Les cas de syphilis congénitale ont décuplé en quelques années

MONTRÉAL — Le nombre de cas de syphilis congénitale est passé de moins de dix il y a quelques années au Canada à une cinquantaine en 2019-2020, et des chercheurs essaient de comprendre pourquoi.

Les données dont on dispose pour le moment ne permettent toutefois pas d’établir de lien entre ce bond et la pandémie de COVID-19, a dit le docteur Carsten Krueger, un médecin du Centre hospitalier pour enfants de l’est de l’Ontario qui essaie d’élucider cette augmentation pour le compte de la Société canadienne de pédiatrie.

«Les raisons qui expliquent la hausse des cas de syphilis congénitale à travers le pays sont probablement multifactorielles, et elles sont peut-être différentes dans chaque province, a-t-il dit. Mais ultimement, je pense que ça découle d’une difficulté d’avoir accès aux soins prénataux, ce qui peut s’expliquer de différentes raisons.»

Si la pandémie a évidemment interféré avec l’accès aux soins de santé, poursuit-il, on ne doit pas perdre de vue que certaines populations marginalisées ― que ce soit par la distance, par la maladie ou par des problèmes de toxicomanie ― n’ont tout simplement pas d’accès facile à un médecin.

La syphilis congénitale est une maladie à déclaration obligatoire au Canada. Elle survient quand l’infection est transmise par la mère à son bébé pendant la grossesse.

Les premiers symptômes de la maladie peuvent ressembler à ceux d’autres maladies, comme le rhume, et elle pourra ensuite entrer dans une phase de latence qui pourra durer plusieurs années.

«Plusieurs femmes pourraient ne pas réaliser qu’elles ont la syphilis, a dit le docteur Krueger. Une bonne chose au Canada, c’est que nous dépistons toutes les femmes pour la syphilis pendant leur premier trimestre de grossesse. Mais une femme pourrait être infectée plus tard pendant sa grossesse, et si elle n’est pas re-testée, ne pas le savoir.»

Même en phase de latence, le risque d’infection pour le bébé pourra atteindre 40 %, a souligné le docteur Krueger, et il est de pratiquement 100 % si la maladie est active ou si la mère a été infectée pendant la dernière année.

La maladie peut avoir des conséquences graves sur la santé de l’enfant si elle n’est pas détectée et soignée à temps, comme des difformités squelettiques ou une déficience intellectuelle.

«Heureusement, notre étude a démontré que la majorité des bébés déclarés avaient été repérés et soignés à temps, a dit le docteur Krueger. Le traitement est très efficace pour prévenir les complications de la syphilis congénitale. Un traitement tôt pendant la grossesse peut prévenir une transmission au bébé.»

L’augmentation marquée du nombre d’infections au cours des dernières années met en lumière l’importance d’abolir les obstacles qui empêchent les jeunes mères d’avoir accès aux soins de santé dont elles ont besoin, a-t-il poursuivi.

L’étude qu’il mène avec d’autres spécialistes tentera justement d’identifier la nature de ces obstacles et les stratégies qui peuvent être utilisées pour les faire tomber.

«Je pense qu’il faut s’intéresser en amont aux raisons qui nous empêchent de repérer les jeunes femmes enceintes qui ont la syphilis, a conclu le docteur Krueger. Il faut s’en prendre aux inégalités sociales, aux conditions instables de logement, à la toxicomanie, pour aider les populations vulnérables.»

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