Les défenseurs de l’industrie de l’aluminium critiquent les tarifs américains

WASHINGTON — Les défenseurs de l’industrie de l’aluminium au Canada et aux États-Unis étaient consternés, jeudi, devant la tentative de l’émissaire de deux producteurs américains de défendre la décision de la Maison-Blanche d’imposer de nouveaux tarifs sur l’aluminium canadien pour des raisons de sécurité nationale.

Robert DeFrancesco, avocat spécialisé dans le commerce et lobbyiste à Washington, a pris la défense de Century Aluminium et de Magnitude 7 Metals, les deux producteurs américains qui ont convaincu le représentant américain au Commerce Robert Lighthizer et le président Donald Trump le mois dernier d’imposer un nouveau tarif de 10 % sur les importations en provenance du Canada.

Dans un forum en ligne hébergé par la Washington International Trade Association, M. DeFrancesco a insisté pour dire que les exportations canadiennes vers les États-Unis avaient «bondi» dans les derniers mois, violant les termes d’un accord de mai 2019 entre les deux pays. Les producteurs canadiens, les experts de l’industrie et le gouvernement Trudeau affirment pourtant tous le contraire.

Il a déclaré que les importations en provenance du Canada avaient pratiquement doublé au cours des 12 derniers mois, une augmentation qu’il a imputée à un effondrement de 57 % du prix de l’aluminium primaire et à la perte de 700 emplois dans l’industrie dans l’État de Washington.

«Si aucune mesure n’avait été prise, le (prix de l’aluminium) aurait continué sa glissade et d’autres alumineries auraient été forcées de fermer.»

Le président de l’Association de l’aluminium du Canada, Jean Simard, n’a pas caché son désaccord.

«Notre aluminium n’a jamais été, n’est pas et ne sera jamais une menace pour la sécurité nationale des États-Unis», a-t-il répliqué. «En ce qui concerne la question de la hausse (des importations), il n’y en a pas eu, il n’y en a pas et il n’y en aura pas — notre industrie répond simplement aux changements du marché sans augmenter sa capacité.»

Lorsque la pandémie de COVID-19 a frappé l’Amérique du Nord en mars, les constructeurs automobiles américains ont pratiquement interrompu leur production, mettant immédiatement fin à la demande américaine pour les produits et composants spécialisés à valeur ajoutée que les alumineries canadiennes fabriquent généralement. Les alumineries, qui produisent de l’aluminium liquide, ne pouvaient pas simplement fermer leurs portes, et ont dû réagir rapidement à la situation.

La solution consistait à faire pivoter la production des produits à valeur ajoutée vers des métaux bruts génériques qui pourraient facilement être raffinés et alliés en produits spécialisés par la suite — précisément le type d’aluminium que les fonderies américaines produisent déjà.

«L’augmentation de certaines gammes de produits s’est accompagnée de baisses dans d’autres, ce qui a abouti à un jeu à somme nulle», affirme M. Simard. Il souligne que le partenariat entre l’expertise manufacturière américaine et l’hydroélectricité abondante du Canada — un élément clé du processus de fabrication de l’aluminium — constitue un «match parfait».

«Le Canada et son industrie de l’aluminium sont des contributeurs essentiels à l’arsenal de la démocratie» américaine, assure-t-il.

Quelle solution de rechange?

Tom Dobbins, président de l’Association américaine de l’aluminium, qui s’est opposé à la décision tarifaire de l’administration Trump, a cité une série de données pour contrer l’affirmation de M. DeFrancesco sur l’augmentation des importations d’aluminium canadien.

Les statistiques du Bureau du recensement des États-Unis montrent que les importations en provenance du Canada ont diminué de 2,6 % de mai à juin, tandis que les données officielles sur les exportations canadiennes publiées jeudi indiquent une baisse de 19 % des exportations d’aluminium primaire au cours du mois de juillet, a indiqué M. Dobbins. Et les volumes totaux des importations aux États-Unis ont été inférieurs de 5 % au cours des six premiers mois de 2020 par rapport à la même période de 2017, la dernière année complète où il n’y avait pas de tarifs douaniers sur l’aluminium.

«Notre pays dépend depuis longtemps de l’importation de volumes importants d’aluminium primaire qui permettent aux parties en aval de notre industrie de fonctionner et de rivaliser avec d’autres concurrents dans le monde», a souligné M. Dobbins. Les alumineries américaines ne peuvent répondre qu’à environ un tiers de la demande intérieure, a-t-il ajouté.

«Nous allons devoir importer notre aluminium primaire de quelque part, et les solutions de rechange au Canada sont la Russie, le Moyen-Orient et la Chine. Je n’ai pas à expliquer pourquoi, pour des raisons géopolitiques, ce sont de mauvaises solutions de rechange.»

Les plus récents tarifs punitifs, qui sont entrés en vigueur le 16 août, ont provoqué une série de représailles contre les produits d’aluminium américains, ainsi que les produits finis tels que les bâtons de golf, les machines à laver, les réfrigérateurs et les meubles en aluminium, qui entrent en vigueur le 16 septembre.

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