ont passé les derniers mois à encourager leurs partisans potentiels à s’inscrire pour voter. Dans les derniers jours précédant la date limite, ils ont essayé frénétiquement de faire en sorte que le plus grand nombre de partisans possible participent au scrutin.

L’organisation de l’ancien premier ministre du Québec, Jean Charest, a déclaré avoir recruté des dizaines de milliers de nouveaux membres, notamment de nombreuses personnes qui ne s’étaient pas impliquées depuis les années Harper, notamment dans les régions où le parti a besoin d’accroître son soutien pour remporter les prochaines élections.

«Nous avons un chemin confirmé vers la victoire. Sur la base de notre recrutement, nous avons les points nécessaires pour gagner la course à la chefferie», a affirmé M. Charest dans un communiqué.

Le candidat Patrick Brown, un ancien député conservateur et actuel maire de Brampton, en Ontario, a publié un Tweet vendredi où il disait qu’il avait «fracassé» l’objectif de sa campagne en inscrivant plus de 150 000 membres et que les adhésions continuaient d’affluer.

Toutes les adhésions ne sont pas d’égale valeur, du moins en ce qui concerne le vote final. Chaque circonscription vaut un certain nombre de points, de sorte que les candidats ont dû faire des choix stratégiques.

«Obtenez votre adhésion afin de pouvoir voter pour reprendre le contrôle de votre vie», pouvait-on lire dans un courriel de la campagne du candidat Pierre Poilievre envoyé aux personnes qui se sont inscrites à sa liste d’envoi, mais qui ne s’étaient pas encore inscrites pour devenir membre du parti. «Adhérez maintenant, car après vendredi, il sera trop tard.»

Les noms de Poilievre, Brown, Charest, Leslyn Lewis, Scott Aitchison et Roman Baber seront tous sur le scrutin préférentiel à l’automne.

Une fois qu’ils ont inscrit tous les partisans qu’ils peuvent au parti, et que ces adhésions ont été traitées et vérifiées, les candidats se concentreront sur l’obtention du vote et tenteront de persuader les partisans de leurs adversaires de changer d’allégeance — ou du moins d’inscrire son nom en deuxième sur le bulletin de vote.

En raison du système de scrutin préférentiel, le deuxième choix des électeurs pourrait jouer un rôle majeur dans la détermination du prochain chef.

C’est ce qui a assuré la victoire de M. O’Toole lors de la dernière course à la chefferie: il avait obtenu le soutien des électeurs de ses adversaires Leslyn Lewis et Derek Sloan.

Entre les bulletins de vote classés et le système de points utilisé le jour du vote, il peut être difficile de se faire une idée de qui est en tête dans la course.

«L’algorithme est sauvage, et c’est pourquoi le nom de notre prochain chef est si difficile à prévoir», a déclaré Melanie Paradis.

Elle s’attend à ce qu’une fois la liste électorale finale publiée, ce qui pourrait prendre plusieurs semaines, les candidats interrogent les électeurs potentiels sur des questions clés. Les résultats pourraient influencer le type de promesses que les électeurs verront dans les derniers jours de la course. 

Le nouveau chef sera annoncé à Ottawa le 10 septembre.

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