Les demandeurs d’asile qui arrivent au Canada font face à un processus complexe

MONTRÉAL – Pour les nombreux demandeurs d’asile qui franchissent la frontière entre les États-Unis et le Canada, sur la rue Roxham, dans la petite municipalité de Hemmingford, il s’agit de la première étape vers une nouvelle vie. Mais leurs démarches ne font que commencer puisqu’ils devront se débrouiller dans le processus complexe d’immigration au Canada.

Dans les dernières semaines, de plus en plus de gens sont entrés au Canada illégalement alors que le président des États-Unis, Donald Trump, redouble d’efforts pour s’attaquer à l’immigration illégale et imposer de nouvelles restrictions sur l’accueil de réfugiés.

Les nouveaux arrivants utilisent cette stratégie pour éviter d’être visés par l’Entente entre le Canada et les États-Unis sur les tiers pays sûrs, qui empêche les gens ayant déjà déposé une demande d’asile aux États-Unis d’en déposer une autre au Canada lorsqu’ils passent par la frontière officielle entre les deux pays. Cette entente repose sur le fait que les demandeurs du statut de réfugié aux États-Unis se trouvent déjà dans un pays sûr.

Or, en franchissant illégalement la frontière, ils sont en mesure de présenter une demande d’asile au Canada.

L’avocat en immigration Stéphane Handfield indique que dans certains cas, ces migrants ont de la famille ou des amis à Montréal, alors que d’autres se dirigeront vers Toronto. Certains iront plutôt vers des organisations qui viennent en aide aux réfugiés, dont les YMCA.

À leur arrivée, les demandeurs d’asile sont transportés vers l’établissement de l’Agence des services frontaliers du Canada (ASFC) à Lacolle, où ils sont enregistrés et peuvent déposer leur demande de réfugié.

«Il n’y a pas de doute, c’est très délicat, alors nous tentons de nous assurer que leur misère soit la plus brève possible», a déclaré le sergent Brian Byrne, de la Gendarmerie royale du Canada (GRC), lors d’un point de presse plus tôt cette semaine.

Les agents de l’ASFC peuvent détenir des demandeurs d’asile pour trois raisons: ils sont soupçonnés de constituer une menace, ils n’ont pas la documentation requise pour confirmer leur identité ou il y a des raisons convaincantes de croire qu’ils ne se présenteront pas à leur audience devant la Commission de l’immigration et du statut de réfugié du Canada.

Dans les cas de détention, ils sont rencontrés par un commissaire dans les 48 heures, selon Me Handfield.

«La plupart sont libérés parce que la plupart ne représentent pas un risque pour la société canadienne. Comme nous l’avons vu, ce sont souvent de jeunes couples avec des enfants, et presque tous ont la documentation requise confirmant leur identité», a-t-il soutenu.

Autrement, ils sont interrogés, leurs empreintes digitales sont prises et ils doivent remplir plusieurs formulaires. La vaste majorité des demandeurs du statut de réfugié sont libérés sous promesse de comparaître devant la commission d’ici deux mois.

Manque de personnel

Mais ce processus a été plombé par plusieurs délais à Montréal et Toronto. Selon Me Handfield, cela s’explique par un manque de personnel chez les commissaires et chez les employés de l’agence frontalière.

«Je crois que le statu quo n’est pas une option pour le gouvernement fédéral», a-t-il affirmé.

En janvier seulement, 452 personnes ont fait une demande d’asile au Québec. Ces gens ont souvent dépensé des milliers de dollars et pris des risques importants pour y arriver.

«C’est d’autant plus important d’éliminer l’entente sur les tiers pays sûrs puisqu’avec ces règles, actuellement, les gens sont forcés de franchir la frontière illégalement et les grands gagnants là-dedans, ce sont les passeurs sans scrupule qui empochent des milliers de dollars», a souligné Me Handfield.

Janet Dench, du Conseil canadien pour les réfugiés (CCR), estime que les migrants pourraient être encore plus nombreux prochainement, lorsque le temps sera plus clément.

«Je crois que plusieurs communautés sont en train de penser à cela et tentent de voir quel appui elles pourraient avoir de la part des différents ordres de gouvernements», a-t-elle expliqué.

«Malheureusement, même si le gouvernement fédéral a la responsabilité de protéger les réfugiés selon la Convention relative au statut des réfugiés, il ne fournit aucun financement aux organisations qui donnent les services de base aux demandeurs d’asile pour les aider à faire face à un processus difficile et complexe», a-t-elle ajouté.

Plusieurs villes canadiennes envisagent d’adopter une désignation de «ville sanctuaire» comme Montréal l’a fait, lundi. Toronto a adopté cette désignation depuis 2013.

En termes de services, toutefois, les demandeurs d’asile ont accès à peu de choses. Ils auront accès aux services de santé seulement lorsque leur demande sera jugée admissible. Certaines provinces fournissent de l’aide juridique et quelques réfugiés peuvent recevoir un permis de travail, mais cela peut nécessiter plusieurs mois.

«Plusieurs services dont les réfugiés dépendent sont financés par les communautés de foi, des donateurs privés (et certains) fonds limités des municipalités et des provinces», a indiqué Mme Dench.