Les conservateurs n’ont pas offert d’excuses au sujet du jugement sur Mike Duffy

OTTAWA – Il n’y a pas eu d’excuses des conservateurs, vendredi, à la suite d’un jugement accablant qui a exonéré le sénateur Mike Duffy de 31 accusations criminelles, tout en accusant les anciens dirigeants politiques qui régnaient alors au bureau du premier ministre Stephen Harper.

Seule la députée conservatrice Candice Bergen était disposée à parler aux journalistes, offrant une solide défense du leadership de M. Harper tout en éludant les détails du verdict de M. Duffy.

La veille, le juge Charles Vaillancourt, en acquittant Mike Duffy de toutes les accusations, a peint un portrait rigoureux des proches de M. Harper, qui selon lui, manipulaient le Sénat en se servant d’un système caché de commandement et de contrôle qu’il a qualifié d’«inacceptable».

Un contrôle serré et centralisé de la part du bureau du premier ministre n’est pas une première dans le système parlementaire canadien, mais les témoignages et le jugement dans la cause du sénateur Duffy ont offert une rare occasion de voir ses processus internes — une étude de cas que le juge a décrit en ces mots: «choquante et ahurissante».

Le politologue Donald Savoie avait exposé en long et en large cette centralisation des décisions au sein du bureau du premier ministre dans son ouvrage académique «Governing from the Center», en 1999. À l’époque, on disait que ses conclusions étaient exagérées, mais il n’avait «clairement pas amplifié la situation», a-t-il fait remarquer.

Depuis son bureau de l’Université de Moncton, M. Savoie a souligné que le juge Vaillancourt avait absous le sénateur Duffy, pour pointer du doigt le bureau de M. Harper.

«Ils ont surestimé leurs cartes», a déclaré celui qui étudie depuis longtemps les gouvernements et leurs bureaucraties.

«Ils ont démontré un manque de respect pour les institutions du pays, pour le Parlement, pour le Sénat, pour la Chambre des communes», a t-il poursuivi.

M. Harper, qui est toujours le député de la circonscription de Calgary-Heritage, n’a pas répondu à une demande d’entrevue.

La chef intérimaire du Parti conservateur, Rona Ambrose, n’était pas en Chambre vendredi et d’anciens ministres du gouvernement, tels que Jason Kenney et Peter Van Loan, ont quitté par des portes arrières plutôt que de faire face aux journalistes.

Seule Mme Bergen a accepté de parler.

«Je voudrais exprimer mon désaccord avec les gens, incluant le juge, qui pensent qu’on se fait tous dire quoi faire par le bureau du premier ministre», a-t-elle dit. Elle a assuré que les conservateurs travaillaient en équipe.

Elle a cependant reconnu le problème d’image de M. Harper, qui était perçu comme quelqu’un qui voulait tout contrôler, offrant un réel contraste avec l’actuel premier ministre Justin Trudeau.

«C’était ça, l’histoire, parce que M. Harper n’était pas le roi du selfie. Il n’était pas dans (le magazine ) GQ», a-t-elle précisé.

«Il ne vous parlait pas (aux médias) autant que vous l’auriez souhaité. L’histoire était qu’il était contrôlant, qu’il était un dictateur. Ce n’était pas vrai. C’était un chef très, très fort», a-t-elle ajouté.

John McKay, un député libéral de longue date, a offert une réponse candide aux médias qui lui ont demandé comment ils pouvaient savoir que le nouveau gouvernement libéral n’allait pas perpétuer le vieux modèle centralisé au bureau du premier ministre. «À certains égards, vous ne le savez pas», a-t-il lancé.