Les citoyens de plusieurs pays suivent avec intérêt les élections américaines

SAINTE-MARIE-DU-MONT, France — Dans l’une des villes de Normandie où des parachutistes de l’armée américaine se sont battus et sont morts le jour J de la Seconde Guerre mondiale, un propriétaire de magasin français a déjà préparé le drapeau «Trump 2020» qu’il envisage de déployer si le président américain remporte un deuxième mandat.

Mais en Suède, une scientifique alarmée par les signes croissants du réchauffement climatique dont elle a été témoin lors de son dernier voyage en Arctique espère que Donald Trump sera renversé, non seulement parce qu’elle pense que le démocrate Joe Biden fera mieux, mais aussi parce qu’elle espère retomber en amour avec un pays qu’elle trouve actuellement repoussant.

Ce sont deux voix parmi la multitude de personnes à travers le monde pour qui l’élection américaine n’est pas un événement dans un pays lointain, mais bien le résultat d’une course impossible à ignorer, qui aura des répercussions pour toute la planète. Pour beaucoup, c’est particulièrement vrai au cours d’une année marquée par la pandémie de coronavirus, qui a fauché la vie de plus d’un million de personnes dans le monde, rappelant la nécessité pour les pays de travailler ensemble.

Étant donné que Donald Trump a eu un impact si démesuré sur les affaires mondiales — en mettant de l’avant une politique «d’Amérique d’abord» et en remettant en doute les alliances et les amitiés traditionnelles de son pays — cette élection suscite beaucoup plus l’intérêt qu’à l’habitude.

«L’Amérique vote et donne au monde un président», a écrit sur Twitter le rédacteur en chef du journal «Ashraq Al-Awsat», qui appartient à l’Arabie saoudite et est publié depuis Londres.

Des impacts partout dans le monde

Au moment du vote, les spectateurs du monde entier, à la fois fascinés et inquiets, se sont préparés à l’effet papillon du choix des Américains et à ses effets secondaires, petits et grands. Une répercussion très réelle redoutée par certains est la possibilité que le président Trump, s’il est réélu, ferme davantage de voies d’accès aux immigrants et à certains visiteurs.

«Trump prend ces décisions inattendues de nulle part et la vie de millions de personnes est changée», a déclaré Ishan Kalra, étudiante au doctorat en linguistique en Inde, qui craint que ses études aux États-Unis ne soient interrompues. «C’est dans mon esprit tout le temps.»

En refusant souvent d’être un joueur d’équipe dans les initiatives mondiales, notamment en retirant les États-Unis des efforts internationaux pour ralentir le changement climatique et en se retirant de l’Organisation mondiale de la santé au milieu d’une pandémie, M. Trump a consterné de nombreuses personnes dans le monde qui aspirent à l’engagement et le leadership américains. 

Parmi eux se retrouve Gunhild Rosqvist, une professeure à l’Université de Stockholm qui vient de rentrer de son dernier voyage pour étudier l’impact du réchauffement climatique sur les communautés de l’Arctique. Elle aura un œil attentif sur son téléphone intelligent à mesure que les résultats des élections arriveront, en espérant que M. Biden gagnera et s’impliquera pour régler des problèmes mondiaux urgents.

«Si les États-Unis se retirent encore plus des accords internationaux, ce serait malheureux, a-t-elle soutenu. Si Trump gagne, cela signifie que la moitié de la population américaine pense qu’il fait du bon travail, et c’est effrayant parce que cela signifie qu’ils s’en moquent.»

En banlieue de Paris, la fondatrice d’un club de lecture de littérature noire croit que si M. Trump est réélu, c’est un signal que la dirigeante d’extrême droite française Marine Le Pen pourrait également gagner à l’élection présidentielle française de 2022. Laurie Pezeron estime que le nationalisme sans vergogne du président Trump et son flirt avec les groupes d’extrême droite ont enhardi les extrémistes au-delà des frontières américaines qui maintenant «s’expriment beaucoup plus librement et n’ont pas honte de leurs opinions suprémacistes».

Des pays se moquent des États-Unis

Le caractère particulièrement rancunier de la bataille pour la présidence en a fait une cible pour les plaisanteries. En Afrique, les commentateurs ont jugé ironique que l’administration Trump exprime ses inquiétudes sur les irrégularités électorales en Tanzanie alors que le président américain a lui-même évoqué la possibilité de fraude électorale aux États-Unis, sans fournir de preuve.

Le chef suprême de l’Iran n’a pas pu résister non plus à s’en prendre aux États-Unis.

«Le président sortant (…) dit qu’il s’agit de l’élection américaine la plus truquée de l’histoire, a déclaré l’ayatollah Ali Khamenei dans un discours télévisé mardi. Son adversaire dit que Trump a l’intention de tricher largement. C’est la démocratie américaine.»

«J’aimerais avoir un président comme lui»

Mais dans la ville normande de Sainte-Marie-du-Mont, le propriétaire d’un magasin, Philippe Tanne, se réjouit de suivre le résultat des élections américaines, les seules qui lui tiennent à coeur mis à part celles en France.

Avant la pandémie, l’ancien militaire se rendait aux États-Unis deux ou trois fois par an parce que «j’aime vraiment le pays, le mode de vie.» «Pour nous, cela représente la liberté.»

Si Donald Trump gagne, il arborera fièrement son drapeau «Trump 2020» à l’avant de son magasin qui vend des souvenirs militaires, face à la place du village où les forces américaines ont combattu les occupants nazis en 1944 et à l’église où des balles laissées par le jet d’une mitrailleuse restent visibles dans les panneaux de bois du confessionnal.

«J’aimerais avoir un président en France qui pense un peu comme lui, a souligné M. Tanne. Il dit: » Les Américains d’abord, faisons travailler l’Amérique pour nous. » J’aimerais avoir un président français qui dirait: « les Français d’abord ».»

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