Pierre Poilievre devient chef du Parti conservateur du Canada

OTTAWA — Pierre Poilievre a été couronné samedi soir chef du Parti conservateur du Canada dès le premier tour du scrutin préférentiel de la course à la direction, avec 68,15 % des points.

Le député de Carleton qui a fait campagne sur le thème de la liberté l’a emporté avec une écrasante avance sur celui qui aura été son principal rival, l’ex-premier ministre du Québec Jean Charest. Ce dernier n’a recueilli que 16,07 % des points auprès des membres conservateurs.

«Le travail commence ce soir pour remplacer ce vieux gouvernement qui coûte plus cher (et) vous apporte moins avec un nouveau gouvernement qui place en premier votre chèque de paye, votre retraite, votre maison et votre pays», a lancé M. Poilievre, attaquant d’emblée les libéraux de Justin Trudeau dans son discours de victoire.

Le vainqueur a consacré la vaste majorité de son allocution à promettre de redonner du pouvoir d’achat à la population éprouvée par l’inflation galopante.

«Nous leur devons de l’espoir. Ils n’ont pas besoin d’un gouvernement qui se moque d’eux, qui les regarde de haut et qui leur lance des insultes», a-t-il asséné.

M. Poilievre s’est également adressé directement aux Québécois, lui qui a raflé 72 des 78 circonscriptions de la province. Il a insisté sur son attachement à la langue française, soulignant que son père a des origines francophones.

«Il m’a transmis l’importance de préserver le français dès mon plus jeune âge», a-t-il affirmé en s’engageant à continuer de perfectionner sa maîtrise de la langue de Molière.

M. Poilievre a du même souffle soutenu que les conservateurs issus de partout au pays «ont beaucoup à apprendre des Québécois». «La nation québécoise tient tête au wokisme», a-t-il déclaré après avoir qualifié le gouvernement Trudeau de «woke».

Plus tôt dans la soirée de dévoilement du nouveau chef, à Ottawa, plusieurs intervenants, dont la cheffe intérimaire Candice Bergen et le chef déchu Erin O’Toole, ont tour à tour insisté sur le besoin que les troupes conservatrices s’unissent derrière leur nouveau leader.

À ce sujet, M. Poilievre a tendu la main aux partisans de ses adversaires. «Je vous ouvre mes bras. Aujourd’hui et maintenant, nous sommes un seul parti servant un seul pays.»

Réagissant à sa défaite sur Twitter, Jean Charest a aussi appelé à l’unité. «Nous devons mettre fin au salissage interne. Seuls les libéraux en profitent lorsque le (PCC) est divisé.»

De nombreux observateurs donnaient M. Poilievre gagnant depuis un certain temps, et ce, tout particulièrement dans les derniers jours.

Le sénateur Claude Carignan, qui a travaillé pour la campagne du nouveau chef, s’est particulièrement réjoui des résultats au Québec qui ont surpassé ses attentes.

«C’est sûr qu’on visait de gagner le Québec en premier. Un niveau de plus (était de) le gagner à 50 % et plus et à 60 %, c’est le résultat rêvé. On est très très contents», a-t-il claironné.

Même son de cloche du côté de Pierre Paul-Hus, le seul des dix députés conservateurs québécois à avoir appuyé M. Poilievre. «J’ai vu au Québec des bloquistes devenir membres de notre parti, des libéraux, des NPD et beaucoup de jeunes également qui croient en Pierre Poilievre», a-t-il dit.

Des députés québécois du camp Charest n’ont pas caché leur déception, mais ont reconnu le fort mandat obtenu par le gagnant.

«On a vu pendant la course au leadership que c’était au-delà de ce qu’on n’avait jamais vu avant. C’est une puissance politique qui est vraiment impressionnante, c’est le moins qu’on puisse dire, et on l’a vu grandir au fil des ans», a commenté Gérard Deltell au sujet de M. Poilievre.

Joël Godin, qui avait affirmé qu’il réfléchirait à son avenir au sein du parti si le député de Carleton devenait chef, a signalé samedi qu’il «ne claquerai(t) pas la porte demain matin du Parti conservateur du Canada parce que l’objectif premier est de rester unis».

«Je suis un progressiste-conservateur. Je suis un modéré. Ce que j’ai entendu de Pierre Poilievre pendant la course à la chefferie, ce n’est pas ce qui me sécurise (…) Je vais devoir être attentif, voir ce qui va arriver et trouver des compromis si je veux poursuivre avec le parti.»

Son collègue Alain Rayes, qui a été président de campagne pour Jean Charest, a dit avoir «le sentiment du devoir accompli» au cours d’une entrevue accordée peu de temps avant l’annonce des résultats.

Celui qui a eu des propos incisifs à l’égard de M. Poilievre n’a pas fait marche arrière. «Je ne regrette rien, je n’ai jamais rien regretté dans ma vie. J’assume tout ce que je dis», a-t-il répondu.

L’avance de M. Poilievre a semblé se confirmer durant l’été. Son équipe s’est targuée d’avoir vendu près de 312 000 cartes de membres, soit près de la moitié des 675 000 membres qui étaient appelés à voter. Le candidat a aussi attiré des foules au cours de rassemblements de campagne.

Ce sont environ 400 000 membres conservateurs qui se sont prononcés pour choisir celui qui succéderait à Erin O’Toole, qui s’est fait montrer la porte par son caucus en février dernier.

Outre Jean Charest, les autres candidats défaits dans cette course sont la députée antiavortement Leslyn Lewis, le député Scott Aitchison et Roman Baber, un ancien député provincial ontarien qui a été expulsé du caucus par le premier ministre Doug Ford en raison de son opposition aux confinements sanitaires.

L’ancien maire de Brampton Patrick Brown a été disqualifié de la course au début juillet. Le parti l’accuse d’avoir violé la loi électorale. Plusieurs ex-stratèges ont dès lors estimé que le chemin de la victoire de Jean Charest s’est, à ce moment, rétréci considérablement.

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