Les candidats républicains potentiels attendent de voir ce que Trump fera

WASHINGTON — Quand un parti perd le contrôle de la Maison-Blanche, les candidats présidentiels potentiels commencent habituellement à s’activer très rapidement en vue de la prochaine campagne.

Pas cette année.

La possibilité de voir le président Donald Trump se présenter à nouveau en 2024 gèle en place les multiples candidats républicains intéressés à lui succéder. Alors qu’ils s’affaireraient normalement à courtiser les donateurs, à développer leur réseau de contacts et à visiter les États qui seront les premiers à voter — les étapes habituelles du déploiement d’une campagne —, ils n’ont essentiellement d’autre choix que d’attendre sa prochaine manoeuvre, par crainte de susciter la colère de M. Trump et de s’aliéner ses partisans les plus féroces.

Et c’est exactement ce que souhaite le président, qui s’assure ainsi de monopoliser l’attention, l’argent qui vient avec et la couverture médiatique dont il a tant besoin. Mais les stratèges républicains s’inquiètent de voir les candidats potentiels incapables de se préparer et leur parti ainsi paralysé par un président impitoyable connu pour son gigantesque gourdin Twitter et son intolérance face à ce qu’il perçoit comme étant un manque de loyauté.

«Trump retarde de manière importante le début de la campagne 2024», a estimé Alex Conant, l’ancien directeur des communications de la campagne présidentielle de Marco Rubio en 2016.

Lors d’un cycle électoral normal, a ajouté M. Conant, «on verrait des candidats potentiels en Iowa et au New Hampshire dès ce mois-ci». Cette année, «ça ne se produira pas, parce que personne ne veut être vu comme allant contre Trump».

Grover Cleveland est le seul et unique président à avoir jamais repris la Maison-Blanche après ne pas avoir été réélu, et cela s’est produit il y a plus de cent ans. M. Trump exprime de plus en plus clairement son intention de répéter l’exploit.

«Je ne veux pas attendre jusqu’en 2024. Je veux y retourner dans trois semaines», a-t-il dit lors d’un rassemblement en Géorgie, samedi. Quelques jours plus tôt, lors d’une fête de Noël à la Maison-Blanche, il avait déclaré: «On essaie d’obtenir un nouveau quatre ans. Autrement, je vous verrai dans quatre ans.»

De telles insinuations sont très problématiques pour des candidats potentiels comme le vice-président Mike Pence, le secrétaire d’État Mike Pompeo et l’ancienne ambassadrice aux Nations unies Nikki Haley. Elles nuisent aussi aux candidats qui devraient rallier de larges pans de l’électorat Trump pour avoir une chance, comme les sénateurs Ted Cruz du Texas, Tom Cotton de l’Arkansas et Rick Scott de la Florida.

Le sénateur Josh Hawley du Missouri, un autre candidat potentiel, a déjà annoncé qu’il appuiera M. Trump s’il se présente.

«La réalité est qu’ils n’ont pas le choix de jouer le jeu parce qu’ils savent que, que ce soit dans deux ans ou dans six ans, quand ils se présenteront de nouveau, la pire chose possible aux yeux de ceux qui votent lors des primaires est d’être contre Donald Trump», a dit le stratège républicain Brendan Buck.

«Ils auraient tous avantage à rappeler que Trump a perdu», a-t-il ajouté, et pourtant, «ils font tout ce qu’ils peuvent» pour éviter ça.

La tactique de M. Trump pourrait en revanche être profitable pour le gouverneur du Maryland Larry Hogan, un républicain qui compte parmi les détracteurs les plus virulents du président. Si jamais M. Trump se lance de nouveau, les partisans de M. Hogan font valoir qu’il pourrait avoir le champ libre pour lui disputer l’investiture républicaine.

«Il va y avoir dix ou quinze personnes qui vont vouloir être le prochain Donald Trump, mais il n’y aura pas beaucoup de candidats qui vont vouloir prendre une direction différente de celle de Trump», a récemment déclaré M. Hogan.

Le gouverneur, qui presse le président de reconnaître la victoire de Joe Biden pour le bien du parti, a accentué sa visibilité en publiant un livre et en multipliant les apparitions à la télévision.

M. Hogan ne croit pas à une nouvelle campagne Trump. Selon lui, le 3 novembre a démontré que les électeurs ne veulent pas d’un nouveau Donald Trump «mais plutôt des conservateurs intelligents capables de faire des compromis».

«Vous savez, à part le président, les républicains ont connu une bonne soirée, a-t-il dit au sujet du scrutin. Les républicains n’ont pas été rejetés en vrac et l’idéologie de l’extrême gauche n’a pas été accueillie à bras ouverts.»

D’autres républicains voient la paralysie Trump d’un bon oeil, puisqu’elle éviterait les querelles intestines parmi les candidats interessés à lui succéder.

Mais il y a aussi ceux qui pensent que M. Trump empêche les républicains de procéder à l’examen de conscience qui devrait normalement accompagner une défaite. Le parti devrait typiquement essayer de comprendre pourquoi il a perdu et comment il peut rallier l’électorat.

Cela est exacerbé par le refus de M. Trump d’accepter le résultat du scrutin et par ses allégations sans fondement de fraude électorale qui viennent brouiller la victoire évidente de M. Biden.

«Malgré une défaite sans précédent, il n’y a eu absolument aucune introspection de la part du parti. Au contraire, les leaders potentiels en rajoutent» à la stratégie de politique de bas niveau de M. Trump, a déploré M. Buck.

M. Trump avait évoqué une éventuelle candidature de multiples fois avant de finalement se lancer en 2016. Plusieurs se demandent donc s’il sera vraiment de retour en 2024. Mais en attendant, le suspens le maintient sous les feux de la rampe et lui permet de récolter les fonds dont il a besoin pour voyager et demeurer influent et important.

Il a déjà engrangé plus de 200 millions $ US depuis sa défaite électorale. Une portion de cet argent ira à son nouveau comité politique, un afflux financier alimenté par de multiples appels à contribuer à son «fonds de défense électorale».

«Sa stratégie est de profiter de ces dépouillements judiciaires et de ces poursuites pour ramasser de l’argent, pour avoir de l’argent pour geler les candidatures en 2024, et pour pouvoir distribuer des fonds en 2022», a dit un bienfaiteur du Parti républicain, Dan Eberhart.

Pour le moment, les candidats potentiels en 2024 se tiennent en retrait et se concentrent sur le deuxième tour de l’élection en Géorgie qui, le mois prochain, décidera du parti qui contrôlera le Sénat. M. Pence était en Géorgie vendredi et M. Trump samedi. Les sénateurs Rubio, Cotton et Scott ont visité, tout comme le sénateur Tim Scott de la Caroline du Sud. Mme Haley et d’autres ont récolté des fonds.

L’attention se tournera ensuite probablement vers 2022, quand les candidats présidentiels potentiels essaieront de rehausser leur visibilité en appuyant les meilleurs candidats lors des courses au Sénat et à la Chambre.

Mais le manque de rivalité mystifie tout simplement les détracteurs de M. Trump.

«C’est le moment où les gens devraient sauter dans l’arène, se battre avec lui, faire valoir que le moment est venu pour le parti de s’éloigner de lui, a dit l’ancienne présidente du Parti républicain du New Hampshire, Jennifer Horn. S’ils ont peur de l’agressivité de Donald Trump aujourd’hui après la manière dont il vient de perdre, ils ne devraient même pas songer à se lancer.»

Un autre stratège démocrate, Michael Steel, se demande pendant combien de temps cette paralysie durera.

«On suppose évidemment que sa candidature potentielle gèle la course, qu’il domine tous les autres et qu’il étouffe en quelque sorte tout autre effort présidentiel républicain. Mais il y a aussi la possibilité, compte tenu de ses problèmes financiers, de problèmes juridiques potentiels, et de la manière honteuse dont il se comporte depuis l’élection, qu’il devienne moins imposant très bientôt», a-t-il dit en citant l’exemple de Sarah Palin, une ancienne vedette républicaine qui a sombré dans l’oubli bien plus rapidement que plusieurs ne l’anticipaient.

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