Les défis en politique fédérale de 2021: après les vaccins, la sortie de crise

OTTAWA — Si 2020 a été l’année de la gestion de la crise, 2021 sera celle de la sortie de crise. Des experts consultés par La Presse Canadienne préviennent que des choix difficiles attendent le gouvernement fédéral une fois la campagne de vaccination bien en selle. 

«Avec la sortie de crise va venir le temps de régler les comptes. Et là, le gouvernement va devoir répondre de ses actions, va devoir répondre de l’ampleur du déficit», prédit Stéphanie Chouinard, professeure adjointe au département de science politique au Collège militaire royal du Canada.

Le premier ministre Justin Trudeau et sa vice-première ministre et ministre des Finances Chrystia Freeland ont dit à maintes reprises être prêts à faire tout ce qui est nécessaire pour aider les Canadiens, aussi longtemps qu’il le faudra, jusqu’à ce que la pandémie prenne fin. 

Les programmes d’aide ont été généralement bien accueillis par la population, et reconduits jusque dans la nouvelle année. Mais Mme Chouinard soutient que ceux-ci ne pourront pas durer éternellement, et le gouvernement fédéral devra alors faire des choix. 

«S’il décide de terminer ces programmes-là trop rapidement, à ce moment-là, il pourrait perdre en popularité, mais si la facture s’avère trop salée, de ce côté-là aussi, les électeurs pourraient lui faire payer. Donc ce sera des choix difficiles d’une façon ou d’une autre», analyse l’experte. 

«Ce qui est particulier, c’est qu’on n’a pas eu de véritable budget fédéral depuis 2019. Sur le plan du contrôle budgétaire, pour moi, il y a un problème. Je dirais que le défi, on va le voir lors du premier budget de ce gouvernement-là depuis l’élection», souligne Eric Montigny, professeur au département de science politique de l’Université Laval.

La tâche ne sera pas plus facile dans la nouvelle année pour les partis d’opposition qui, eux, devront tenter de faire leur marque face à un gouvernement fédéral qui a été omniprésent en 2020.

Geneviève Tellier, de l’École d’études politiques de l’Université d’Ottawa, est d’avis que le défi sera d’autant plus grand pour le chef conservateur Erin O’Toole, qui aura à définir sa vision des questions fiscales sans se mettre à dos les électeurs. 

«Pour moi, je trouve que le plus gros défi est pour la droite», estime-t-elle. «Comment est-ce que je fais pour dire : je suis fiscalement responsable, mais je ne coupe pas dans les services essentiels dont la population a besoin? Ça, ça va être compliqué à articuler», analyse-t-elle. 

«Les conservateurs, surtout, ne sont pas capables de dire ce qu’ils auraient fait différemment et je pense que les gens, dans leur tête, ont l’impression que les conservateurs n’auraient pas été aussi généreux que les libéraux», ajoute Mme Tellier. 

Mme Chouinard juge pour sa part que le défi sera tout aussi grand pour le Nouveau Parti démocratique (NPD), qui devra se démarquer dans la nouvelle année. 

«Jagmeet Singh, ses jours sont peut-être comptés, surtout s’il n’est pas en mesure de défendre l’existence du parti néo-démocrate à un moment où il se fait manger la laine sur le dos à la fois par le gouvernement en place, et par le Parti vert et sa nouvelle cheffe», estime-t-elle. 

La campagne de vaccination

Ces réflexions politiques, évidemment, seront conditionnelles à la réussite de la campagne de vaccination.

«C’est certain que la réception des quelques milliers de premiers vaccins, ce n’est pas la panacée. Il va falloir voir à moyen et long terme, combien de temps ça va prendre avant qu’une masse critique de Canadiens soit vaccinée et jusqu’à ce moment-là, on n’est pas sorti du bois», prévient Mme Chouinard.

Même si ce sont les provinces qui s’occupent de vacciner leur population, M. Montigny prévoit que le gouvernement libéral de Justin Trudeau sera jugé sur le succès de la campagne de vaccination au Canada en comparaison avec ses alliés.

«Un enjeu fondamental, je pense, ce sera la capacité du Canada d’avoir une sortie de crise assez semblable à celle des autres pays. […] Si, par exemple, les États-Unis sont en sortie de crise deux mois avant nous parce qu’ils ont une capacité de production de vaccins, il y a une pression politique qui va augmenter de façon importante», dit-il. 

Selon le succès de la campagne de vaccination et la sortie de crise qui s’en suivra, 2021 pourrait aussi être synonyme d’une élection fédérale anticipée. Ce scénario est à prévoir si les partis d’opposition font tomber le gouvernement ou si celui-ci juge que c’est le temps de rendre visite à Julie Payette. 

Mme Tellier entrevoit qu’une élection plus tôt que tard serait à l’avantage du gouvernement en place.

«Les politologues, on parle des « électeurs myopes ». C’est-à-dire qu’on regarde juste à court terme, on ne voit pas à long terme. Donc ce qui s’est passé il y a longtemps, on s’en rappelle moins que dans l’immédiat. Et plus on s’éloigne d’une gestion de crise, moins on va s’intéresser au gouvernement qui a géré la crise», prédit-elle. 

«On le verra avec le budget s’ils veulent vraiment aller en élection. Là, ils vont mettre des mesures dans le budget qui vont être plus difficiles à faire accepter par les autres partis», conclut-elle. 

Laisser un commentaire