Les démocrates devront mieux courtiser les hispanophones en vue de 2022

PHÉNIX — Le camp Biden attribue son sa victoire en Arizona aux organisations de défense des droits des immigrants et aux groupes populaires qui mobilisent la population hispanophone depuis près de deux décennies.

L’évolution démographique et les électeurs des banlieues ont aussi joué en faveur du président élu.

Mais que signifie cette percée pour les candidats démocrates en vue des élections législatives en 2022? À l’échelle locale, les démocrates n’ont pas su capitaliser la popularité de Joe Biden, même si Mark Kelly a ravi un siège sénatorial aux républicains.

« Il était extrêmement important et extrêmement utile pour notre organisation de pouvoir puiser dans cet enthousiasme, de pouvoir puiser dans cet incroyable réseau. Cela a fait toute la différence en rendant l’Arizona bleu « , reconnaît Jessica Mejia, directrice de la campagne de Joe Biden en Arizona.

Une coalition d’organisations locales, connue sous le nom de Mi AZ, a commencé à frapper aux portes en juillet, atteignant finalement 1,1 million de foyers, même pendant l’été le plus chaud jamais enregistré à Phoenix. Ils ont passé près de 8 millions d’appels téléphoniques et géré des campagnes numériques et de diffusion.

Leur travail n’a rien de nouveau. En 2016, des groupes impliqués dans Mi AZ ont aidé à faire adopter une augmentation du salaire minimum. Ils ont délogé le shérif Joe Arpaio, longtemps connu pour cibler les immigrants.

Les hispanophones représentent désormais 24% des électeurs en Arizona, contre 19% en 2012, selon le Pew Research Center.

Joe Biden n’est que le deuxième candidat démocrate à la présidentielle à remporter l’Arizona depuis 1948.

Mais un grand nombre de candidats démocrates n’ont pas réussi à se faire élire à l’échelle de l’État.

Dans certaines régions du pays, un plus grand nombre d’hispanophones que prévu ont voté pour Donald Trump, notamment en Floride et au Texas. C’est une leçon sur les limites de l’emprise du Parti démocrate sur un segment de plus en plus diversifié d’électeurs.

S’ils veulent conserver cet enthousiasme en vue des élections de mi-mandat de 2022, les démocrates devront beaucoup travailler.

Chuck Rocha, un important stratège démocrate, dit que le travail des groupes populaires en Arizona avait aidé M. Biden à gagner. Selon lui, il incombe maintenant au parti de donner la priorité aux électeurs latino-américains en dépensant du temps et de l’argent dans leurs communautés de manière cohérente, pas seulement juste avant une élection.

Les super PAC qui ciblent les électeurs hispanophones sont également cruciaux, souligne M. Rocha. Il cite le sien, Nuestro PAC, qui a dépensé 4 millions $ en publicités en Arizona à partir de la dernière semaine de juin. De telles dépenses sont rares.

« L’Arizona est un exemple de la façon de bien faire les choses. Ce ne sont pas seulement les groupes populaires », soutient M. Rocha.

Il croit que les démocrates devront déployer des tactiques similaires dans d’autres régions du pays à forte densité hispanique s’ils veulent réussir en 2022, en particulier après avoir perdu plusieurs sièges au Congrès dans des zones comptant un pourcentage important d’électeurs venant des minorités visibles.

« Si on compte sur un groupe de consultants blancs pour traduire une publicité par Google-Traduction, et la diffuser sur Univision, ce n’est pas une stratégie gagnante », commente M. Rocha.

Antonio Arellano, directeur général par intérim de Jolt, un groupe de défense texan qui vise à accroître le pouvoir politique des hispanophones et à mobiliser les jeunes électeurs, veut que les deux partis investissent davantage dans leurs efforts de sensibilisation s’ils veulent gagner des circonscriptions de plus en plus diversifiées.

Ils devront embaucher des personnes qui viennent de ces communautés et qui les reflètent. Il faut surtout cesser de les traiter comme une valeur sûre, avance M. Arellano.

« Les partis savent ce qu’ils doivent faire, mais ils ne le font tout simplement pas. Ils ont des stratégies dépassées, déplore-t-il. L’électorat hispanophone est incroyablement jeune. Afin de se connecter avec eux, ils doivent moderniser l’engagement civique, et cela nécessite un investissement. »

Mais les démocrates devront faire face à une concurrence féroce. Les républicains ont attiré des hispanophones dans certaines parties du sud du Texas, et ils essaieront de reproduire ce succès ailleurs.

T.J. Shope, un républicain élu au Sénat de l’Arizona, veut que son parti compte sur son succès au Texas pour les élections de mi-mandat. M. Shope, lui-même d’origine hispanique, souhaite les républicains recrutent plus de candidats qui reflètent leurs communautés. Il dit que son parti doit s’assurer que l’Arizona ne se transforme pas en un État bleu fiable.

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