Chris Barber, l’un des organisateurs du «convoi», témoigne de la genèse du mouvement

OTTAWA — La manifestation du «convoi de la liberté» qui a paralysé le centre-ville d’Ottawa pendant des semaines l’hiver dernier a commencé avec un échange entre deux chauffeurs de camion sur TikTok et a rapidement évolué vers quelque chose qu’aucun des organisateurs ne pouvait plus contrôler, a appris mardi la commission Rouleau. 

L’un de ces organisateurs, Chris Barber, a raconté mardi que l’idée avait d’abord germé après qu’il soit tombé dans les médias sociaux sur le message d’une autre camionneuse, Brigitte Belton.

Cette collègue chauffeuse parlait d’organiser une manifestation contre la vaccination obligatoire des camionneurs qui traversent la frontière canado-américaine, a expliqué M. Barber. 

«Ça a littéralement explosé du jour au lendemain», a déclaré de son côté Mme Belton à la commission, mardi.

Puis, le duo lui a rapidement réuni un groupe plutôt disparate d’organisateurs principaux, dont Pat King. Et moins de deux semaines plus tard, des milliers de camions et de manifestants convergeaient vers Ottawa.

Il n’y avait pas de chef officiel pour ce convoi, a assuré M. Barber. Et avant même l’arrivée des manifestants à Ottawa, des divisions ont d’ailleurs éclaté au sein des organisateurs, a-t-il déclaré devant la commission.

«Il y a eu des luttes de pouvoir la plupart du temps», a déclaré M. Barber.

M. Barber et Mme Belton ont été parmi les premiers organisateurs à témoigner cette semaine devant la commission chargée d’enquêter sur le recours, par le gouvernement fédéral, à la Loi sur les mesures d’urgence pour déloger les manifestants.

Avant le témoignage de Mme Belton, l’une de ses représentantes a mis en doute la légitimité de la commission et a accusé le juge Paul Rouleau, qui la préside, d’être lié au Parti libéral du Canada, parce que le gouvernement libéral l’a nommé pour diriger l’enquête.

Jane Scharf, l’une des deux assistantes juridiques à arriver avec Mme Belton mardi, fait partie d’un groupe appelé «Stand4Thee», qui plus tôt cette année a tenté de faire arrêter le premier ministre Justin Trudeau.

Le juge Rouleau a répondu en disant qu’elle avait tort et, bien que le gouvernement l’ait nommé pour présider la commission, il est juge depuis plus de 20 ans.

La salle d’audience était animée, mardi, et le juge Rouleau a menacé de fermer les débats aux spectateurs s’ils n’acceptaient pas de traiter l’enquête comme un tribunal. Une poignée d’applaudissements a accueilli l’entrée de M. Barber, qui dirige sa propre entreprise de camionnage à Swift Current, en Saskatchewan.

Se décrivant lui-même comme un troll sur internet, il a admis avoir publié en ligne des mèmes racistes et antimusulmans. Il a aussi déjà installé un drapeau confédéré dans ses entreprises — il a admis que ces drapeaux étaient toujours là dans son garage, mais pas visibles.

M. Barber avait été arrêté le 17 février et accusé de méfait, d’entrave à la police et d’avoir conseillé de commettre des méfaits et de l’intimidation. Lui et sa coaccusée, l’organisatrice Tamara Lich, devraient subir leur procès l’année prochaine.

Pat King et les Farfadaas

Alors que les camionneurs se dirigeaient vers la capitale, certains participants, selon M. Barber, s’inquiétaient du rôle joué par Pat King, qui avait contribué à organiser le convoi.

M. King, qui comptait de nombreux partisans, avait suggéré dans l’une de ses vidéos sur les réseaux sociaux que le premier ministre allait «se prendre une balle». Plusieurs manifestants voulaient donc que Pat King ne soit pas là, a déclaré mardi le témoin. 

Voyant cela, M. Barber, pendant la semaine du 24 janvier, a publié une courte vidéo sur TikTok, depuis ce qui semble être la cabine de son camion, appelant les manifestants à demeurer pacifiques et à respecter les forces de l’ordre.

Mais au moment où les manifestants sont arrivés à Ottawa, M. Barber soutient qu’il a eu du mal à convaincre certains camionneurs d’accepter de dégager ne serait-ce que des voies pour les véhicules d’urgence.

Le dégagement des voies à une intersection majeure à l’est de l’enceinte parlementaire a été particulièrement difficile, s’est rappelé M. Barber. Cette intersection était principalement occupée par les membres du groupe québécois «les Farfadaas».

Steeve Charland, membre des Farfadaas, qui fait face à des accusations criminelles liées à son implication dans la manifestation, a déclaré mardi à la commission qu’il avait eu peu de contacts avec les premiers organisateurs du convoi.

Les témoignages ont clairement indiqué que divers groupes associés au convoi ne pouvaient même pas s’entendre sur la raison pour laquelle ils se trouvaient là. 

M. Barber a par ailleurs insisté sur le fait que les manifestants d’Ottawa n’avaient rien à voir avec les manifestations qui bloquaient les passages frontaliers ailleurs au pays.

M. Barber a déclaré qu’il était souvent en désaccord avec un autre organisateur, James Bauder, leader du «Canada Unity». Le groupe avait déjà un itinéraire bien tracé vers Ottawa au moment où M. Barber et Mme Belton commençaient à travailler sur leurs propres plans de manifestation.

Le groupe de M. Bauder avait également préparé un «protocole d’entente» exigeant que la gouverneure générale Mary Simon et le Sénat obligent le premier ministre Justin Trudeau et les gouvernements provinciaux à éliminer toutes les restrictions sanitaires et le passeport vaccinal.

Or, M. Barber a indiqué à la commission qu’il n’était pas du tout d’accord avec ce protocole d’entente, qu’il ne l’avait même jamais lu et qu’il ne le lirait jamais. «Ce n’est pas pour ça que nous étions venus à Ottawa, ça n’a jamais été dans nos plans», a-t-il dit.

M. Barber et Mme Belton ont tous deux décrit le convoi comme un événement paisible et joyeux. Mais un avocat du gouvernement a rappelé à M. Barber une menace très explicite envoyée par courriel à la vice-première ministre Chrystia Freeland. 

«Lorsque vous allumez un incendie et attisez les flammes, cela peut devenir incontrôlable et vous n’aviez aucun contrôle sur les autres factions qui étaient venues à cette manifestation», a déclaré l’avocat fédéral Andrew Gibbs.

Lorsque son propre contingent est arrivé à Ottawa, en provenance de l’Ouest canadien, il s’attendait à être escorté par la police jusqu’à l’une des deux aires de rassemblement installées dans des parcs près de la colline du Parlement.

Or, au lieu de cela, il a déclaré que la police l’avait escorté jusqu’à la rue Wellington, devant la Cour suprême du Canada. La rue était déjà bondée de camions arrivés avant M. Barber et ses partisans.

«Je ne sais pas comment les choses ont commencé à mal tourner lorsque nous sommes arrivés», a déclaré M. Barber. Selon lui, il aurait été préférable que les camions quittent d’abord les artères principales. «On n’était pas venus à Ottawa pour occuper ou se stationner dans toute la ville», a-t-il dit. 

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