Les effets secondaires des vaccins: un signe qu’ils font le travail !

TORONTO — Bras endolori, fatigue, douleurs musculaires et fièvre: voilà quelques-uns des effets secondaires signalés chez les personnes qui ont été vaccinées contre la COVID-19 — et les experts disent que c’est en fait très bien comme ça.

Les vaccins sont effectivement censés déclencher une réponse immunitaire, rappellent-ils: c’est comme ça, notamment, qu’on s’assure qu’ils fonctionnent.

«Si un vaccin ne produit pas de réaction chez les humains, sa réponse immunitaire est plus faible», explique Earl Brown, microbiologiste à l’Université d’Ottawa. Les vaccins, dit-il, agissent en stimulant nos cellules immunitaires à se développer et à communiquer entre elles, en se donnant des instructions sur l’endroit où se préparer pour une attaque imminente du virus. Cela entraîne une inflammation, puisque certaines de ces cellules se déplacent vers les ganglions lymphatiques et provoquent un gonflement.

Les vaccins «à ARNm» de Pfizer-BioNTech et Moderna donnent des instructions aux cellules immunitaires pour fabriquer la «protéine de spicule» du SRAS-CoV-2 et produire des anticorps pour neutraliser éventuellement le coronavirus. Les vaccins «à vecteur viral» comme ceux d’Oxford-AstraZeneca et de Johnson & Johnson, quant à eux, forcent une réponse immunitaire contre une version inoffensive du virus qui est administré dans la dose.

«Les vaccins permettent à vos cellules immunitaires de commencer à recruter davantage de leurs copains, en disant: « nous préparons une nouvelle réponse immunitaire. Nous avons besoin de tout le monde ici »», illustre le professeur Brown. «Donc, l’inflammation, c’est une bonne chose: ça renforce le système immunitaire.»

L’Organisation mondiale de la santé affirme que les effets secondaires des vaccins contre la COVID-19 ont été pour la plupart «légers à modérés, et de courte durée». On parle surtout de fièvre, de fatigue, de maux de tête, de douleurs musculaires, de frissons, de diarrhée ou de douleur au site d’injection.

À quelle fréquence apparaissent-ils?

La docteure Lynora Saxinger, spécialiste des maladies infectieuses à l’Université de l’Alberta, affirme que les signalements de cas d’effets indésirables augmentent parce que de nombreuses personnes se font vacciner maintenant. Le pourcentage de ceux qui développent ces effets secondaires légers à modérés est encore assez faible par rapport au nombre de personnes vaccinées.

Elle note que si des effets plus graves sont possibles — un petit nombre ont eu des réactions allergiques graves —, ces événements sont rares. La fièvre était fréquente après la première dose du Pfizer et «très fréquente» — 10 % et plus — après la deuxième. Pour le Moderna, ces effets plus graves étaient rares après la première dose, mais très fréquents après la seconde.

Selon le professeur Brown, les effets sont généralement plus apparents après la deuxième dose parce que le corps a développé une réponse immunitaire plus forte à partir de la première dose.

La professeure Saxinger rappelle que si une fièvre constitue une «forte réaction» à un vaccin, elle ne devrait pas durer plus de quelques jours. Et il n’est pas conseillé de prendre des anti-inflammatoires avant la vaccination pour atténuer les effets possibles, car on ne veut pas inhiber cette réponse immunitaire, dit-elle. «Il semble que les vaccins à ARNm soient particulièrement doués pour imiter l’infection. Cette réponse immunitaire très ciblée et forte, c’est précisément ce qu’on souhaite, au fond.»

Les données de Santé Canada montrent que 0,085 % des doses administrées au pays entre la mi-décembre et le 5 mars ont entraîné un effet «indésirable», 0,009 % étant considéré comme «grave». La douleur, les rougeurs et l’enflure au site de vaccination étaient les effets les plus courants.

La plupart des doses administrées pendant cette période auraient été des vaccins à ARNm (les Pfizer et Moderna), qui provoquent généralement des réactions plus fortes que les vaccins à vecteur viral.

Selon la professeure Saxinger, ce phénomène pourrait être lié à l’efficacité initiale des vaccins. Alors que Pfizer et Moderna offrent immédiatement des niveaux d’efficacité plus élevés, AstraZeneca et Johnson & Johnson accumulent des forces avec le temps. «Il y a donc un parallèle avec la vigueur de la réaction immunitaire initiale.»

Qui et pourquoi?

Mais pourquoi certaines personnes seulement éprouvent-elles des effets secondaires ? Le professeur Brown explique que l’âge est peut-être le facteur le plus déterminant: les personnes âgées, qui ont tendance à avoir un système immunitaire moins robuste, signalent moins d’effets secondaires. À ce jour, l’approvisionnement en vaccins du Canada a été principalement administré à des populations plus âgées.

Par contre, l’absence d’effets secondaires ne signifie pas que le vaccin ne fonctionne pas, précise M. Brown. Certaines personnes ne montreront tout simplement pas de réactions extérieures.

Les nouvelles en provenance d’Europe, la semaine dernière, ont par ailleurs suscité des inquiétudes concernant le produit d’AstraZeneca après que certains événements indésirables, y compris des caillots sanguins, ont été signalés. Cela a incité près d’une douzaine de pays à suspendre leur utilisation du produit pendant que les experts enquêtent sur un lien possible.

Les autorités sanitaires canadiennes ont déclaré qu’elles surveillaient de près les enquêtes menées par les Européens, mais ont ajouté qu’il n’y avait aucune preuve que les caillots ont été causés par le vaccin.

AstraZeneca a publié dimanche un communiqué indiquant qu’un examen de 17 millions de patients vaccinés en Europe et au Royaume-Uni ne montrait aucun risque élevé de coagulation sanguine. Ann Taylor, médecin-chef de la société, a déclaré qu’il n’y avait pas de risque accru d’embolie pulmonaire, de thrombose veineuse profonde ou de thrombocytopénie, peu importe le groupe d’âge, le sexe, le lot de vaccins ou le pays.

La société a déclaré que 15 patients souffraient de thrombose veineuse profonde et de 22 embolies pulmonaires au 8 mars, ce qui est bien inférieur à ce qui se produirait naturellement dans une population de plus de 17 millions de personnes.

Les caillots sanguins sont déjà assez courants en général, rappelle la professeure Saxinger, de sorte que les enquêteurs examineront le nombre total de personnes ayant reçu le vaccin AstraZeneca par rapport à celles qui ont signalé la maladie. «Il y a tellement de gens qui reçoivent des vaccins quotidiennement que tout événement de santé qui arrive à quiconque au moment où ils se font vacciner peut ou non être lié», a-t-elle précisé.

Le professeur Brown insiste pour dire que les nouvelles d’effets secondaires possibles ne devraient pas dissuader les gens de se faire vacciner. «Voyez ça comme un inconfort à court terme, tout à fait gérable, sans dommage, comparé à une vraie maladie qui pourrait changer votre vie, ou y mettre un terme.»

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