Les dossiers des «deux Michael» ont été traités dans les règles, soutient Pékin

WASHINGTON — Le ministère chinois des Affaires étrangères a nié jeudi tout acte répréhensible dans le traitement des détenus canadiens Michael Kovrig et Michael Spavor, n’attribuant le moment de leur procès à ni plus ni moins qu’une coïncidence.

Affaires mondiales Canada n’a appris que mercredi que l’audience du tribunal pour M. Spavor aurait lieu vendredi — un jour après des réunions de haut niveau surveillées de près entre des responsables américains et chinois en Alaska.

Une audience pour M. Kovrig, un ancien diplomate canadien, est prévue lundi.

Il y avait jeudi à Anchorage, en Alaska, la première rencontre entre l’équipe du président américain Joe Biden et des officiels de la Chine depuis les élections américaines.

«Cela n’est pas lié au dialogue stratégique de haut niveau entre la Chine et les États-Unis», a déclaré le porte-parole du ministère des Affaires étrangères Zhao Lijian lors d’un point de presse.

Le porte-parole a insisté jeudi sur le fait que les causes des deux Canadiens ont été traitées conformément aux lois chinoises ainsi qu’aux droits individuels des deux hommes.

Le Canada n’est pas d’accord: le ministre des Affaires étrangères, Marc Garneau, qualifie toujours leur détention d’«arbitraire» et accuse Pékin de manquer de transparence.

«Les organes judiciaires chinois traitent les affaires de manière indépendante, conformément à la loi, et garantissent pleinement les droits légitimes des personnes concernées», a déclaré M. Zhao lors d’un point de presse jeudi matin.

Il a également insisté sur le fait que la Chine avait respecté les termes de deux accords clés: la Convention de Vienne sur les relations consulaires et l’Accord consulaire entre le Canada et la Chine.

M. Garneau a rappelé que le Canada travaillait sans relâche pour obtenir la libération des deux hommes et a demandé un accès consulaire continu ainsi que la possibilité d’assister aux procédures judiciaires. «Les autorités canadiennes continueront de fournir un soutien consulaire à ces hommes et à leurs familles pendant cette épreuve inacceptable», a-t-il promis.

Jeudi, en Alaska, le secrétaire d’État américain Antony Blinken et le conseiller à la sécurité nationale Jake Sullivan se sont assis avec leurs homologues chinois dans le but de rétablir les relations entre les deux pays.

La porte-parole du département d’État, Janina Porter, a promis une «conversation franche» dénonçant un mépris de la Chine envers les engagements mondiaux qui sape l’ordre international fondé sur des règles et défie les valeurs américaines.

Selon les premiers comptes-rendus, la promesse a été tenue.

Ce qui était censé être un échange de déclarations de deux minutes au profit des journalistes rassemblés s’est plutôt transformé en une longue diffusion de griefs, le chef des affaires étrangères du Parti communiste chinois Yang Jiechi passant plus de 15 minutes à dénigrer ce qu’il a qualifié d’hypocrisie américaine quand il s’agit de promouvoir les valeurs occidentales.

«Nous pensons qu’il est important pour les États-Unis de changer leur propre image et de cesser de vouloir faire progresser leur propre démocratie dans le reste du monde», a déclaré M. Yang.

«De nombreuses personnes aux États-Unis ont en fait peu confiance dans la démocratie des États-Unis.»

À Washington, le département d’État a accusé la délégation chinoise de faire preuve de «démagogie» et de préférer «le théâtre public à la substance».

Plus tôt jeudi, les observateurs ont prévenu les Canadiens de ne pas trop placer d’attentes dans la réunion — une perspective qui semblait vraisemblablement confirmée, si la teneur des remarques liminaires était une indication.

Tout de même, M. Blinken et le président Joe Biden avaient déjà promis de faire du sort des deux Canadiens une priorité dans leurs discussions avec la Chine.

Les «deux Michael» sont en détention depuis décembre 2018, peu de temps après que le Canada a arrêté la directrice financière de Huawei, Meng Wanzhou, à la demande du département américain de la Justice.

Depuis, le Canada est pris au milieu d’une lutte diplomatique trilatérale.

«Comme les faits l’ont pleinement prouvé, il s’agit d’un incident politique depuis le tout début», a déclaré M. Zhao.

«Nous exhortons la partie américaine à corriger son erreur sans plus tarder et à assurer le retour en toute sécurité de Mme Meng en Chine à une date rapprochée.»

Lever les sanctions américaines ?

Le Wall Street Journal a rapporté mercredi que la Chine profiterait de la réunion en Alaska, jeudi, pour demander aux États-Unis de lever les sanctions imposées par l’ancienne administration de Donald Trump à certains ressortissants et entités chinoises, dont le géant technologique Huawei.

Le secrétaire d’État Blinken et le président Joe Biden se sont récemment joints à la liste des dirigeants mondiaux qui ont pris la défense des «deux Michael», dans le cadre d’une «réinitialisation» des relations entre le Canada et les États-Unis après l’ère Trump.

«Les êtres humains ne sont pas des monnaies d’échange», avait déclaré le président Biden à l’issue d’un sommet virtuel avec le premier ministre Justin Trudeau, le mois dernier. La même semaine, le secrétaire Blinken a promis une «solidarité absolue» avec le Canada, à l’issue de sa conférence virtuelle avec son homologue Garneau et une foule d’autres responsables canadiens, dont Kirsten Hillman, l’ambassadrice du Canada aux États-Unis.

M. Blinken a également salué la Déclaration contre la détention arbitraire dans les relations d’État à État, une initiative canadienne qui regroupe plus de 50 pays opposés à la détention politique de ressortissants étrangers parrainée par un État.

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