Les écoliers nigérians kidnappés ont été réunis avec leurs parents

KANKARA, Nigéria — C’est dans les larmes et les cris de joie que les parents des écoliers nigérians kidnappés il y a quelques jours par le groupe djihadiste Boko Haram ont été réunis avec leurs enfants en fin de semaine.

Quelque 340 écoliers avaient été enlevés le 11 décembre de l’École gouvernementale secondaire de sciences.

«Quand j’ai entendu que nos garçons avaient été libérés, j’étais rempli de joie et de bonheur parce que je ne pouvais plus manger, je ne pouvais plus dormir, a dit la mère d’un des garçons, Murjanatu Rabiu.

«On pleurait, on ne savait pas dans quel état ils étaient. Quand nous les avons vus (…) nous étions tellement heureux, même s’ils sont revenus avec des blessures et affamés.»

Mais au milieu des réjouissances dans le village de Kankara, certains écoliers se sont inquiétés de devoir retourner en classe, puisque leurs ravisseurs les auraient menacés de mort si jamais ils reprenaient leur éducation.

Les enlèvements ont été revendiqués par le groupe djihadiste Boko Haram, qui croit que l’éducation occidentale contrevient à l’islam.

«J’ai eu peur quand ils nous ont dit qu’ils nous tueraient s’ils nous revoyaient à l’école, a dit un étudiant de 13 ans, Usman Mohammad Rabiu. J’ai eu vraiment peur.»

Il a raconté comment ses camarades et lui ont été contraints, à la pointe du fusil, de marcher pendant plusieurs kilomètres, sans eau et sans nourriture. Ses pieds sont devenus si douloureux qu’il ne pouvait plus marcher et un garçon plus vieux a dû le porter sur son dos. Il a dit ne pas vouloir retourner à l’école.

Un de ses camarades a expliqué avoir voulu mourir dans les heures qui ont suivi leur enlèvement.

«Je me sentais tellement mal à ce moment, honnêtement, que j’aurais préféré être tué, je pensais qu’il aurait été préférable de ne plus être en vie», a dit Usman Garuba à l’Associated Press.

Une centaine d’autres élèves ont été kidnappés par Boko Haram samedi soir dans un secteur voisin. Ils ont toutefois été rapidement libérés par les forces de l’ordre locales.

Si le gouvernement du président Muhammadu Buhari a été salué pour la réaction rapide qui a permis de secourir le premier groupe d’écoliers, plusieurs condamnent son incapacité à contrer le sentiment croissant d’insécurité dans le nord-ouest du pays, notamment quand vient le temps de protéger les civils des insurgés et des criminels.

«L’incident témoigne des problèmes de sécurité dans une région où les communautés, les hôpitaux et les infrastructures gouvernementales demeurent très vulnérables», a dit Nnamdi Obasi, de l’International Crisis Group.

Le fait que des hommes armés aient pu emmener des centaines d’enfants en pleine nuit sans être inquiétés démontre que la sécurité dans la région est inadéquate, a-t-il ajouté.

M. Obasi a prévenu que les négociations qui ont mené à la libération rapide des écoliers pourraient être difficiles à reproduire.

«Il y a tellement de groupes armés dans le nord-est qu’une entente avec un ne garantit pas que les autres feront de même, surtout quand certaines concessions sont accordées», a-t-il expliqué.

On ne devrait pas féliciter le gouvernement de M. Buhari pour la libération d’écoliers dont l’enlèvement a été rendu possible par l’insécurité tolérée par son gouvernement dans le nord-est du pays, a pour sa part déclaré à la télévision l’ancienne ministre de l’Éducation Obiageli Ezekwesilii.

«On ne devrait pas féliciter un gouvernement pour avoir réglé un problème qu’il a créé, a-t-elle dit. La société devrait apprendre à demander des comptes aux gens. Le président devrait être dégoûté de ce qui s’est produit, il ne devrait pas s’en féliciter.»

Mme Ezekwesili comptait parmi les dirigeantes du mouvement #BringBackOurGirls lancé après l’enlèvement de près de 300 écolières de Chibok, toujours dans le nord-est du Nigéria, en 2014. Une centaine d’entre elles n’ont jamais été retrouvées.

«(Buhari) doit nous dire exactement ce qui s’est produit à Kankara, a-t-elle dit. Il y a un problème. On ne doit pas raconter d’histoires au pays.»

M. Buhari a lancé sa présidence en 2015 en combattant les insurgés djihadistes du pays. Il a annoncé avoir écrasé Boko Haram en 2016, mais plusieurs croient que cette annonce était prématurée puisque la violence continue.

L’incapacité du gouvernement à restaurer la sécurité dans le nord du Nigéria est attribuable à plusieurs facteurs, qu’il s’agisse de forces de sécurité dépassées et mal équipées, de stratégies inefficaces ou de l’affaiblissement de la force multinationale, a expliqué l’analyste Bulama Bukarti, de l’Institut Tony Blair.  

Même appuyées par des milices locales, l’armée et les forces de l’ordre nigérianes n’ont pas les armes, les hommes et les fonds nécessaires pour combattre les insurgés, a-t-il ajouté.

«Les soldats sont démoralisés, à force de se défendre dans une situation impossible», a dit M. Bukarti.

Des experts, au Nigéria et ailleurs, expliquent aussi que la corruption endémique signifie que l’argent destiné aux forces de l’ordre ne rejoint jamais les hommes qui combattent sur le terrain.

– Par The Associated Press

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