Les conservateurs noirs veulent profiter de l’élan de la candidature de Leslyn Lewis

OTTAWA — Les conservateurs noirs stimulés par l’étoile montante Leslyn Lewis espèrent utiliser sa candidature à la direction étonnamment robuste pour renforcer la représentation des Noirs dans les rangs du parti.

La relance d’un groupe officiel de conservateurs noirs et les efforts accrus d’une autre organisation interviennent alors que le Parti conservateur du Canada fait face à des pressions pour dénoncer plus fermement ceux qui, dans ses rangs, affichent, ou semblent même afficher, des positions d’extrême droite similaires à celles des partisans de Donald Trump qui ont fait irruption au Capitole la semaine dernière.

La promesse du chef du parti Erin O’Toole d’amener plus de «Canadiens à voir un conservateur quand ils se regardent dans le miroir» exige de reconnaître que le parti faiblit en ce qui concerne l’ethnie, a déclaré Akolisa Ufodike, président national de l’Association of Black Conservatives, un groupe qui formé l’année dernière.

«De haut niveau, il dit que nous devons être considérés comme un parti plus inclusif, alors comment y arriver sans confronter le problème?», a-t-il fait valoir.

Selon M. Ufodike, l’une des raisons pour laquelle le groupe a été fondé est de souligner ce qu’il considère comme une longue et fière histoire d’inclusivité du mouvement – un message que la communauté noire serait plus ouverte à entendre s’il vient de conservateurs noirs, a-t-il dit.

Le groupe a déclenché les passions dans la course à la direction de l’an dernier, lorsque Mme Lewis écrivait l’histoire en devenant la première femme noire à se présenter à la direction du parti.

Bien qu’elle soit entrée en tant que relative inconnue, ses appuis ont augmenté tout le long de la campagne grâce, entre autres, aux conservateurs sociaux attirés par ses positions sur des sujets qui leur tiennent à cœur.

Mais sa candidature a également laissé entendre que le parti n’était pas entièrement le bastion de ce que l’ancien premier ministre Stephen Harper appelait autrefois les «vieux Canadiens de souche».

Le groupe a toutefois appuyé M. O’Toole plutôt que Mme Lewis, qui avait critiqué ouvertement l’organisation.

Selon M. Ufodike, un appui à Mme Lewis seulement parce qu’elle est noire serait réducteur.

«Nous examinons davantage comment leurs politiques, leur préparation et leur capacité de diriger peuvent le mieux servir les Canadiens, dont les communautés marginalisées comme la communauté noire», a-t-il expliqué.

Mme Lewis a finalement terminé troisième dans la course, mais dans certaines régions, ses appuis dépassaient ceux de M. O’Toole et du vétéran Peter MacKay.

Une organisation noire relancée

Mme Lewis, qui tentera de rester dans le paysage politique en se présentant aux prochaines élections dans une circonscription sûre de l’Ontario, a travaillé à relancer un groupe qu’elle a contribué à former en 2009: le Conservative Black Congress.

Son dirigeant, Tunde Obasan, a indiqué que l’objectif de son groupe était d’appuyer des candidats «même s’ils ne sont pas en tête».

«Plus nous faisons cela, plus nous aurons des candidats qui seront de la communauté noire, plus les gens qui ne sont pas d’accord en ce moment avec le parti vont commencer à voir le parti comme étant pour tout le monde», a-t-il soutenu.

Lors de sa relance officielle le 24 janvier, le groupe prévoit dévoiler un programme de stages parlementaires portant le nom du sénateur à la retraite Donald Oliver, le premier Noir canadien nommé au Sénat.

De son côté, l’Association of Black Conservatives s’est efforcée de mettre sur pied des sections provinciales pour soutenir également la participation communautaire et civique au niveau local.

Des explications requises

Il n’est pas rare, ont déclaré les deux groupes, qu’ils doivent s’expliquer sur des positions controversées du parti.

Parmi elles, la ligne de dénonciation sur les «cas de pratiques culturelles barbares» que les conservateurs de Stephen Harper avaient proposée lors des élections de 2015, ainsi que le refus d’Erin O’Toole de reconnaître le racisme systémique.  

Récemment, le bureau d’Erin O’Toole s’est entretenu avec l’organisation de droite Rebel Media, envoyant des réponses par courriel attribuées au chef conservateur. Plusieurs conservateurs ont rompu leurs liens avec l’organisation il y a plusieurs années en raison des propos incendiaires et désobligeants de ses employés.

Rebel Media a récemment repris des allégations non fondées selon lesquelles l’élection américaine aurait été volée aux républicains, des propos qui ont mené aux émeutes mortelles à Washington.

Le bureau de M. O’Toole a affirmé cette semaine qu’il ne travaillerait plus avec Rebel Media à l’avenir.

La vigueur de l’aile droite du parti deviendra évidente lors du prochain congrès politique en mars. Le député conservateur Derek Sloan, qui a terminé en quatrième place dans la course à la direction, encourage activement ses propres partisans sociaux conservateurs à se montrer en grande force pour jouer un rôle dans le débat.

Pour l’instant, aucune des organisations noires ne s’est engagée à s’impliquer formellement dans le congrès.

Les deux groupes espèrent que M. O’Toole utilisera son leadership pour mettre en pratique sa promesse de rendre le parti plus inclusif.

«Ce que j’aimerais le voir faire, c’est d’être réfléchi sur ce sujet, sur la façon de soutenir une plus grande participation de la communauté racialisée, pas seulement de la communauté noire, de toute la communauté racialisée», a souligné M. Obasan.

«Cela contribuerait grandement.»

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