Les diagnostics de cancer sont en chute depuis le début de la pandémie

MONTRÉAL — Les diagnostics de cancer ont connu un déclin important depuis le début de la pandémie, confirme un nouveau sondage dont les résultats ont été dévoilés en primeur à La Presse Canadienne à l’occasion de la Journée mondiale contre le cancer.

Des oncologues de partout au Canada interrogés par la firme Metrika estiment ainsi que le nombre de nouveaux diagnostics de cancer de la vessie et de l’ovaire a chuté de 25 %.

Les 141 participants à l’enquête rapportent un déclin de 12 % des diagnostics de cancer colorectal, de 16 % pour le cancer du poumon, de 18 % pour le cancer de la prostate et de 19 % pour le cancer du sein.

À l’échelle mondiale, le nombre de diagnostics de cancer serait en recul de 40 %.

Conséquemment, les médecins se retrouvent plus que jamais confrontés à des patients qui ont attendu très longtemps, parfois trop longtemps, avant de consulter. Le sondage témoigne ainsi d’une hausse estimée de 5 % des cancers à un stade avancé de la maladie chez les patients ayant récemment reçu un diagnostic, comparativement aux chiffres de 2019.

«On voit sur le terrain des patients qui se présentent avec des maladies plus avancées que ce qu’on voit d’ordinaire», a dit le président de l’Association des médecins hématologues et oncologues du Québec, le docteur Martin Champagne.

«Alors on est très inquiets, parce qu’une maladie plus avancée signifie de moins bonnes chances de guérison pour des patients. Il y a des patients qui se présentent et pour qui malheureusement, on ne peut plus espérer une guérison, on peut simplement offrir des soins de confort. D’autre part, c’est un plus grand risque de rechute et une plus grande lourdeur des traitements qui sont requis par ces patients-là.»

Le délestage de ressources réaffectées à la lutte contre la pandémie et l’hésitation compréhensible de la population à fréquenter les hôpitaux sont responsables de la situation, ajoute le docteur Champagne, qui rappelle que «le cancer ne connaît pas le répit que nous impose la COVID».

Le simple fait de devoir distancier les patients dans la salle d’attente signifiera par exemple qu’ils seront moins nombreux à être vus dans une journée.

Puis, un patient qui développe soudainement des symptômes inhabituels — comme une bosse, un saignement ou une tuméfaction — pourra hésiter à demander de l’aide par crainte d’être infecté par le virus.

Si cette crainte est «justifiée», dit le docteur Champagne, il faut garder en tête que les milieux hospitaliers ont développé des protocoles qui permettent de recevoir les patients et de poursuivre un bilan de santé adéquat.

«Ça ne se fait pas nécessairement sans risque, mais avec un risque qui est certainement amoindri», a-t-il indiqué.

Selon le sondage Metrika sur l’incidence de la COVID-19 sur les services d’oncologie au Canada, 80 % des oncologues estiment que la COVID-19 a eu des répercussions modérées à graves sur le diagnostic et l’évaluation des cas nouveaux ou potentiels de cancer, ainsi que sur les soins reçus par les patients.

Au Québec seulement, dit le docteur Champagne, le nombre de tests de dépistage du cancer du colon aurait plongé de 70 % depuis le début de la crise. Il est donc fort probable que des patients souffrent actuellement d’un cancer sans le savoir.

Un cancer laissé sans soins pendant plusieurs semaines ou plusieurs mois pourra commencer à envahir les structures voisines, puis à faire des métastases, ce qui aura ensuite un impact sur les chances de guérison et l’intensité des traitements requis.

«Il n’y a rien de plus terrible pour une équipe médicale que d’avoir à dire à un patient, ‘regardez, on ne peut plus espérer de guérison, on s’en va vers une palliation’, en sachant que si on avait vu le patient il y a quelques semaines ou quelques mois, la situation aurait été tout autre», a rappelé le docteur Champagne.

C’est pour essayer d’éviter de telles tragédies qu’une nouvelle campagne mondiale intitulée «Nouvelle normalité, même cancer» a été mise sur pied. La campagne vise à sensibiliser les gens à la nécessité de réintégrer les services de soins en cancérologie malgré les perturbations causées par la COVID-19. 

Au Canada, «Nouvelle normalité, même cancer» est soutenue par plus de 25 organismes de soins de santé.

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