Les Centres Batshaw ne prendraient pas au sérieux la lutte contre le racisme

MONTRÉAL — Une agence de services à l’enfance et à la famille établie à Montréal ne prend pas au sérieux l’amélioration des soins pour les jeunes autochtones, et personne ne la tient responsable, a déclaré vendredi une défenseure des peuples autochtones.

Nakuset, directrice du Foyer pour femmes autochtones de Montréal, affirme que bien que les Centres de la jeunesse et de la famille Batshaw aient reçu des recommandations des communautés autochtones et de la commission des droits de la personne de la province, ils ne les mettent pas en œuvre.

Ses commentaires font suite à un incident survenu en avril qui n’a été rendu public que récemment, au cours duquel un adolescent inuit d’un centre de réadaptation Batshaw au nord de Montréal aurait été mis en isolement alors qu’il souffrait et avait besoin d’une intervention chirurgicale d’urgence. La Commission des droits de la personne et de la jeunesse du Québec a commencé son enquête début octobre.

«C’est atroce ce qu’ils ont fait à ce jeune, donc vous devez faire quelque chose, mais il y a tout un système qui est complètement cassé, et personne ne fait rien à ce sujet», a indiqué Nakuset, qui utilise un seul nom, lors d’une entrevue.

Son organisation a commencé à travailler avec les Centres Batshaw en 2013 pour les aider à améliorer le traitement des enfants autochtones pris en charge, mais elle a rompu les liens avec eux en septembre 2021. Nakuset a précisé qu’elle ne croyait pas que les Centres Batshaw aient mis en œuvre l’une des recommandations faites par la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse au printemps 2021, après que l’organisme de surveillance eut constaté qu’il était parfois interdit aux jeunes inuits pris en charge de parler leur propre langue.

Et, a-t-elle dit, le refus du premier ministre du Québec, François Legault, de reconnaître l’existence du racisme systémique donne aux gens des institutions gouvernementales la permission d’ignorer les réalités qui les entourent.

«Si personne ne les tient responsables, ils ne vont jamais le faire, personne ne les force, et c’est pourquoi, quand on a un gouvernement comme celui de Legault qui ne croit pas qu’il y a du racisme systémique, ça continue», a-t-elle dit.

Nakuset et Fo Niemi, le directeur exécutif du Centre de recherche-action sur les relations raciales, une organisation de défense des droits civiques à Montréal, ont demandé à la commission de lancer une enquête plus large sur le racisme systémique dans les Centres Batshaw, à la fois en ce qui concerne le la façon dont il offre des services aux jeunes autochtones et la sous-représentation du personnel autochtone au sein de l’organisation.

Nakuset a souligné que bien que la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse du Québec ait ouvert une enquête, elle n’aurait pas dû attendre que l’incident reçoive l’attention des médias. M. Niemi, quant à lui, a souligné que l’enquête est menée en vertu de la Loi sur la protection de la jeunesse plutôt que de la Charte québécoise des droits et libertés de la personne ; par conséquent, a-t-il dit, les détails de l’incident ne seront pas rendus publics et la commission n’a aucun pouvoir pour garantir la mise en œuvre de ses recommandations.

«Il n’y a pas de surveillance et il n’y a pas de responsabilité, a-t-il critiqué. C’est pourquoi ces problèmes se perpétuent.»

Dalia Alachi, porte-parole de la commission, a précisé dans un courriel qu’elle faisait un suivi auprès des Centres Batshaw pour s’assurer que les recommandations étaient mises en œuvre, ajoutant qu’ils avaient pris des mesures pour offrir des services d’interprétation autochtones aux jeunes pris en charge.

Mme Alachi a ajouté que, dans la majorité des enquêtes en vertu de la Loi sur la protection de la jeunesse, des modifications sont apportées pendant que l’enquête est en cours. Elle a déclaré que, même si les jeunes impliqués dans des affaires ne peuvent pas être identifiés, les recommandations peuvent être rendues publiques.

M. Niemi pense que l’incident n’a pas été correctement signalé aux autorités conformément à la Loi sur la protection de la jeunesse du Québec, et il se demande si le gouvernement provincial aurait agi différemment si le jeune n’était pas autochtone.

«Si c’était un jeune blanc aux cheveux blonds et aux yeux bleus, croyez-moi, le gouvernement réagirait immédiatement et ordonnerait une enquête indépendante et exigerait des réponses complètes de la haute direction des Centres Batshaw sur ce qui s’est exactement passé, pourquoi cela a été gardé secret pendant si longtemps», a-t-il questionné. 

Lambert Drainville, un porte-parole de Lionel Carmant, le ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux, qui est responsable de la protection de la jeunesse, n’a pas voulu commenter spécifiquement l’incident d’avril, citant l’enquête de la commission. Il a dit que des mesures ont été prises pour s’assurer que les jeunes des Centres Batshaw peuvent parler leur propre langue et que la formation sur la «sécurité culturelle» pour le personnel est en cours.

«Nous ne tolérons aucune forme de violence, de racisme ou de discrimination envers les jeunes sous notre protection et leurs familles, a écrit M. Drainville dans un courriel. Lorsque des allégations de ces actions sont portées à notre attention, nous prenons cela très au sérieux et prenons des mesures immédiatement pour faire la lumière sur ce qui s’est passé.»

Le CIUSSS de l’Ouest-de-l’Île-de-Montréal, qui supervise les Centres Batshaw, a refusé de commenter vendredi. Il a indiqué jeudi avoir pris des mesures pour protéger la «sécurité culturelle» des jeunes sous sa protection, notamment en embauchant du personnel autochtone et en réécrivant des politiques pour affirmer les droits des jeunes à parler des langues autochtones.

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