Les deux infirmières impliquées dans l’incident raciste à Joliette sont congédiées

MONTRÉAL — Les deux infirmières impliquées dans l’incident à caractère raciste survenu vendredi dernier au CLSC de Joliette ont été congédiées mardi.

La présidente-directrice générale par intérim du CISSS de Lanaudière, Caroline Barbir, n’a pas mis de temps à passer aux actes. Après avoir été informée des événements lundi matin, elle a suspendu sans solde les deux infirmières en question et déclenché une enquête interne.

Mardi en fin d’après-midi, le CISSS a publié un communiqué indiquant que «les personnes concernées ont été rencontrées afin de recueillir leur témoignage. La Direction du CISSS confirme qu’elles ont été congédiées (mardi) après-midi.» 

Mme Barbir précise dans ce communiqué que «les comportements discriminatoires, racistes et intimidants sont inacceptables. Ils doivent être dénoncés et condamnés. Toute personne qui fait appel aux soins et aux services offerts dans les installations du CISSS de Lanaudière a le droit de se sentir en confiance».

Elle ajoute que «les propos tenus par les deux employées congédiées témoignent d’un manquement au code de déontologie de la profession d’infirmière, au code d’éthique et aux valeurs de l’organisation. Le CISSS de Lanaudière a une politique de tolérance zéro envers les comportements racistes, discriminatoires et intimidants et je veux que ce message soit entendu clair et fort».

Le ministre de la Santé, Christian Dubé, a salué la célérité de Mme Barbir.

«On a agi rapidement», a-t-il fait valoir lors de la conférence de presse du premier ministre François Legault, qui annonçait des allègements aux mesures sanitaires. «J’apprécie énormément la rigueur avec laquelle Mme Barbir a agi (mardi) après-midi.» 

Comportement répréhensible malgré une conférence sur le sujet

Mme Barbir promet que la direction du CISSS continuera de travailler en collaboration avec la communauté atikamekw de Manawan «pour veiller à ce que les mesures nécessaires à la sécurisation culturelle des communautés autochtones soient respectées afin de mener à un changement de culture» .

Fait à noter, une conférence de sensibilisation à la sécurisation culturelle avait été présentée à quelque 4200 membres du personnel du CISSS. Les deux infirmières en question, qui comptent toutes deux plus de 10 ans d’expérience, avaient bel et bien assisté à la conférence. 

Le ministre Dubé a toutefois reconnu qu’«une culture, ça ne se change pas en une seule formation et je pense que ça va, malheureusement, des fois au-delà de ce qui se dit ou ce qui se vit dans un hôpital, mais dans une société ou dans une région particulière».

«Ça va prendre d’autres formations, a-t-il poursuivi. Ça va prendre d’autres choses, beaucoup d’autres choses pour être capable de changer, mais on va continuer et je pense  que le message commence à passer qu’on ne laissera pas ça passer.»

Une formation plus élaborée a été préparée par l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue, mais elle est en attente d’approbation par la communauté atikamekw.

«Joyce»

Vendredi, vers 13h00, Jocelyne Ottawa, une Atikamekw de Manawan, s’est présentée au CLSC pour y obtenir des soins. Les deux infirmières lui ont dit à la blague qu’elles l’appelleraient «Joyce», une référence à Joyce Echaquan, une autre membre de la communauté de Manawan décédée en septembre dans des conditions dégradantes à l’hôpital de Joliette. Elles lui avaient aussi demandé de chanter une chanson en atikamekw et l’une d’elles s’était emparée de son téléphone cellulaire sans le lui demander.

Le décès de Joyce Echaquan avait provoqué une onde de choc dans la communauté atikamekw et amené celle-ci à élaborer «le principe de Joyce», qui visait à assurer une prestation de soins dans la dignité aux Autochtones. Québec refuse d’adopter le texte parce qu’il fait référence au racisme systémique, une notion que le gouvernement Legault ne reconnaît pas. Le ministre responsable des Affaires autochtones, Ian Lafrenière, répète toutefois que le gouvernement est à mettre en place les éléments contenus dans le principe de Joyce.

Laisser un commentaire