L’«oeil canadien» derrière les premières images en couleur du télescope James Webb

MONTRÉAL — Si les cinq premières images scientifiques en couleur du télescope spatial James Webb «sont tellement belles» et en haute résolution, c’est notamment grâce à l’apport de l’Agence spatiale canadienne (ASC) qui a fourni deux éléments importants, dont «l’œil» de Webb. 

La NASA a dévoilé mardi matin l’ensemble des premières observations du télescope, après le dévoilement d’une première image par la Maison-Blanche la veille. 

Ils étaient de nombreux scientifiques et amateurs d’astronomie à s’être rassemblés un peu partout dans le monde, notamment au centre spatial John-H.-Chapman de l’ASC sur la Rive-Sud de Montréal, pour assister à ce moment qui offre de nouvelles perspectives de l’univers. 

«J’étais très émue, mais vraiment sans mot. J’avais de la misère à m’exprimer parce qu’il y a tellement une quantité incroyable de détails, on a l’impression de ne pas savoir où mettre les yeux», relate l’astrophysicienne Nathalie Ouellette, qui a pu avoir accès aux images la semaine dernière. 

Les éléments révélés de cinq cibles cosmiques montrent tout le potentiel de ce que Webb peut faire en quelques jours et semaines d’observation, fait valoir la chargée des communications scientifiques sur Webb au Canada, en entrevue à La Presse Canadienne. 

«On est déjà capable de surpasser les données qui ont été prises par les télescopes avant. Le fait qu’on peut voir dans un autre type de lumière, l’infrarouge, ça nous ouvre une toute nouvelle fenêtre sur l’univers. Ça nous permet d’étudier des phénomènes qui étaient invisibles pour nous avant», explique Mme Ouellette au bout du fil. 

Un groupe de scientifiques canadiens ont contribué au succès du nouveau télescope de 10 milliards de dollars lancé en décembre dernier et pour lequel a également collaboré l’Agence spatiale européenne.

L’équipe canadienne a notamment été dirigée par un chercheur québécois de l’Université de Montréal, René Doyon, qui était présent mardi au principal centre de la NASA au Maryland pour le dévoilement public des images.

Le Canada a fourni le détecteur de guidage de précision (FGS). Cet instrument est en quelque sorte «l’œil» du télescope qui permet de cibler les objets d’intérêt et de faire la mise au point sur ceux-ci, précise Mme Ouellette. 

L’une des raisons pourquoi les images «sont tellement belles et tellement en haute résolution, c’est parce que l’œil canadien fonctionnait à merveille et permettait de bien capter ces images», mentionne la coordonnatrice de l’Institut de recherche sur les exoplanètes de l’Université de Montréal. 

Le deuxième apport du Canada est l’imageur et spectrographe sans fente dans le proche infrarouge (NIRISS), qui aide à étudier plusieurs types de corps célestes, comme des exoplanètes et des galaxies lointaines. 

Le spectre de l’exoplanète WASP-96, l’une des cinq cibles cosmiques du télescope, a été collecté «à partir d’une seule observation» avec l’instrument canadien, mentionne l’ASC. Les données indiquent notamment la présence de vapeur d’eau. 

Parmi les images recueillies jusqu’à maintenant, cette observation est d’ailleurs intéressante sur le plan scientifique, aux yeux de Mme Ouellette. 

«Je sais à quel point c’est difficile de trouver des signaux de molécules. Le peu de bruit dans le signal de l’exoplanète avec Webb était vraiment incroyable. Je pensais que c’était des données nettoyées, mais non ce sont les données qui proviennent directement du télescope», expose-t-elle.  

Sur le plan visuel, l’image de la nébuleuse de la Carène, une pouponnière d’étoiles «où l’on voit des falaises cosmiques de poussières», ainsi que celle du Quintette de Stephan avec des galaxies en interaction, font partie des préférées de l’astrophysicienne. 

Au moins 20 ans de carburant

Le travail de Webb, qui est considéré comme le successeur du télescope spatial vieillissant Hubble, n’en est qu’à ses débuts. Il compterait pour encore au moins 20 ans de carburant, spécifie Mme Ouellette. 

Le plus grand et puissant observatoire astronomique jamais envoyé dans l’espace doit permettre de remonter jusqu’à la formation des premières étoiles et galaxies il y a 13,7 milliards d’années, soit à peine 100 millions d’années après le Big Bang, lorsque l’univers a été créé.

Des astronomes canadiens vont mener des projets scientifiques sur le télescope, comme sur les exoplanètes, indique Mme Ouellette. 

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Cette dépêche a été rédigée avec l’aide financière des Bourses de Meta et de La Presse Canadienne pour les nouvelles.

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