Les conservateurs donneraient un laissez-passer aux géants du web, dit Rodriguez

MONTRÉAL — Après s’être finalement engagé dimanche à imposer les revenus des géants du web, le Parti libéral du Canada attaque maintenant le Parti conservateur, lui reprochant de vouloir laisser un passe-droit aux géants du web et de s’apprêter à donner un avantage au contenu américain au détriment de la culture canadienne.

Au cours d’une rencontre avec la presse mardi à Montréal, le candidat libéral Pablo Rodriguez a repris l’essentiel des engagements électoraux du parti en matière de culture: offrir un laissez-passer culturel pour les jeunes de 12 ans, augmenter de 50 millions $ par année les fonds de Téléfilm Canada et forcer les géants du web à offrir du contenu d’ici et à en faire la promotion.

Il a aussi réitéré la volonté des libéraux de moderniser la loi sur les droits d’auteur et la loi sur la radiodiffusion. Et il a repris l’engagement d’imposer une taxe de 3 pour cent sur les recettes des géants du web, qui avait été annoncé dimanche dernier.

Quand on lui a demandé pourquoi le gouvernement libéral n’avait pas taxé les revenus des géants du web avant, puisqu’il était au pouvoir depuis quatre ans et que la demande lui a été maintes fois formulée par les médias et l’industrie culturelle, M. Rodriguez a laissé entendre qu’il lui fallait attendre que d’autres aillent de l’avant. «On travaille avec nos partenaires; on travaille avec l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques); on travaille avec les autres pays et on regarde ce qui se fait ailleurs. Et aujourd’hui, on fait la bonne chose», a-t-il répondu.

«Des effets catastrophiques»

Mais M. Rodriguez s’en est aussi pris à plusieurs reprises aux conservateurs d’Andrew Scheer, les dépeignant pratiquement comme une menace pour la culture parce trop portés sur le laisser-aller.

La culture et l’environnement seront les deux premiers postes budgétaires où les conservateurs chercheront à couper, a soutenu l’ancien ministre du Patrimoine canadien et du Multiculturalisme.

«Les conservateurs veulent laisser des passe-droits aux géants du web; ils veulent laisser un avantage au contenu américain face à notre propre contenu. Et ça, bien ça aurait des effets catastrophiques pour notre culture, pour notre langue, pour notre capacité à intégrer et à rassembler», a tonné le député sortant d’Honoré-Mercier à Montréal.

«Notre culture ne peut tout simplement pas se permettre un mandat conservateur», a-t-il ajouté.

Pourtant, lors de son passage à l’émission «Tout le monde en parle», dimanche soir, le chef conservateur Andrew Scheer a plutôt soutenu qu’il voulait «cibler les géants du web pour s’assurer qu’ils contribuent à notre société».

Lorsque le coanimateur Dany Turcotte lui a demandé s’il comptait percevoir des impôts sur l’argent que les géants du web font sur le territoire canadien, M. Scheer a répondu que le gouvernement devait s’assurer d’offrir une chance égale aux entreprises, afin de maintenir les services de santé et d’éducation.

Le chef conservateur avait ensuite ajouté que «le gouvernement doit s’assurer que les gens qui créent les revenus peuvent recevoir les revenus et, en même temps, on doit s’assurer que les géants du web paient leur part».

Radio-Canada

Sur la question du financement de Radio-Canada, M. Rodriguez ne s’est pas engagé précisément, si ce n’est pour dire que «nous, on croit en notre diffuseur public; il a un rôle spécifique, un mandat spécifique et nous, on s’attend à ce qu’il l’exerce».

Encore là, il a accusé les conservateurs de vouloir «s’attaquer à Radio-Canada, s’attaquer aux nouvelles régionales». «Et ça, c’est les régions qui en paient le prix», a-t-il affirmé.

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