Les députées fédérales semblent incertaines sur l’avenir du mouvement #Moiaussi

OTTAWA — La multiplication du mot-clic #Moiaussi (#Metoo) sur les réseaux sociaux a encouragé plusieurs personnes à travers le monde à partager leur histoire d’agression et de harcèlement sexuels, mais les femmes députées sur la colline du Parlement à Ottawa semblent incertaines des retombées concrètes de ce mouvement.

Selon un récent sondage réalisé par La Presse canadienne auprès de députées concernant leur expérience d’inconduites sexuelles, plus de la moitié des répondantes ont dit croire que la grande discussion suscitée par les allégations contre le puissant producteur Harvey Weinstein marque un tournant.

Cependant, environ le quart des répondantes croient que le mouvement pourrait s’avérer éphémère.

L’une des 38 députées (sur un total de 89) qui ont répondu au sondage anonyme et volontaire a prédit que ceux qui s’étaient excusés dans la foulée des nombreuses allégations allaient probablement dénoncer les plaignantes et les accuser d’avoir exagéré les histoires pour se faire valoir.

Elle a ajouté que «la balance du pouvoir et le contrôle restent toujours entre les mains des hommes».

Une autre députée s’est inquiétée de la possibilité que le mouvement soit allé trop loin.

«Je crois que c’est une bonne chose que les gens soient dénoncés pour leurs comportements du passé; toutefois, je suis inquiète que certains soient possiblement emportés dans la mêlée, qu’ils soient congédiés (…) qu’ils soient lynchés partout au pays sans qu’on examine les accusations», a-t-elle suggéré.

Des 38 répondantes, plus de la moitié ont révélé avoir déjà vécu une forme d’inconduite sexuelle, que ce soit par des remarques, des messages textes et des commentaires sur les réseaux sociaux qu’elles jugeaient inappropriés, ou encore par des gestes déplacés.

Doutes sur la politique contre le harcèlement

Le questionnaire interrogeait aussi les députées sur la politique de plaintes liées au harcèlement, mise en place dans la foulée d’allégations d’inconduite sexuelle contre deux députés libéraux en 2014, qui avaient été éjectés du caucus libéral et qui n’ont pas pu se représenter pour le parti.

Cette politique était revenue dans l’actualité à la fin de l’année lorsque la députée libérale Sherry Romanado a exprimé son désaccord face au résultat de l’enquête, après qu’elle eut porté plainte contre le député conservateur James Bezan, concernant des propos inappropriés qu’il avait tenus lors d’une séance de photos à Ottawa.

Le tiers des répondantes ont trouvé la politique difficile à évaluer, tandis que certaines députées ont parlé d’un premier pas, mais insuffisant à lui seul. Seulement cinq députées ont qualifié la politique de nécessaire et efficace. 

Certaines députées trouvent que la politique «punit les victimes», puisque les enquêtes «prennent trop de temps et deviennent publiques».

«Cela doit être mis en place. Mais (c’est) frustrant qu’elle (la politique) soit utilisée comme outil politique pour discréditer certaines instances», a renchéri une autre députée.

La Chambre des communes entend mettre en place une formation sur le harcèlement en milieu de travail qui sera offerte aux députés à compter du mois prochain. Elle consistera en deux sessions d’un total de 20 heures.

Déjà, quelque 620 personnes au Parlement — dont plusieurs députés — ont suivi un cours en ligne sur la prévention du harcèlement en décembre 2016.

La députée libérale Alexandra Mendès dit avoir trouvé l’exercice utile, mais elle a aussi été marquée par le fait qu’il s’agit d’une question de bonnes manières.

«Si vous avez appris à être courtois et respectueux envers les autres, une bonne partie de ces affaires-là n’arriveraient pas», a-t-elle dit en entrevue le mois dernier.

Encore du travail à faire

Les députées qui ont rempli le questionnaire estiment que le gouvernement fédéral pourrait en faire davantage pour prévenir l’inconduite sexuelle et mieux répondre aux plaintes des victimes, sur la colline du Parlement et ailleurs.

La réponse la plus populaire était d’imposer des cours d’éducation sexuelle dans les écoles, pour enseigner notamment la notion de consentement — cette proposition a été appuyée par plus des deux tiers des répondantes. Presque autant de politiciennes ont appuyé l’idée de lancer une campagne de sensibilisation.

Parmi les autres réponses populaires, il y avait l’idée d’offrir des formations aux policiers et aux juges et celle de mieux appliquer les lois existantes.

Seulement six députées ont recommandé d’imposer des lois plus sévères.

Une autre députée a souligné l’importance de la prévention.

«Je crois que la plupart des gens sont de bonnes personnes. Peu de personnes ont l’intention d’être méchantes envers les autres et de maltraiter quelqu’un», a-t-elle estimé.

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