Les éleveurs porcins et bovins canadiens sont affligés par la pandémie

La pandémie de COVID-19 qui a causé la fermeture et le ralentissement des activités des abattoirs de tout le pays nuit grandement aux éleveurs canadiens, soutiennent des groupes.

Le surplus de bêtes signifie que les éleveurs doivent payer davantage pour les maintenir en vie et qu’ils songent à les abattre eux-mêmes.

«Il y a un surplus, ça ne fait aucun doute, tant du côté bovin que porcin», a évoqué Chris White, le président du Conseil des viandes du Canada, qui représente les abattoirs.

M. White a souligné qu’une interruption temporaire à l’usine Cargill de High River, en Alberta, et à celle d’Olymel, au Québec, en plus de l’abolition des quarts de travail à l’usine JBS Canada de Brooks, en Alberta, a ralenti la cadence des abattages au pays.

«L’enjeu, c’est de savoir si on peut éliminer les surplus, ou du moins une partie des surplus, afin d’éviter d’avoir à procéder à l’abattage soi-même des bêtes. Et c’est là tout le défi en ce moment», a expliqué M. White.

Gary Stordy, du Conseil canadien du porc, a mentionné que les surplus dans l’est du pays se chiffrent maintenant à 140 000 bêtes, et que les pertes pour l’industrie pourraient atteindre 675 millions $ en 2020.

Il connaît un éleveur de porcs qui a dû euthanasier environ 200 bêtes en raison des surplus provoqués par la pandémie.

«Ils ne prennent pas la situation à la légère, et c’est la raison pour laquelle nous déployons des efforts colossaux pour éviter que ça se produise», a déclaré M. Stordy.

Il a souligné que l’industrie s’occupe d’environ 23 millions de porcs par année. Et puisque les porcs arrivent à maturité plus rapidement que les bovins, ils sont prêts plus rapidement à se retrouver sur le marché et les éleveurs sont incapables de les maintenir en vie très longtemps.

«Quand les animaux sont prêts à se retrouver sur le marché, ils commencent à grossir de façon exponentielle. Et si on conserve ces bêtes trop longtemps, alors elles ne pourront être acheminées aux abattoirs habituels.»

Il a rappelé que lorsque les bêtes sont euthanasiées, leur viande n’est pas toujours comestible.

«C’est le pire scénario pour tous les acteurs impliqués», a-t-il ajouté.

Les parcs d’engraissement, qui achètent de jeunes bêtes et qui les nourrissent jusqu’à ce qu’elles soient prêtes à être expédiées à l’abattoir, ressentent aussi les conséquences de la crise actuelle.

«Nous étions très près du scénario catastrophe, a reconnu Janice Tranberg, la présidente de l’Association nationale des éleveurs de bovins. Pourrons-nous rattraper le temps perdu… une fois que les activités seront relancées? Si ce n’est pas le cas, alors la question sera de savoir comment pourrons-nous y parvenir?», a-t-elle évoqué.

Mme Tranberg a souligné que 150 parcs d’engraissement en Alberta comptent entre 1000 et 1500 bêtes prêtes à être acheminées à l’abattoir. La plupart tentent de réduire leur diète afin de ralentir leur croissance, mais ils doivent néanmoins continuer de payer pour les maintenir en vie.

Elle assure cependant que l’industrie n’en est pas encore au point d’envisager l’euthanasie massive des troupeaux.

«Personne ne veut se rendre là, mais je crois que cette possibilité est ancrée dans la tête de tout le monde, a-t-elle dit. Si tu dois euthanasier tout ton troupeau, alors un coût y sera rattaché.»

Le premier ministre de l’Alberta Jason Kenney a annoncé jeudi un programme conjoint des deux principaux ordres de gouvernement pour indemniser les éleveurs qui paient les coûts liés à l’alimentation des bovins qui sont prêts à être acheminés à l’abattoir.

«Il est essentiel de protéger cette industrie de l’impact de la crise», a mentionné le premier ministre albertain.

Le directeur général de l’Association des éleveurs canadiens estime que l’industrie pourrait perdre jusqu’à 500 millions $ d’ici la fin du mois de juin à cause des surplus.

Dennis Laycraft a déclaré qu’il y aura un effet domino sur l’ensemble de l’industrie bovine.

«C’est un groupe très tenace… c’est une chose de composer avec les réalités climatiques, c’en est une autre de composer avec les différentes forces qui s’opposent au marché.

«Nous sommes confrontés à un risque sans précédent», a-t-il conclu.

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