Les chercheurs doivent trouver des nouvelles façons de collecter des données

Aaron Fairweather doit s’occuper de 27 colonies de fourmis… dans son salon.

Pour cet étudiant au doctorat en entomologie de l’Université de Guelph, c’était le seul moyen pour continuer à collecter des données. La COVID-19 a freiné la recherche et les laboratoires ne peuvent pas être utilisés.

À l’instar de nombreux autres scientifiques, M. Fairweather essaie de tirer le meilleur parti de l’été, une époque de l’année où les chercheurs passent de longues heures à l’extérieur pour collecter des données sur le terrain.

«C’est une année assez sombre pour la recherche, constate-t-il. Il y aura un trou dans les connaissances.»

M. Fairweather avait planifié l’automne dernier un grand projet de recherche sur les fourmis, mais le manque de ressources pourrait retarder d’un an son échéancier.

«Je dois attendre l’année prochaine, probablement, pour pouvoir revenir au laboratoire et réaliser les expériences que je voulais faire.»

De nombreux autres scientifiques n’ont pas la chance d’apporter leurs recherches à la maison. En conséquence, des données pourraient être faussées ou des années de travail pourraient être abandonnées, craint M. Fairweather.

Le professeur Arthur Fredeen, de l’Université du Nord de la Colombie-Britannique, se dit préoccupé par l’enseignement sur le terrain.

Son cours d’écologie nécessite de travailler avec des étudiants prenant des mesures et des observations sur le terrain, mentionne-t-il.

«J’ai dû me débattre avec des moyens technologiques pouvant m’aider à donner le cours en ligne, même si ce sera assez difficile de le faire de manière adéquate.»

Pour sa part, Pascal Lee n’étudiera pas les roches de l’Extrême-Arctique ce mois-ci, probablement pour la première fois en près de 25 ans.

Le président du Mars Institute fait des recherches sur l’île Devon parce que sa surface ressemble à la «planète rouge». Cette année, son équipe prévoyait de tester une nouvelle combinaison spatiale et un «gant intelligent d’astronaute».

Le groupe espère toujours se rendre sur l’île en septembre, mais si cela échoue, leur équipement devra peut-être être testé aux États-Unis.

«Rater un été pour nous signifie un retard d’un an», déplore M. Lee.

Voyage en mer

Le choix pour certains chercheurs est de s’adapter à la quarantaine en faisant des études sur un bateau pendant un mois.

Le directeur de l’Unité de recherche sur les mammifères marins de l’Université de la Colombie-Britannique fera cet exercice avec huit chercheurs. Ils poursuivront une étude entreprise l’an dernier afin de déterminer s’il y a une pénurie de saumon quinnat pour les épaulards résidents du sud.

Selon Andrew Trites, les chercheurs créeront leur propre bulle sur le bateau, en commençant par une période de quarantaine de deux semaines avant de monter à bord à la mi-août.

Tout le monde est «un peu paranoïaque», reconnaît M. Trites.

«En fin de compte, si la pandémie ne nous tue pas, le fait d’être confiné ensemble nous fera peut-être ce sort, blague-t-il. Ce sera tout un défi.»

L’an dernier, les scientifiques sont descendus du bateau après avoir accosté et se sont rendus dans des villes et des villages, mais cela ne se produira pas cette année.

Une seule personne, masquée et gantée, sera autorisée à quitter le Gikumi pour aller procurer le ravitaillement du navire.

«Nous allons être tassés un peu comme des sardines, mais tout le monde a un travail à faire sur le bateau», ajoute-t-il.

M. Trites craint que la capacité de trouver des nouvelles solutions, de proposer des idées, de réfléchir en groupe puisse souffrir de l’absence de réelles interactions entre chercheurs.

«Nous allons donc saluer d’autres chercheurs que nous connaissons de loin en espérant qu’il y aura une occasion dans six mois, un an, un an et demi, pour nous asseoir ensemble et avoir des conversations plus fructueuses.»

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