Les cosmétiques contiendraient des substances toxiques non déclarées

MONTRÉAL — Des dizaines de cosmétiques disponibles au Canada et aux États-Unis contiennent des produits chimiques potentiellement dangereux pour la santé, mais dont la présence n’est annoncée nulle part sur l’emballage, ont constaté des chercheurs américains.

Les substances perfluoroalkylées (SPFA) sont ajoutées à d’autres produits pour les rendre hydrofuges. On pourra donc les retrouver dans des cosmétiques, comme le mascara ou le rouge à lèvres, qui sont présentés comme étant «résistants à l’eau» ou de «longue durée».

Des études ont associé les SPFA à des problèmes de santé comme le cancer et l’obésité. Elles pourraient aussi réduire l’efficacité du système immunitaire, ce qui prend une tout autre pertinence dans le contexte de la pandémie actuelle.

«La raison pour laquelle on s’en inquiète est qu’ils sont plutôt persistants. Une fois que nous sommes exposés, ils risquent de persister dans notre corps pendant quelques années», a commenté la professeure Maryse Bouchard, de l’École de santé publique de l’Université de Montréal.

Les chercheurs ont analysé 231 cosmétiques achetés au Canada et aux États-Unis. Plus des trois quarts des mascaras résistants à l’eau; près des deux tiers des fonds de teint et des rouges à lèvres liquides; et plus de la moitié des produits pour les yeux et les lèvres contenaient des concentrations élevées de fluorine.

Les mascaras résistants à l’eau arrivaient loin en tête, avec 82 % des produits analysés qui renfermaient des concentrations élevées de fluorine.

Vingt-neuf cosmétiques choisis pour une analyse plus poussée contenaient des niveaux détectables d’au moins quatre SPFA spécifiques, y compris des SPFA qui se dégradent en d’autres SPFA dont on sait qu’ils sont très toxiques ou nuisibles à l’environnement.

Si des SPFA sont ajoutés à un vêtement, par exemple, pour le rendre hydrofuge ou pour le protéger des taches, la voie d’exposition pour l’organisme ne sera pas nécessairement «évidente», a dit Mme Bouchard. En revanche, l’application de cosmétiques sur les lèvres ou près des yeux pourra permettre aux SPFA d’entrer dans l’organisme.

«Quand il s’agit de produits qu’on applique directement sur notre corps, c’est évident qu’il va y avoir un contact et une absorption dans le corps, donc c’est inquiétant pour cette raison-là», a dit Mme Bouchard.

Pour le moment, ajoute-t-elle, il est impossible pour le consommateur de savoir que les cosmétiques qu’il achète ou utilise contiennent des SPFA. «C’est vraiment caché», a-t-elle dit.

«C’est vraiment important que le public soit informé de la présence de cette classe de contaminants, dont la toxicité est démontrée, a dit Mme Bouchard. On sait qu’il y a des effets toxiques.»

D’autant plus qu’il ne s’agit pas ici de produits essentiels, poursuit-elle. Le consommateur qui fera une analyse risque-bénéfice pourra en venir à la conclusion que le jeu n’en vaut pas la chandelle.

C’est aussi de cette manière que prennent naissance des campagnes qui incitent les compagnies à changer leur façon de faire, rappelle Mme Bouchard.

«Ça devient un argument de vente, a-t-elle expliqué. Elles vont annoncer des cosmétiques ‘sans SPFA’, comme on annonce aujourd’hui ‘sans BPA’.»

Les conclusions de cette étude ont été publiées par la revue scientifique Environmental Science & Technology Letters.

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