Les communautés du Nord menacées par la mauvaise gestion des déchets

IQALUIT, Nunavut — Un rapport d’Océans Nord indique que les collectivités du nord du Canada courent de graves risques si leurs problèmes de longue date de gestion des déchets ne sont pas résolus.

Le groupe de conservation marine affirme que les communautés nordiques produisent un niveau de déchets similaire à celui des villes du Sud, mais disposent de moins de moyens pour les gérer.

«Cela signifie que même si les communautés de l’Inuit Nunangat ne semblent pas accumuler des volumes de déchets sensiblement plus importants que leurs homologues du Sud, elles sont responsables de gérer des quantités similaires de déchets avec une infrastructure de qualité inférieure», indique le rapport publié mardi.

L’Inuit Nunangat est le terme désignant les quatre régions inuites du Canada: les Territoires du Nord-Ouest, le Nunavut, le Nord-du-Québec et Terre-Neuve-et-Labrador.

Il n’y a pas de plan national sur la façon de traiter les déchets dans l’Arctique canadien. Natan Obed, président de l’organisation qui représente les Inuits, écrit dans l’avant-propos du rapport qu’«il est grand temps qu’un tel cadre soit établi par et pour les Inuits».

«Les lacunes dans la capacité sur le plan municipal de remédier aux améliorations nécessaires pour une gestion des déchets totalement inadéquate et les déficits d’infrastructure dans nos 51 collectivités ont des répercussions directes sur la santé de nos familles.»

Susanna Fuller, l’une des auteurs du rapport et vice-présidente, exploitation et projets chez Océans Nord, a souligné que le facteur d’éloignement rend la gestion des déchets difficile, mais pourrait également faire partie de la solution.

«Il existe des possibilités pour s’assurer que ce que nous apportons, qu’il s’agisse de nourriture, de voitures ou d’appareils électroménagers, dans l’Arctique, que ça nous rapporte également ces déchets», a indiqué Mme Fuller.

Océans Nord exhorte le gouvernement fédéral, le secteur privé et les groupes communautaires à trouver de meilleures solutions.

Le rapport indique que l’infrastructure de gestion des déchets dans l’Inuit Nunangat est désuète et présente des risques importants pour les environnements humains et naturels.

Il n’y a pas d’incinérateur dans l’Arctique. La plupart des communautés collectent les eaux usées par camion et les déversent dans des lagunes ou des bassins de décantation.

Le papier et le carton représentent entre un cinquième et un quart de tous les déchets dans l’Inuit Nunangat, mais il n’existe aucun programme visant à recycler ou à réduire ces matériaux.

Il n’y a pas non plus de programme de recyclage ménager, sauf à Iqaluit et à Cambridge Bay. Il existe cependant des projets pilotes de recyclage dans de nombreuses collectivités nordiques.

La menace du changement climatique rendra la gestion des déchets plus difficile pour les collectivités du Nord, prévient l’organisme.

«L’érosion côtière accrue, l’élévation du niveau de la mer et la fonte du pergélisol en raison du changement climatique laisseront les décharges côtières vulnérables et augmenteront la probabilité que les déchets pénètrent dans l’écosystème.»

Le rapport souligne que, même si le Canada s’est engagé à réduire de moitié ses déchets au cours des 20 prochaines années, le Nord est souvent négligé dans ces discussions.

«Le Canada s’est engagé à réduire les plastiques à usage unique et a été le chef de file de la Charte sur les plastiques du G7, mais il n’y a pas de lien politique pour y faire face dans l’Arctique», s’est désolée Mme Fuller.

Les collectivités de l’Inuit Nunangat ont pris des mesures pour aborder la gestion des déchets, mais Océans Nord a souligné que l’Arctique n’a pas les infrastructures et les ressources pour y arriver seul.

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Cet article a été produit avec l’aide financière des Bourses Facebook et La Presse Canadienne pour les nouvelles.

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