Les élus de Québec solidaire vertement critiqués à leur propre conseil national

QUÉBEC — Des délégués de Québec solidaire (QS) ont été particulièrement belligérants samedi, accusant leurs têtes dirigeantes d’être complaisantes avec le gouvernement Legault.

Réunis en conseil national numérique, plusieurs délégués ont laissé jaillir leurs frustrations envers le caucus solidaire, qu’ils accusent de se ranger derrière le gouvernement depuis le début de la pandémie.

«La première personne que j’ai entendue se ranger complètement derrière (le premier ministre François) Legault, c’est (la co-porte-parole de QS) Mme Massé et ça m’a profondément choqué», a déclaré le militant Julien Daigneault.

«On a 24 000 membres, je suis persuadé qu’on a plus d’imagination que ça! (…) Est-ce qu’on va avoir une attitude plus agressive par rapport à la gestion catastrophique de la CAQ?» a-t-il voulu savoir. 

Plus tard en point de presse, Mme Massé s’est défendue en disant se ranger derrière la santé publique et le «bien-être de notre population en général».

«Il y a certaines personnes qui souhaitaient que Manon, très rapidement, dès les premiers jours de la pandémie, se place en confrontation radicale et frontale avec le gouvernement du Québec. Ce n’est pas la décision que nous avons prise», a expliqué le leader parlementaire de QS, Gabriel Nadeau-Dubois.

Mécontents, les délégués ont déploré le manque de visibilité du parti en temps de crise sanitaire. «Occasions ratées», «visibilité nulle», «absence sur le terrain», les accusations ont fusé aussitôt les micros ouverts.

Au plus fort de la crise de la COVID-19, les Québécois n’avaient d’yeux et d’oreilles que pour François Legault, qui multipliait les consignes de santé publique, a relevé Mme Massé.

«Nous avons été très gentils avec la CAQ, a accusé Molly Alexander. Je comprends qu’il y avait une crainte de mal paraître, mais en même temps, ça nous a pris du temps avant de réagir avec des propositions.»

«Pourquoi ne pas tout de suite enclencher un plan alternatif de gauche contre la CAQ, au lieu de s’asseoir avec le premier ministre pour lui proposer une série d’améliorations marginales?» a demandé un autre militant.

Tant Mme Massé que M. Nadeau-Dubois ont tenté de calmer la grogne en rappelant que les députés avaient défendu toutes sortes de causes sociales, au parlement comme dans leurs circonscriptions.

«Notre objectif, c’est de faire en sorte que le programme de QS trouve sa place, mais (…) il y a eu une éclipse médiatique. Pendant cette éclipse, on était sur le terrain», a insisté Mme Massé. 

Nadeau-Dubois propose un «retour aux sources»

La COVID-19 a chamboulé les projets de QS, tant bien que le parti a décidé de larguer sa campagne environnementale «Ultimatum 2020».

L’an dernier, QS avait fixé une échéance au gouvernement Legault — le 1er octobre 2020 — pour présenter un plan d’action crédible destiné à lutter efficacement contre les changements climatiques.

S’il échouait au test, le gouvernement allait subir l’obstruction parlementaire systématique de QS, qui entendait bien utiliser tous les moyens à sa disposition pour bloquer l’adoption de projets de loi et entraver les travaux.

Il aurait été irresponsable de poursuivre dans cette direction, a plaidé M. Nadeau-Dubois samedi, compte tenu du «bouleversement radical» de la conjoncture politique. Il refuse d’y voir là un échec.

«Est-ce que la question des changements climatiques va perdre de l’importance à QS? Non. Est-ce qu’on va l’aborder différemment? Oui.»

Il a proposé un «retour aux sources» avec une campagne politique plus «générale» basée sur trois axes: la transition écologique, la défense des services publics et la lutte aux inégalités. 

La proposition a été adoptée par les délégués, samedi.

Premier geste qui sera posé: le projet de loi de l’ex-député Amir Khadir pour créer Pharma-Québec, une société d’État dont le mandat serait d’assurer l’autosuffisance médicale du Québec, sera à nouveau déposé. 

«Cette pandémie-là fait la démonstration qu’il faut remettre le cap sur des mesures élémentaires de solidarité sociale. Je pense qu’on l’avait oublié au Québec», a plaidé M. Nadeau-Dubois en entrevue.

«On assume tout à fait le fait que oui, il y a un retour à des idées qui ne sont pas nouvelles, mais dont la pandémie a démontré plus que jamais la pertinence et l’actualité», a-t-il ajouté.

La preuve, d’après lui, c’est que le gouvernement de la CAQ lorgne du côté des idées de QS.

«J’entendais le ministre des Finances la semaine passée dire qu’il considérait dorénavant que les versements au Fonds des générations étaient des surplus qu’on pourrait utiliser. Ça fait des années que QS dit ça.»

Près de 200 délégués de QS étaient réunis virtuellement samedi afin de «restructurer» l’action politique des prochains mois.

Les travaux de l’Assemblée nationale reprennent le 15 septembre.

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