Les changments climatiques augmenteront les appels à l’aide de l’Afrique

OTTAWA — Les changements climatiques feront sans doute des ravages dans des pays africains déjà fragiles, ce qui provoquera une hausse des demandes d’aide à l’armée canadienne, met en garde une analyse interne du ministère de la Défense.

Le réchauffement du climat de la Terre contribuera à l’instabilité et à l’insécurité croissantes sur le continent, qui doit déjà faire face à de nombreux défis économiques, sociaux et politiques, indique le document.

L’analyse souligne que le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat a prédit que les températures en Afrique augmenteront de 2 à 4 pour cent d’ici 2100, soit environ 1,5 fois la moyenne mondiale.

Des conflits liés à l’approvisionnement en eau potable, aux inondations et aux phénomènes météorologiques extrêmes, aux pénuries alimentaires et à la désertification pourraient en résulter, indique le document. Cela pourrait se traduire par une migration massive pouvant entraîner la propagation de maladies et une recrudescence de la piraterie et du terrorisme.

La note de service de six pages, préparée en avril dernier pour le sous-ministre de la Défense, a récemment été obtenue par La Presse canadienne en vertu de la Loi sur l’accès à l’information. Des parties du document ont été jugées trop sensibles pour être divulguées.

Le Canada a récemment terminé un déploiement militaire d’hélicoptères et de personnel médical d’une durée d’un an au Mali, où la pénurie d’eau a aggravé la violence entre factions.

Selon le document, les défis prévus par les changements climatiques pourraient susciter davantage de demandes d’assistance humanitaire et d’opérations d’intervention en cas de catastrophe, de missions de soutien de la paix, de lutte contre le terrorisme et d’activités de renforcement des capacités des Forces armées canadiennes (FAC).

«En général, les effets du changement climatique créeront un environnement opérationnel plus instable, compliqué et dangereux pour les FAC en Afrique», peut-on lire.

La note met en garde que les effets des changements climatiques partout dans le monde, et les réponses humaines à ceux-ci, sont impossibles à prédire avec précision. Cependant, il souligne les conséquences de trois grands changements découlant de la hausse des températures: des changements dans les régimes de précipitations, des phénomènes météorologiques plus fréquents et plus graves et une élévation du niveau de la mer.

Parmi les conséquences possibles:

– Des dommages dévastateurs aux infrastructures causés par davantage de cyclones et d’inondations le long de la côte densément peuplée allant du delta du Niger à Accra, au Ghana, ainsi que des inondations éclair et des glissements de terrain en Afrique centrale.

– L’inondation complète des petites îles et des inondations graves dans les centres côtiers des plus grandes, ce qui contaminera les eaux douces et nuira à la pêche.

– Une diminution des rendements agricoles due au manque de pluie et à l’érosion des terres causée par la montée des eaux.

– Des tensions entre les éleveurs à la recherche de pâturages plus fertiles et les agriculteurs conventionnels de la région du Sahel, en Afrique de l’Ouest.

– L’introduction d’agents pathogènes, tels que le virus mortel Ebola, dans de nouvelles zones par les migrants et une augmentation du paludisme causée par les moustiques nicheurs dans des flaques d’eau stagnante alors que des pluies plus abondantes tomberont sur certaines zones.

– Le recrutement de jeunes désespérés par des organisations criminelles impliquées dans la piraterie, le terrorisme et le trafic de drogue ou de personnes.

Plus tôt cette année, le ministère britannique de la Défense a identifié les changements climatiques comme l’un des plus grands risques pour la défense et la sécurité. L’armée américaine a également publié un certain nombre de rapports et d’articles décrivant les impacts potentiels de la transformation du climat sur ses forces et ses opérations.

À l’heure actuelle, l’armée canadienne dispose d’attachés militaires dans sept pays africains, participe à des opérations de soutien de la paix en République démocratique du Congo et au Sud-Soudan et participe périodiquement à d’autres activités.

«Dans l’ensemble, les défis prévus des changements climatiques renforcent l’importance de maintenir, voire d’améliorer potentiellement, la connaissance de la situation des FAC en Afrique», indique la note.

Le document souligne l’importance d’aider l’Afrique maintenant à s’assurer qu’elle dispose des «mécanismes d’adaptation» nécessaires pour faire face aux nombreux défis à venir – et s’assurer que ces défis n’atteignent pas le Canada, a déclaré le professeur Walter Dorn du Collège des Forces canadiennes.

La politique de défense du gouvernement libéral, publiée en juin 2017, indiquait que le Canada devait renforcer ses relations avec les pays africains pour contribuer avec succès à la paix et à la sécurité par la formation, l’autonomisation des femmes et des filles et le maintien de la paix.

Mais le professeur Dorn, un spécialiste de la prévention des conflits et du maintien de la paix, craint qu’Ottawa ne prenne pas la question au sérieux. Il a souligné l’absence d’approche globale de l’Afrique et le bilan peu reluisant des libéraux en matière de maintien de la paix.

Alors que les libéraux avaient promis, lors de la campagne électorale de 2015, de renforcer considérablement le rôle du Canada dans le maintien de la paix, le gouvernement a plutôt été accusé d’avoir traîné les pieds et d’avoir fourni le strict minimum.

«Nous devons planifier notre capacité à aider l’Afrique dans les processus de paix et l’atténuation des effets des changements climatiques, ce qui inclut les interventions en cas de catastrophe et les opérations de paix», a déclaré M. Dorn. «Ces menaces sont mondiales même si elles proviennent d’Afrique.»

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