Les élus de Québec solidaire parrainent des prisonniers politiques en Iran

MONTRÉAL — Pour tenter de les sauver de la peine capitale qui pourrait leur être infligée, onze prisonniers politiques iraniens sont désormais parrainés symboliquement par des députés québécois. Les élus de Québec solidaire annoncent samedi leur participation à ce geste de solidarité internationale.

La députée de Mercier, Ruba Ghazal, a lancé le bal en décembre, dévoilant être la marraine de Bita Haghani, une jeune blogueuse arrêtée en octobre. Pour avoir pris part à des manifestations, Mme Haghani était accusée de «corruption sur Terre» et risquait la peine de mort. Elle a finalement été condamnée à 18 ans de prison, qui pourraient se traduire par 5 ans derrière les barreaux, selon son avocat.

«Des gens de la communauté (iranienne) m’ont dit que le fait que, moi, je l’ai parrainée, je sais qu’il y a une sénatrice en France qui (l’)a parrainée… Finalement, ça lui a peut-être sauvé la vie et ça a fait en sorte qu’elle n’a pas été condamnée à mort», indique Mme Ghazal.

Le mouvement de parrainage de prisonniers politiques iraniens prend de l’ampleur, alors que plusieurs dizaines d’élus européens y ont déjà pris part ainsi que des députés fédéraux au Canada.

L’objectif est de protéger ces personnes incarcérées par le régime iranien, à la suite de la vague de manifestations qui a débuté l’automne dernier, en faisant circuler leur histoire sur les réseaux sociaux.

«Cette initiative est portée par la diaspora iranienne ici au Québec, au Canada, en Europe, (…) comme, au Québec, l’Association des femmes iraniennes», explique Mme Ghazal.

Les membres de la diaspora communiquent avec des organisations de défense des droits de la personne en Iran qui sont en contact avec les familles des prisonniers.

«Ils donnent le plus d’informations pour humaniser, parce que souvent, juste des statistiques, dire qu’il y a tant de personnes qui ont été arrêtées, qu’il y a tant de personnes qui sont décédées, ça reste abstrait, alors que là, c’est pour donner un visage à cette mobilisation et cette révolution», affirme la députée.

Bita Haghani, Amir Arslan Mahdavi, Dena Sheibani, Hesam Moussavi, Eshraq Najafabadi, Mohammad Khiveh, Shirin Marashi, Arshia Takdastan, Melika Semsarian, Reza Kooshki-Nejad et Baran Saedi sont les onze visages que les élus de Québec solidaire parrainent.

L’objectif, pour Mme Ghazal, est que le mouvement continue et que d’autres députés emboitent le pas. Elle encourage d’ailleurs les citoyens qui se demandent comment agir face à la situation en Iran à en parler à leurs élus.

La députée, qui participe aux manifestations de soutien, était déjà à l’origine de la motion adoptée à l’unanimité à l’Assemblée nationale en décembre et visant à soutenir les femmes d’Iran.

«Ce qui se passe en Iran, c’est très difficile, la population souffre, mais c’est en même temps quelque chose d’extrêmement inspirant. C’est toute une génération, tout un peuple qui se soulève par lui-même», souligne celle qui avait parlé de «véritable révolution féministe» à l’Assemblée nationale le mois dernier.

La prochaine étape pour Mme Ghazal est d’interpeller le gouvernement fédéral afin que le Corps des Gardiens de la révolution islamique (CGRI) soit considéré comme une organisation terroriste.

Les manifestations ont commencé à la mi-septembre en Iran, lorsque Mahsa Amini, âgée de 22 ans, est morte après avoir été arrêtée par la police des mœurs pour avoir prétendument violé le code vestimentaire strict de la République islamique. Les femmes ont joué un rôle de premier plan lors des manifestations, avec de nombreuses manifestantes retirant publiquement le foulard islamique obligatoire, le hijab.

Selon l’organisation Human Rights Activists in Iran, un groupe qui suit de près les troubles, au moins 525 manifestants ont été tués et plus de 19 500 personnes ont été arrêtées depuis quatre mois.

Ruba Ghazal dit se reconnaître dans ces femmes iraniennes. «Les jeunes (Iraniens) font des choses que n’importe quel jeune du monde occidental fait, c’est-à-dire partager leurs passions sur les réseaux sociaux, des choses très banales et là-bas, ils risquent la peine de mort», précise la députée née au Liban et d’origine palestinienne, «des cultures proches de l’Iran».

«Aujourd’hui, j’ai le privilège d’être députée, mais si mes parents avaient fait un autre choix, j’aurais pu être me retrouver dans la même situation que ces jeunes-là», conclut Mme Ghazal.

Les prisonniers politiques parrainés par les députés:

Bita Haghani – Ruba Ghazal

Amir Arslan Mahdavi – Gabriel Nadeau-Dubois

Dena Sheibani – Alejandra Zaga Mendez

Hesam Moussavi – Haroun Bouazzi

Eshraq Najafabadi – Sol Zanetti

Mohammad Khiveh – Etienne Grandmont

Shirin Marashi – Andrés Fontecilla

Arshia Takdastan – Alexandre Leduc

Melika Semsarian – Christine Labrie

Reza Kooshki-Nejad – Vincent Marissal

Baran Saedi – Manon Massé

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