Les catholiques divisés sur l’opinion de Joe Biden sur l’avortement

Les catholiques étaient largement partagés lors de l’élection présidentielle pour soutenir Joe Biden ou Donald Trump. Maintenant, ils sont profondément divisés sur une déclaration du président de la Conférence des évêques catholiques des États-Unis (USCCB) selon laquelle le soutien du président élu pour le droit à l’avortement présente à l’Église une «situation difficile et complexe».

Le président de l’USCCB, l’archevêque de Los Angeles, José Gomez, a fait cette déclaration mardi à la fin de la réunion nationale de la conférence et a annoncé la formation d’un groupe de travail d’évêques pour réfléchir sur ce dilemme. Certains experts ont déclaré qu’il était possible que le groupe discute de la question de savoir si Joe Biden — un catholique pratiquant — devrait se voir interdire la participation à la Sainte Communion.

Des militants catholiques antiavortement espèrent que les évêques adopteront une position sévère, pour indiquer clairement aux politiciens catholiques qui soutiennent l’avortement qu’ils entrent en violation des enseignements de l’Église.

Les priorités de Joe Biden «sont incompatibles avec la position catholique sur l’avortement et la protection de la vie humaine innocente», a plaidé Marjorie Dannenfelser, présidente de la Susan B. Anthony List, un groupe antiavortement.

Mais d’autres ont critiqué l’USCCB pour avoir mis la table pour un potentiel conflit avec le président désigné seulement quelques jours après qu’il eut reçu les félicitations du pape François. Joe Biden a déclaré qu’il espérait travailler avec le souverain pontife sur des questions telles que le changement climatique, la pauvreté et l’immigration.

«Les dirigeants de l’USCCB ne peuvent tout simplement pas accepter l’idée d’engagement et de bonne volonté que le pape François leur a demandée», a déploré David Gibson, directeur du Centre sur la religion et la culture de l’Université Fordham. «Que le pape ait appelé pour féliciter Biden et qu’il ait discuté de la collaboration pendant que les évêques américains clôturaient leur réunion avec des plans pour se battre avec le nouveau président, cela dit tout.»

Natalia Imperatori-Lee, professeure d’études religieuses au Manhattan College, a également été consternée par l’USCCB.

«Il semble qu’ils aimeraient entamer une relation antagoniste avec seulement le deuxième catholique à être élu président de ce pays, a-t-elle dénoncé dans un courriel. C’est épouvantable.»

«Les évêques ont choisi de continuer la guerre culturelle qui utilise l’avortement pour semer des divisions dans notre église et notre société, car ils voient cela comme une question gagnante pour eux», a-t-elle écrit.

L’archevêque Gomez a salué plusieurs prises de position de Joe Biden, notamment sur l’immigration, la justice raciale et le changement climatique. Mais certains évêques conservateurs ont ouvertement exprimé des critiques après que Mgr Gomez eut félicité M. Biden pour sa victoire.

Mardi, alors que l’USCCB mettait fin à la partie publique de sa réunion, Mgr Gomez a lu une déclaration issue de discussions avec certains des évêques agités.

«Le président élu nous a donné des raisons de penser qu’il soutiendra certaines bonnes politiques», mais aussi certaines qui «sapent notre priorité prééminente d’élimination de l’avortement», a déclaré l’archevêque.

«Ces politiques constituent une menace sérieuse pour le bien commun, a-t-il ajouté. Lorsque les politiciens qui professent la foi catholique les soutiennent (…) cela crée de la confusion parmi les fidèles sur ce que l’Église enseigne réellement sur ces questions.»

Mgr Gomez a déclaré qu’il formerait un groupe de travail pour aborder la question, dirigé par le vice-président de l’USCCB, l’archevêque de Detroit Allen Vigneron.

Refus de la Sainte Communion?

Deux experts interrogés par l’Associated Press n’ont pas exclu la possibilité que le groupe de travail discute de la possibilité que M. Biden se voit interdire la participation à la Sainte Communion.

Cette question «ne porte pas sur la fonction politique qu’il occupe, mais sur sa conduite publique en tant que catholique», a expliqué Edward Peters, professeur de droit canonique au Sacred Heart Major Seminary, à Detroit.

«Son importance dans la vie publique rend son cas plus visible, certainement, a-t-il ajouté. Mais, en fin de compte, c’est son propre comportement qui détermine s’il doit se voir refuser la Sainte Communion.»

Thomas Groome, professeur de théologie au Boston College, estime que les évêques conservateurs du groupe de travail feront probablement pression pour que M. Biden se voie refuser la communion. Mais il a noté que le soutien de Joe Biden pour le droit à l’avortement est, selon de nombreux sondages, partagé par la plupart des catholiques américains.

Lors de l’élection, 50 % des électeurs catholiques ont soutenu Donald Trump et 49 % ont opté pour Joe Biden, selon VoteCast, une enquête menée par NORC auprès de plus de 110 000 électeurs dans tout le pays pour l’Associated Press.

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