Les chasseurs australiens d’occasion coûteront plus cher que prévu, croit le DPB

OTTAWA — Le directeur parlementaire du budget suggère que le ministère de la Défense nationale a pu délibérément sous-estimer de 200 millions $ le coût d’achat et d’exploitation de 18 avions de chasse F-18 d’occasion australiens, pour rendre la pilule plus facile à avaler.

Cette estimation n’est que la dernière en date du Bureau du directeur parlementaire du budget (DPB) à conclure que ce ministère sous-estime souvent les coûts d’importantes acquisitions, à commencer par le projet avorté d’achat de chasseurs furtifs F-35 en 2011.

Mais selon le directeur parlementaire du budget, Yves Giroux, la plus récente estimation du ministère diffère des autres parce qu’il ne s’agit pas ici de l’achat de nouvel équipement: les F-18 australiens d’occasion ressemblent beaucoup aux CF-18 canadiens. En conséquence, ajoute-t-il, le ministère aurait dû être en mesure de produire des estimations extrêmement précises du coût d’achat, de mise à niveau et d’exploitation de ces 18 avions australiens au cours de la prochaine décennie.

Or, le DPB indique que le coût réel sera 22 pour cent plus élevé que ce qui a été estimé par le ministère: en dollars bruts, les contribuables devront payer 1,1 milliard $, et non 900 millions $.

M. Giroux se dit perplexe devant les chiffres avancés par le ministère. En entrevue à La Presse canadienne, il se demande si les responsables n’ont pas délibérément «tordu» leurs chiffres pour éviter de franchir le seuil psychologique du milliard de dollars pour 18 chasseurs de seconde main — un chiffre qui aurait pu frapper l’imaginaire de certains contribuables. «C’est peut-être pour cette raison qu’ils ont opté pour le scénario très optimiste de moins de 900 millions $.»

Le gouvernement de Justin Trudeau a décidé d’acheter les 18 avions d’occasion australiens — et jusqu’à sept appareils de rechange — pour venir appuyer les CF-18 vieillissants jusqu’à ce que toute la flotte de chasseurs soit remplacée par de tout nouveaux avions à réaction au cours de la prochaine décennie. L’appel d’offres pour ces nouveaux appareils n’a pas encore été lancé.

La Défense réagit

Peu de temps après la publication du rapport du DPB, jeudi, le ministère de la Défense a publié un communiqué dans lequel il soutient que son estimation était en réalité très proche de celle du directeur parlementaire du budget dans la plupart des domaines. Le ministère précise par contre que ses chiffres ne prenaient pas en compte le coût de modernisation des systèmes de combat des avions australiens.

L’Aviation royale canadienne indique qu’elle envisage diverses options pour ces mises à niveau, qui s’appliqueront également au reste de la flotte de vieux CF-18 afin qu’ils puissent mener des missions jusqu’à leur retraite. Ces mises à niveau pourraient coûter plus d’un milliard de dollars.

Le ministère de la Défense nationale conteste par ailleurs le fait que le DPB ait soustrait des «réserves pour éventualités» de plus de 130 millions $ que les fonctionnaires avaient prévues pour le projet. Lors d’un point de presse sur le rapport, jeudi matin, M. Giroux a défendu la décision de son bureau.

«(La Défense) soutient qu’il est injuste de soustraire les réserves pour éventualités comme nous l’avons fait, car cela fait partie du projet; nous croyons plutôt que si vous êtes certain d’utiliser ces réserves pour éventualités, alors ce ne sont peut-être plus des « réserves pour éventualités » mais plutôt des coûts réels.»

La Défense nationale a supervisé de nombreuses mises à niveau de ses vieux CF-18, qui sont presque identiques aux F-18 achetés en Australie, ce qui signifie que ses estimations de coûts auraient dû être plus précises, a par ailleurs rappelé M. Giroux. Le DPB a d’ailleurs constaté à maintes reprises au cours des années que ce ministère sous-estimait le coût de ses grands projets — notamment l’achat de F-35 ou de nouveaux navires de guerre et de ravitaillement de la Marine.

Les conservateurs ont utilisé le rapport de M. Giroux comme une arme supplémentaire pour critiquer la gestion par les libéraux de tout le dossier des avions de combat, qui prévoit notamment de lancer un appel d’offres pour remplacer la flotte entière de chasseurs CF-18. Les libéraux avaient promis lors des élections fédérales de 2015 de lancer immédiatement cet appel d’offres, mais cela ne s’est toujours pas produit. Ils promettaient également d’écarter de la course le chasseur furtif F-35, mais ils ont depuis décidé de le laisser concourir.

Le premier «nouveau chasseur» qui doit remplacer les vieux CF-18 n’est pas attendu avant 2025, et le dernier devrait être livré en 2031.