Deux officiers de l’armée de l’air qui avaient été blâmés sont réintégrés

OTTAWA — L’Aviation royale canadienne a annoncé mardi qu’elle réintégrerait deux officiers qui ont été sanctionnés récemment pour leur inaction lorsque des pilotes de chasse ont proposé un surnom homophobe comme «indicatif d’appel».

Ces «indicatifs d’appel» sont des surnoms que les pilotes de chasse se donnent entre eux — comme «Maverick» pour Tom Cruise dans «Top Gun».

En juin dernier, le colonel Colin Marks et le lieutenant-colonel Casey Mask n’avaient pas su empêcher un groupe de pilotes de chasse d’attribuer un indicatif d’appel inapproprié à un autre pilote, lors d’un rassemblement social. 

Les deux officiers ont plaidé coupables lors d’une audience la semaine dernière et ils ont été condamnés à une amende de plusieurs jours de salaire.

C’est le major-général Iain Huddleston, commandant de la 1re Division aérienne du Canada à Winnipeg, qui a annoncé mardi, dans un message aux membres de l’armée de l’air, la décision de réintégrer les deux officiers supérieurs à leur poste.

Dans son message, le major-général explique que MM. Marks et Mask ont fait preuve d’humilité et se sont «investis dans des efforts qui ont contribué positivement à l’évolution de la culture» au sein de l’Aviation royale canadienne et des Forces armées.

Les personnes touchées par l’attribution de l’indicatif d’appel «inapproprié» étaient favorables à la réintégration des deux officiers à des postes de direction, a-t-il ajouté, tout en exprimant «sa confiance dans la capacité du lieutenant-colonel Mask et du colonel Marks à tirer des leçons de ces événements».

Le colonel Marks sera donc autorisé à assumer le commandement de la base d’avions de chasse de Bagotville, au Saguenay-Lac-Saint-Jean. Cette nomination avait été suspendue le temps que la police militaire mène son enquête sur l’incident du 22 juin.

Le lieutenant-colonel Mask, quant à lui, retourne à son poste de commandant d’un escadron de CF-18 à la base de Cold Lake, en Alberta — l’autre base d’avions de chasse du Canada.

Lori Buchart, coprésidente de l’organisme «It’s Not Just 20K», un groupe de soutien et de défense créé par des victimes d’inconduite sexuelle au sein de l’armée, s’était inquiétée lundi de la réintégration des deux officiers sans qu’aucune action concrète ne soit prise pour les punir de ne pas être intervenus lors de cet épisode homophobe.

Mme Buchart espérait que les officiers Marks et Mask soient tenus de rencontrer des militaires qui ont subi un traumatisme sexuel alors qu’elles étaient en uniforme, afin de mieux comprendre comment leur décision de fermer les yeux a pu faire du tort autour d’eux. 

Le porte-parole de l’armée de l’air, le major Trevor Reid, a déclaré mardi que le major-général Huddleston avait suggéré aux deux officiers d’entrer en contact avec des victimes, mais aussi avec des groupes LGBTQ au sein de l’armée au cours de la prochaine année. M. Reid ne pouvait pas confirmer si de tels engagements avaient été pris. 

Dans une entrevue avec La Presse Canadienne, la semaine dernière, le major-général Huddleston a affirmé qu’il était perplexe quant à la façon dont une salle remplie de pilotes de chasse pouvait se comporter de la sorte au moment où les militaires sont censés avoir été prévenus d’éviter tout comportement sexuel inapproprié.

Pour Charlotte Duval-Lantoine, experte en inconduite sexuelle militaire à l’Institut canadien des affaires mondiales, le fait que les deux officiers aient été punis et passent par un processus de réintégration constitue une «étape de progression vers la correction des comportements nuisibles». 

«Je trouve également que l’implication dans le processus des personnes touchées est efficace», a-t-elle ajouté. Mais il sera important de s’assurer que le processus de réintégration des deux officiers n’est pas un «exercice de case à cocher», a déclaré Mme Duval-Lantoine. L’armée devra mieux comprendre pourquoi l’incident s’est produit en premier lieu — et pourquoi les officiers supérieurs ne sont pas intervenus. 

«Cet incident cache quelque chose de plus insidieux et de plus complexe à résoudre: le fait que les hauts dirigeants n’interviennent pas toujours lorsqu’ils sont confrontés à des comportements et conduites inappropriés – il y a des dynamiques informelles en jeu que la formation ne peut pas nécessairement résoudre», a-t-elle déclaré.

«C’est un problème qui n’est pas propre aux indicatifs d’appel: c’est en fait la raison pour laquelle nous constatons que l’inconduite sexuelle, la discrimination, l’intimidation et les séances d’initiation sont si répandues.»

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